Déployée dans les régions de Kindia, Kankan et Mamou, l’opération a permis d’enregistrer 20 463 producteurs et de cartographier 23 507 exploitations. Les producteurs reçoivent une carte équipée d’un QR code et d’une puce NFC permettant aux utilisateurs autorisés de consulter leurs informations vérifiées sur un portail sécurisé.
Quand l’identité numérique devient un levier de financement
L’intérêt économique du dispositif tient surtout aux données qu’il permet de structurer : identité du producteur, localisation de l’exploitation et informations sur son activité. Ces éléments peuvent contribuer à réduire une partie de l’incertitude à laquelle sont confrontées les banques et les compagnies d’assurance lorsqu’elles évaluent le profil et les risques des exploitants agricoles.
La Banque mondiale, qui travaille sur les registres numériques agricoles, considère ces systèmes comme des infrastructures permettant notamment d’intégrer les producteurs à différents services et dispositifs publics. Dans un échange avec la Banque mondiale, Rose Goslinga, cofondatrice de Pula, explique que l’assurance, les systèmes publics et l’enregistrement des agriculteurs doivent fonctionner ensemble : sans registre fiable, il est notamment plus difficile d’identifier les bénéficiaires d’une assurance ou les personnes éligibles au crédit.
« En l’absence d’une base de données fiable, il est difficile de savoir qui doit bénéficier de versements, qui est assuré ou qui est éligible à un crédit », a indiqué Rose Goslinga.
L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) va dans le même sens. Elle présente les registres agricoles comme des outils permettant de collecter et de gérer des données sur les terres, les productions et la situation socio-économique des producteurs. En Zambie, le registre national ZIAMIS a ainsi été utilisé pour donner accès à plus d’un million d’agriculteurs à des programmes agricoles et à des services financiers numériques.
La démarche guinéenne intervient en outre au moment où le pays cherche à élargir le financement agricole. En mai, le Fonds de développement agricole a conclu des accords avec Coris Bank, le Crédit Rural de Guinée et plusieurs assureurs pour accroître l’accès au crédit et réduire les risques. En septembre, le Fonds de développement agricole (FODA) et le Fonds de garantie des prêts aux entreprises ont également discuté de mécanismes destinés à faciliter le financement des agriculteurs et des entreprises agroalimentaires.
Le registre ne garantit toutefois ni l’obtention d’un crédit ni la souscription d’une assurance. Sa valeur dépendra de la qualité et de la mise à jour des données, mais aussi de leur interopérabilité avec les systèmes des banques, des assureurs et des programmes publics.
Adoni Conrad Quenum
Source: Agence Ecofin