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Simandou : de la construction à l’exploitation, la course à l’emploi local en Guinée

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Depuis les premières exportations de minerai de fer fin 2025, Simandou bascule progressivement de la construction vers l’exploitation. Cette transition va réduire fortement les effectifs, au moment où la Guinée compte diffuser les retombées du mégaprojet au-delà des seules recettes minières.

En Guinée, la promesse faite cette semaine par l’américain Wabtec de former une main-d’œuvre locale pour entretenir les locomotives du TransGuinéen illustre l’une des priorités du gouvernement à Simandou : faire en sorte qu’une part croissante des emplois durables de la phase d’exploitation soit occupée par des Guinéens. Pour Conakry, le défi est notamment de transformer l’exploitation du minerai de fer en compétences et perspectives professionnelles durables pour sa population.

Le contrat de plus de 700 millions USD conclu avec la Compagnie du TransGuinéen (CTG), chargée de gérer les infrastructures ferroviaires et portuaires communes du projet Simandou, prévoit de la formation, du diagnostic à distance et des partenariats avec des entreprises guinéennes. En plus de la maintenance des locomotives, le groupe américain entend ainsi contribuer au développement de capacités et d’emplois locaux. Cet engagement n’est toutefois pas du seul fait du volontarisme de Wabtec et s’inscrit plutôt dans un cadre réglementaire précis.

La loi sur le contenu local de 2022, applicable aux différents secteurs de l’économie, impose dès le démarrage des activités au moins 50 % de Guinéens parmi les ouvriers qualifiés, 25 % dans l’encadrement et 30 % parmi les cadres de direction. Ces quotas progressent ensuite au fur et à mesure des années d’activité. Les emplois non qualifiés doivent, en revanche, être entièrement occupés par des nationaux dès le début.

Si les compétences disponibles ne permettent pas de respecter ces seuils, la loi impose à l’opérateur de soumettre à l’Autorité de régulation et de contrôle du contenu local (ARCCL) un programme de formation et un calendrier de remplacement progressif des expatriés. Pour les sociétés minières, le Code minier fixe par ailleurs des exigences plus élevées. Durant les cinq premières années d’exploitation, au moins 60 % des cadres de direction et 80 % du personnel d’encadrement et des ouvriers qualifiés doivent être guinéens.

Former pour les métiers post-chantier

À Simandou, les sociétés multiplient donc les programmes destinés à préparer l’après-chantier, près d’un an après le début des premières expéditions de minerai de fer. La CTG s’est fixé pour fin 2026 un objectif de 3 000 emplois, sous-traitants compris, dont au moins 70 % occupés par des Guinéens. Sa stratégie associe recrutement national, attribution de contrats aux entreprises locales et transfert de compétences et de technologies.

Chez SimFer, le consortium mené par Rio Tinto et opérateur de deux des quatre blocs du gisement Simandou, la formation doit notamment préparer les salariés aux métiers permanents de la mine. L’entreprise indique avoir investi 20,8 millions de dollars dans ses centres de formation technique de Siatouro et développé des programmes d’apprentissage avec les institutions guinéennes de l’emploi.

« Les activités menées chez SimFer s’inscrivent pleinement dans les priorités du gouvernement et de l’AGUIPE en matière de promotion de l’emploi, de développement des compétences et d’optimisation de l’employabilité des Guinéens », souligne Antigou Chérif, DG de l’Agence guinéenne pour la promotion de l’emploi.

L’État cherche aussi à ne pas laisser la formation aux seuls besoins immédiats des compagnies. Dans le cadre du plan stratégique de développement de la Guinée, Simandou 2040, la Simandou Academy cible notamment l’ingénierie, les infrastructures et les technologies. Cette montée en compétences devient d’autant plus importante que Simandou conservera beaucoup moins d’emplois qu’il n’en a mobilisés pour sa construction. Les effectifs ont dépassé 60 000 personnes au plus fort des travaux en 2024 et 2025, alors que moins de 15 000 emplois devraient subsister à terme pour exploiter les mines et les infrastructures, selon les données relayées par Reuters.

Mesurer et publier

La question de l’emploi local compte aussi dans la manière dont la croissance de Simandou se transmettra au reste de l’économie. Dans ses simulations, le FMI estime que Simandou pourrait porter le PIB réel guinéen en 2030 à un niveau environ 26 % supérieur à un scénario sans ce projet, tout en avertissant que les effets sur la consommation des ménages et les inégalités pourraient rester limités sans politiques actives. La Banque mondiale a, de son côté, placé la création d’emplois « plus nombreux et de meilleure qualité » au cœur de son partenariat 2027-2033 avec la Guinée, qui vise à transformer la richesse minière en une croissance plus diversifiée et riche en emplois.

L’un des angles morts de ces efforts se trouve cependant dans l’absence de bilan rendu public permettant de connaître, pour l’ensemble de Simandou, le nombre d’emplois permanents attendus, la proportion de Guinéens et leur répartition entre ouvriers qualifiés, cadres et postes de direction. Wabtec ne chiffre pas davantage ses engagements de transfert de compétences.

La loi prévoit que l’ARCCL publie un rapport annuel, réalise des audits et délivre des certificats de conformité aux opérateurs respectant leurs obligations. À mesure que les emplois de chantier disparaissent, la publication de ces données et la montée en puissance d’une politique publique de formation moins dépendante des seuls programmes des entreprises permettront de mesurer plus précisément quelle part de l’emploi durable de Simandou profitera effectivement aux Guinéens.

Emiliano Tossou

Source: Agence Ecofin

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