Le rapprochement américano-guinéen se joue notamment dans le financement de nouveaux chantiers industriels. Bouna Sylla a évoqué avec un responsable du Département d’État une possible implication de deux agences fédérales dédiées au financement, la DFC et l’Exim Bank, dans le projet de raffinerie de la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG). Il a aussi échangé avec Bill Oplinger, PDG d’Alcoa, groupe américain déjà présent dans la bauxite guinéenne, sur les chaînes de valeur de la bauxite, de l’alumine, de l’aluminium et du gallium.
Une coopération qui se structure
Ces discussions prolongent un rapprochement engagé plus tôt cette année par les deux pays. En février, la Guinée a fait partie des pays africains représentés à la réunion ministérielle sur les minerais critiques organisée à Washington. Les deux gouvernements ont alors conclu un protocole d’accord sur ces ressources, dans le cadre d’une série de nouveaux partenariats bilatéraux annoncés par l’administration américaine. Pour Washington, l’objectif affiché est de diversifier des chaînes d’approvisionnement jugées trop concentrées.
L’administration américaine cherche à soutenir de nouveaux projets miniers et de transformation, à mobiliser ses instruments de financement et à renforcer les relations avec les pays disposant de ressources considérées comme stratégiques. La Guinée entre directement dans cette logique. Le gallium, utilisé notamment dans les semi-conducteurs, peut être récupéré comme sous-produit du traitement de la bauxite. Or, les USA n’en produisent plus sous forme primaire tandis que la Chine domine l’approvisionnement mondial.
Métal obtenu à partir de la bauxite, l’aluminium figure lui aussi sur la liste américaine des minerais critiques.
Des relais américains déjà présents
L’intérêt de Washington pour la Guinée peut s’appuyer sur une présence privée déjà établie. Alcoa détient 45% de Halco Mining, qui possède 51% de la CBG, l’un des principaux producteurs de bauxite du pays. La mobilisation éventuelle de financements américains autour de la future raffinerie de la CBG permettrait donc d’étendre cette présence de l’extraction vers la transformation locale.
Dans le fer, Ivanhoe Atlantic cherche de son côté à rapprocher son projet guinéen Kon Kweni des priorités américaines. La société contrôle 85% du projet et a renforcé en 2026 la gouvernance de sa filiale guinéenne avec plusieurs anciens responsables et diplomates américains. Elle a par ailleurs indiqué vouloir privilégier des marchés financiers alignés sur les États-Unis pour ses futures levées de capitaux.
À ces positions dans les actifs miniers s’ajoute une présence plus importante dans les infrastructures. Wabtec a annoncé mardi 21 septembre un contrat de services de plus de 700 millions de dollars, soit près de 613,4 millions d’euros, avec la Compagnie du TransGuinéen pour accompagner la flotte de locomotives desservant le géant gisement de fer Simandou. Avec les commandes obtenues en 2024, l’industriel américain évalue à plus de 1,2 milliard de dolalrs, soit 1,05 milliard d'euros, la valeur de ses locomotives et services liés au projet.
Ces positions restent cependant limitées face à l’empreinte chinoise. En 2025, la Guinée a exporté 182,8 millions de tonnes de bauxite, dont environ 74% vers la Chine. Les groupes chinois sont impliqués dan la construction des nouvelles raffineries d’alumine et occupent également une place centrale dans les quatre blocs du gisement Simandou. Le gouvernement américain ne présente pas son rapprochement avec Conakry comme une réponse à cette présence chinoise.
Mais Washington a accompagné l’implication croissante des investisseurs américains dans les projets miniers africains ces dernières années, avec des initiatives qui entrent parfois en rivalité avec l’empreinte chinoise dans certains pays comme la RDC. La portée réelle de l’évolution de cette stratégie en Guinée reste désormais à mesurer. Une implication effective dans la raffinerie de la CBG, la traduction concrète du protocole signé en février et la présence de capitaux américains pour financer Kon Kweni seront des indicateurs à suivre.
Ils permettront de déterminer si les premiers mouvements observés en 2026 débouchent sur une présence américaine durablement renforcée dans l’extraction, la transformation ou les infrastructures minières guinéennes.
Emiliano Tossou
Source: Agence Ecofin