La Guinée cherche à élargir ses partenariats miniers au-delà de la Chine et le rapprochement engagé avec Glencore constitue l’une des illustrations de cette stratégie. Après un accord sur le préfinancement et la commercialisation de bauxite signé la semaine dernière, Conakry discute avec le groupe suisse de possibles investissements dans le raffinage d’alumine et l’énergie, a indiqué le ministre des Mines Bouna Sylla.
L’accord signé le 7 septembre avec la société publique guinéenne Nimba Mining Company (NMC) prévoit que Glencore commercialise 10 à 12 millions de tonnes de bauxite par an pendant cinq ans. D’un montant de plus de 300 millions USD (environ 260 millions d’euros), ce préfinancement doit soutenir les opérations de Nimba, dont les autorités veulent financer le développement à partir de ses propres activités plutôt que de ressources publiques.
Selon les détails relayés par Reuters, le partenariat avec le négociant suisse de matières premières pourrait aller au-delà et permettre de diversifier les sources de financement et les marchés d’exportation du pays au-delà de la Chine.
Une dépendance importante
La relation minière entre la Chine et la Guinée se mesure avant tout dans l’ampleur des exportations guinéennes vers l’empire du Milieu. En 2025, la Guinée a expédié 182,8 millions de tonnes de bauxite, dont un record de 74% vers la Chine. Chalco a été le premier exportateur individuel du pays avec 22,1 millions de tonnes, tandis que d’autres acteurs liés à des intérêts chinois, dont la Société minière de Boké, occupent une place importante dans la filière.
Le démarrage de Simandou étend cette influence au minerai de fer. En janvier, le géant chinois de l’acier Baowu a porté à 51 % sa participation dans l’opérateur de deux des quatre blocs du gisement Simandou. Pékin est aussi présent sur les blocs 3 et 4 par le biais d’un consortium mené par la société d’Etat Chinalco en partenariat avec l’anglo-australien Rio Tinto. Les deux ensembles partagent par ailleurs les infrastructures ferroviaires et portuaires développées pour permettre, à terme, d’exporter jusqu’à 120 millions de tonnes de minerai de fer à haute teneur.
La diversification des partenaires miniers de la Guinée ne se limite pas à Glencore. Le ministre Sylla cite le Moyen-Orient parmi les régions avec lesquelles la Guinée veut renforcer ses partenariats, dans un contexte où les Etats pétroliers du Golfe s’impliquent de plus en plus dans l’exploitation minière en Afrique. Le Qatar, les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite unis se positionnent d’ailleurs en RDC, un autre pays africain qui cherche depuis plusieurs années à élargir le cercle de ses partenaires dans un secteur minier fortement marqué par les capitaux chinois. La RDC a notamment signé fin 2025 un partenariat stratégique avec les USA couvrant les minerais critiques, les infrastructures et la transformation locale.
Le gouvernement guinéen cherche à donner une vitrine internationale à cette stratégie. Le mois dernier, les autorités ont ouvert les inscriptions pour le premier Simandou Mining Summit, prévu du 11 au 14 novembre à Conakry. Investisseurs, groupes miniers, institutions financières et industriels y sont conviés autour du financement, des infrastructures, de l’industrialisation et des partenariats nécessaires au développement du secteur.
« La Guinée est ouverte aux affaires. Notre priorité est d’offrir aux investisseurs une meilleure visibilité, un soutien institutionnel renforcé et un parcours clair, depuis la prise de contact initiale jusqu’à la mise en œuvre réussie de leur projet », assure Namory Camara, directeur général du Conseil de développement de la Guinée (GDB).
Ouvrir le jeu sans fermer la porte à Pékin
La quête de diversification des partenaires ne signifie cependant pas un désengagement vis-à-vis de Pékin. En juin, la Guinée a lancé avec Chalco les travaux d’une raffinerie d’alumine de 1,2 million de tonnes par an, pour un investissement annoncé d’environ 1 milliard de dollars. Le véritable indicateur viendra désormais des investissements qui suivront. Il faudra notamment voir si les discussions avec Glencore débouchent sur des engagements financiers concrets, et si le sommet de novembre fait émerger de nouveaux investisseurs.
La prévisibilité du cadre contractuel sera également scrutée : la révocation en 2025 de plusieurs permis miniers a montré les tensions possibles entre la volonté d’accélérer le développement du secteur minier et les intérêts des opérateurs. Alors que le gouvernement cherche à renforcer la transformation locale et à diversifier le secteur minier au-delà de la bauxite, l’autre enjeu sera sa capacité à attirer de nouveaux investissements dans les raffineries d’alumine, mais aussi dans l’or, le graphite et les autres ressources encore peu développées du sous-sol guinéen.
Emiliano Tossou
Source: Agence Ecofin