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Crise de liquidité en Guinée : Quand le « tout-cash » asphyxie l’économie, le salut passera par la Tech

Le 25/02/2026 à 14:57 0

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En Guinée, l’argent liquide est devenu une denrée rare et précieuse. Face à des banques qui plafonnent drastiquement les retraits et à des citoyens contraints de revoir leurs projets à la baisse, la crise de liquidité qui sévit en ce début d’année 2026 met en lumière un mal profond : une économie encore lourdement enchaînée aux billets de banque. Au-delà des solutions d’urgence de la Banque Centrale, cette paralysie offre au pays une opportunité historique d’accélérer sa transformation numérique.

Le parcours du combattant pour un simple retrait

La situation à Conakry et dans le reste du pays est alarmante. Que ce soit aux guichets des banques commerciales ou dans les kiosques de Mobile Money, retirer son propre argent relève désormais de l’exploit. Les témoignages rapportés par Siddy Koundara Diallo pour Africaguinee.com illustrent une rupture de service critique :

- Un usager, espérant retirer un million de francs guinéens, s’est heurté au refus catégorique de sa banque et a dû se résigner à un plafond imposé de 500 000 GNF.

- Dans la même agence, un client venu retirer cinq millions de francs guinéens a vu sa demande bloquée à cette même limite dérisoire de 500 000 GNF.

- Des événements sociaux, à l’image des baptêmes, sont directement impactés, laissant les chefs de famille dans l’incapacité de rassembler leurs propres fonds.

Le diagnostic : Une thésaurisation massive et un système déséquilibré

Où est donc passé l’argent ? Du côté de la Banque Centrale de la République de Guinée (BCRG), l’argument avancé est celui de la thésaurisation. Et les chiffres corroborent ce constat : environ 94 % des billets émis par la BCRG ne reviennent jamais dans le circuit bancaire.

- Bien que le taux de bancarisation soit passé de 7 % à 23 % en dix ans, la méfiance des citoyens envers le système formel reste tenace.

- L’argent est gardé à domicile ou dans des coffres, ce qui assèche totalement la circulation monétaire essentielle à l’économie.

Lors de son intervention du 12 février dernier, le Premier ministre Amadou Oury Bah a posé un diagnostic sans complaisance.

- Il a souligné que le secteur bancaire actuel préfère financer les besoins de l’État plutôt que l’économie réelle.

- Le crédit au secteur privé stagne à moins de 12 % du PIB, un niveau bien inférieur à la moyenne ouest-africaine qui tourne autour de 25 %.

- « Tant qu’on continuera à faire circuler des sacs d’argent, notre économie restera bloquée », a alerté le chef du gouvernement, dénonçant des pratiques archaïques.

La technologie comme seul remède durable

Face à ce constat, imprimer de nouveaux billets (comme l’a récemment fait la BCRG) n’est qu’une bouffée d’oxygène temporaire. La véritable issue de secours réside dans l’innovation technologique et les Fintechs. Le Premier ministre l’a lui-même plaidé : il faut réformer la pratique bancaire, réduire l’usage du cash et encourager la numérisation.

Plusieurs chantiers technologiques sont désormais urgents pour la Guinée :

Le déploiement d’un « Switch » national : La colonne vertébrale de l’écosystème futur doit être une plateforme d’interopérabilité totale. Il faut permettre aux Guinéens de transférer de l’argent de n’importe quel compte bancaire vers n’importe quel portefeuille de Mobile Money (Orange, MTN, etc.) en temps réel et sans friction.

La dématérialisation du commerce de détail : L’objectif est d’accroître les paiements électroniques, car aujourd’hui, régler ses achats au marché se fait encore presque exclusivement en billets. Cela passe par l’équipement massif des commerçants informels en solutions d’encaissement numérique à très bas coût (QR Codes, USSD, terminaux mobiles).

La restauration de la confiance par la transparence : L’adoption des paiements digitaux ne fonctionnera que si les usagers ont la certitude de pouvoir disposer de leurs fonds à tout moment. La digitalisation doit s’accompagner d’une éducation financière et d’applications mobiles fluides qui redonnent le contrôle à l’utilisateur.

La crise actuelle ne doit pas être vue comme une simple pénurie, mais comme le catalyseur inévitable d’une révolution des paiements. La Guinée n’a plus le choix : elle doit basculer dans l’ère du numérique, sous peine de voir son économie étouffée par son propre papier.

 Par Ibrahima Kane

Source: afriqueitnews

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