Fodé Mohamed Soumah appelle à l’union sacrée des politiques : « La Guinée fait face à un péril semblable à une agression armée »

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Dans une interview accordée au journal hebdomadaire ‘’Le Populaire" le 06 octobre 2014, El Hadji Fodé Mohamed Soumah, Président de la GéCI (Génération Citoyenne), s’est exprimé de long en large, sur les sujets brûlants de l'actualité guinéenne. En acteur politique avisé, il nous livre dans cet entretien, une analyse pertinente, sur l'épidémie de la fièvre à virus Ebola qui sévit dans le pays et sur l'évolution de la situation socio-politique, dans la persepectives des prochaines joutes électorales.

Le Populaire : Avec nos confrères d’Africa24, vous avez brossé l’état de la situation qui prévaut dans notre pays. Vous avez notamment dit la position de votre parti sur l’actualité dominée par l’épidémie d’Ebola et jeté un regard responsable sur l’horizon électoral 2015. Pourriez-vous revenir sur ces deux sujets pour nos lecteurs ?

Le premier aspect appelle à accentuer la vigilance même si j’eus préféré voir les autorités prendre les mesures idoines dès l’annonce de la «maladie mystérieuse».

J’estime que nous aurions pu contenir le mal à la racine si on avait mis en quarantaine les zones touchées dès le départ. Aujourd’hui, il ne sert à rien de conjuguer au passé, d’épiloguer ou de tomber dans le Bashing systématique face à ce drame médical, humanitaire et économique de l’épidémie d’Ebola. Seules la discipline, l’information et l’unité d’action pourraient contribuer à éradiquer le virus qui a finalement touché la capitale et plusieurs villes à l’intérieur du pays.

Cela exige une nouvelle approche et de nouveaux protocoles en raison de la densité démographique qui accélère les taux de transmission.

De ce fait, malgré les sommes importantes collectées ou engagées, le maillon faible reste la qualification du personnel médical quand on sait qu’il faut 4 mois pour acquérir une bonne formation selon l’OMS.

Le second aspect relatif à la tenue des élections ne devrait pas être à l’ordre du jour si l’Assemblée Nationale avait mis les pieds dans le plat dès son installation, et si nous voulions faire d’Ebola l’affaire de tous.

Comment parler des élections à un moment aussi critique qui touche la santé publique, la sécurité des citoyens et les restrictions de regroupement et de déplacement ?

Nonobstant, que dire des réclamations/suggestions liées à la CENI, au fichier électoral, au choix de l’opérateur, à la date butoir de juin 2015 ? La proclamation des résultats ? L’investiture? Et tutti quanti. Que voulons-nous ? Où en sommes-nous ? Et où va la Guinée ?

Voilà les questionnements de la GéCI qui devraient animer la Cité, en lieu et place de la guéguerre des communales avant la présidentielle, les candidats auto-désignés, la floraison des comités de soutien, les vainqueurs autoproclamés, etc.

Franchement, la Guinée mérite plus que cela, même si le temps nous est compté.

 

Vous avez également répondu à une question relative aux mesures prises par le gouvernement guinéen pour circonscrire la propagation du virus Ebola. N’est-ce pas ?

Oui, les autorités s’attèlent tant bien que mal et je salue les dernières initiatives qui vont dans le sens de la raison comme le report de la rentrée scolaire afin de limiter la propagation et ne pas permettre au virus d’accéder à tous les foyers.

Toutefois, ça ne dédouane pas le pouvoir de se mettre à pied d’œuvre, car ce décalage aura des conséquences sur le programme de l’année scolaire 2014-2015.

L’urgence recommande de multiplier les canaux d’information sur les voies de transmission afin de ne pas sombrer dans la psychose, la désinformation et la panique.

Le virus se transmet par contact direct avec les sécrétions humaines, la salive et la sueur. Donc, il est important de se faire examiner dès qu’on ressent des symptômes grippaux comme la toux et les effets du paludisme, de la typhoïde ou la fièvre de Lassa.

Cette communication doit être relayée par tous les médias et dans les lieux de culte.

Par ailleurs, les aéroports et les gares routières doivent être équipés d’appareils pour prendre la température des passagers, et au besoin, examiner toute personne présentant des signes de fièvre afin d’accentuer la surveillance épidémiologique et la recherche des sujets contacts.

Enfin, la culture d’un esprit hygiénique devrait être vulgarisée à travers des codes sanitaires au sein des familles et dans les lieux publics.

 

Si combattre Ebola demeure la priorité du régime Alpha Condé, il se présente aussi comme une question de survie nationale préoccupant à la fois mouvance et opposition. Au cas où, comme le prédit l’OMS, la situation empirait, peut-on s’attendre à voir vous autres acteurs politiques guinéens unis ensemble autour d’un report éventuel du processus devant aboutir aux élections présidentielles ?

Lorsque la GéCi a parlé de moratoire certaines voix ont estimé que nous ne voulions pas aller aux élections. Nous disons que trop de politique tue la politique. Les priorités sont ailleurs.

Face aux prévisions les plus optimistes des experts de la santé qui donnent un délai de 6 mois pour contenir le fléau, le chiffre de 20 000 cas de contamination durant ladite période, le montant d’un milliard $ à collecter pour combattre le virus, l’apparition de nouveaux foyers en Guinée (…), il serait suicidaire de ne pas penser à la survie

même de l’existence de notre pays. Le gouvernement devrait avoir le courage politique de prendre des mesures responsables à l’instar des dirigeants sierra léonais et libériens.

De mémoire d’homme, et même durant les ravages de la peste en Europe, on n’avait pas assisté au confinement des populations pendant 3 jours par exemple. Même si Ebola ne doit pas nous empêcher de vivre, tous les regroupements de personnes relatifs aux mariages, baptêmes, deuils, prières du vendredi et du dimanche, etc, devraient être mieux encadrés.

Il faut avoir le courage de prendre des mesures drastiques et impopulaires dans le cas d’espèce.

 

Au sortir des législatives du 28 septembre 2013, votre parti n’a pas été représenté à l’Assemblée nationale. Que faites-vous à partir de Paris pour redonner du sang neuf à la GéCI en vue des prochaines échéances électorales ?

Tout d’abord, la GéCi est un parti structuré qui ne fonctionne pas par rapport à la présence de son actuel président ou pas.

De plus, elle serait présente à l’Assemblée si elle avait décidé de se saborder, d’utiliser des raccourcis ou des voies de contournement.

Sincèrement, je regrette que la représentation nationale n’ait pas encore apporté de valeur ajoutée réformatrice en ce qui concerne le contrôle de l’action gouvernementale, tout comme son manque de réactivité qui s’apparente de plus en plus à la politique du médecin après la mort.

Aujourd’hui, notre parti s’organise en prévision des échéances prochaines sur la base d’une feuille de route qui est en standby à cause d’Ebola.

Les militants font de la sensibilisation sans mettre le parti en avant car Ebola n’est pas politique.

En tant que membre d’honneur de l’ONG ACDI (Action citoyenne pour le développement intégré) que je dirigeais avant d’entrer en politique, j’ai pu collecter des médicaments au cours des semaines écoulées qui sont en partance pour certaines petites structures médicales privées basées dans les quartiers de la capitale.

Je travaille également de concert avec une ONG française qui a déjà envoyé un containeur de 40 pieds de matériel médical à Bamako afin d’effectuer la même opération chez nous.

Pour preuve, je vous envoie les photos de la collecte et de l’expédition de l’opération qui vient de s’achever, ainsi que les documents de notre «campagne de la santé pour la Guinée et contre Ebola».

Nous comptons accompagner sa distribution avec d’autres produits à acheter sur place comme l’eau de javel, les produits désinfectants, des balaies, des brouettes, etc, pour appuyer l’assainissement que nous avions déjà entamé pendant la campagne des Législatives à Kaloum.

Pour la petite histoire, même si je ne vivais pas parmi vous, la Guinée m’a toujours habité.

Par le passé, l’ONG ACDI avait collecté des fournitures scolaires et du matériel didactique avec le concours du groupe Péchiney qui avait convoyé gracieusement plus de 12 tonnes d’effets qui ont été détournés de leur objet. Nos sociétaires avaient fait la tournée des établissements scolaires et des bibliothèques du Tout-Paris jusqu’au transfert de la collecte au port du Havre.

J’appartenais aussi au premier cercle de réflexion de jeunes Guinéens dénommé Association guinéenne d’études et de prospectives – AGEP- qui avait contribué à l’élaboration de l’avant-projet de la Loi Fondamentale et reçu tous les leaders politiques de l’époque : Bah Mamadou, Siradiou Diallo, l’ancien ministre Alsény Gomez, l’ancien garde des sceaux Salifou Sylla… et même l’actuel Président de la République.

A ce jour, quelques anciens membres de l’association sont dans l’opposition, la mouvance, à la Présidence, dans des cabinets ministériels, dans les organisations de la société civile, etc.

Donc, mon engagement politique est une continuité de mes actions vers mon pays depuis toujours.

A présent, nous attendons de vaincre Ebola définitivement pour que vous voyiez notre caravane citoyenne sillonner les rues de la capitale à Yomou, à l’écoute de nos concitoyens.

J’en profite pour faire un clin d’œil à mes compatriotes de kaloum qui baignent dans les extrêmes de « tout sauf Alpha», «Alpha ou rien » et je ne sais quoi !

Suite à nos derniers résultats, je reste confiant de voir la GéCi diriger cette portion du territoire, afin de démontrer aux Guinéens qu’il est possible de développer notre pays. Dites-leur que j’arrive.

 

Vous êtes un guinéen de Paris et vous y côtoyez des hommes politiques et de grands décideurs économiques de toutes les nationalités. Dites-nous comment la Guinée actuelle marquée par la gouvernance Alpha Condé est-elle perçue dans les hautes sphères de décision planétaire ?

Je vais nuancer mes propos en disant que nous sommes passés d’un tableau sombre au clair-obscur.

L’image du pays a été écornée par le drame de la plage de Taouyah, l’affaire des 20 millions de dollars à Dakar, l’assassinat du militant de l’UFDG, la tragédie de Womey et bien d’autres cas.

De plus, la classe politique ne semble pas avoir pris la mesure de la retenue, de l’union sacrée et aller à l’essentiel, au moment où le pays fait face à un péril semblable à une agression armée.

Un bon décryptage de la conjoncture m’amène à dire que la Guinée est déjà faite mais il reste encore à faire les Guinéens.

Les mauvaises habitudes sont tenaces et l’argent ébranle la vertu, surtout en Guinée. Donc, je commencerais par féliciter tous ceux qui ont contribué à obtenir l’organisation d’une CAN pour la première fois dans notre pays.

Le sport moderne comporte des enjeux économiques et financiers qui vont des infrastructures à la promotion du tourisme, en passant par la création de multiples emplois.

Mais je regrette encore une fois le déplacement du président de la République au sommet de l’ONU comme j’avais dénoncé sa présence au show USA-Afrique de Washington.

D’ailleurs, les débats de cette session ont surtout porté sur les Djihadistes et le réchauffement climatique, plutôt que le virus Ebola qui pourrait menacer la paix dans la sous région et la sécurité internationale.

J’estime qu’il aurait pu se faire représenter comme les deux autres chefs d’Etat du Liberia et de la Sierra Leone, et se déplacer en Forêt pour rassurer les populations et s’enquérir de l’état des services administratifs et de sécurité sur place.

Pis, au-delà du nombre de morts en deçà de la réalité, les trois pays touchés par la propagation du virus de l’Ebola vont faire face à une catastrophe économique avec un PIB qui va reculer de 2,3% pour la Guinée, 8,9% pour la Sierra Leone et plus de 17% pour le Liberia, selon la Banque Mondiale.

D’ailleurs, les conséquences humanitaires, économiques et sociales pourraient se propager au-delà des pays touchés à cause de notre type d’agriculture pluviale, les restrictions au commerce transfrontalier, le gel des investissements, la fermeture des entreprises avec la conséquence d’un chômage de masse, etc.

Aussi, il n’est pas exclu que nous assistions à des troubles sociaux, voire des soulèvements populaires à un moment où nous avons plus que jamais besoin des investisseurs qui ne viendront que s’il leur est possible des

réaliser du business.

Il ne sert à rien de vendre des illusions, de brasser de l’air et de faire du vent si vous n’êtes pas attractif.

Le slogan du gagnant-gagnant ne vaut que si vous avez quelque chose à vendre avant de pouvoir en tirer profit. Ebola aura bon dos pour expliquer les échecs programmés du gouvernement actuel comme nous nous y attendions. Ce n’est pas la faute de l’opposition non plus.

Aujourd’hui, la meilleure façon de rassurer les populations est de lever les restrictions aux voyages avec la mise en place de mécanismes de surveillance adéquats aux points de départ et d’entrée.

Si au départ, la fermeture des frontières répondait à un principe de précaution, l’exportation du virus à des milliers de kilomètres démontre qu’aucun pays «africain» ne pourrait s’échapper seul.

Que peut faire la Guinée toute seule quand on sait qu’un vaccin exige des dizaines voire des centaines de millions d’euros et plusieurs années de recherche ?

Que représentent individuellement les ministères de la recherche scientifique exsangues des Etats africains si nous n’arrivons pas à mutualiser nos moyens ?

Imaginez un instant que chacun des 53 Etats ne donne qu’un million de dollar à une équipe composée de nos meilleurs spécialistes appuyés par des compétences en la matière de la Diaspora ?

Qu’adviendrait-il du paludisme, de la drépanocytose et des autres maladies dites tropicales?

 

Ces questions se posent-elles avec acuité ?

Oui, parce qu’il est à se demander pourquoi les firmes pharmaceutiques n’ont pas trouvé de réponse à un virus apparu depuis 1976 ?

Pourquoi ne pas s’interroger sur l’origine des épidémies mystérieuses qui continuent à se diffuser sur notre continent ?

Comment bâtir l’Afrique sans renforcer les échanges intra-africains qui plafonnent à 10% alors que l’Europe dépasse les 75%, l’Asie du Sud-est plus de 50% et l’ALENA 40% ?

Il est temps que l’interdépendance soit ancrée dans les mentalités et les différentes politiques afin que nous puissions considérer les autres pays africains comme des partenaires potentiels et non pas des rivaux.

C’est une vérité de La Palice de déclarer que les Etats n’ont pas d’amis, mais des intérêts.

Nous devons donner plus d’épaisseur à l’Afrocentricité et au panafricanisme à travers une doctrine sociale, culturelle, philosophique et économique basées sur notre capital humain et l’expertise de notre diaspora.

C’est ainsi que nous pourrions repenser notre monnaie, notre éducation, nos institutions, nos types d’économie de développement, etc.

 

Vous voulez dire que la Guinée doit s’appuyer sur ses propres atouts pour privilégier son développent endogène?

C’est bien cela. Ça passe par déconcentrer l’outil d’Etat et mettre l’accent sur la décentralisation qui est une gouvernance territorialisée, c’est-à-dire une manière d’être dans l’Etat et non pas une manière d’être de l’Etat.

 

A la Géci vous privilégiez la culture du devoir par la promotion d’une démocratie qui rassure le citoyen?

La démocratie est d’abord participative et inclusive. Les événements de Womey montrent jusqu’à quel point la Guinée s’installe de plus en plus dans la culture du laxisme.

C’est le manque de civisme et l’absence de sanctions ou de leur inapplicabilité qui font le lit de l’impunité dans notre pays.

Encore aujourd’hui, des crimes restent impunis au point de voir des populations se rendre justice un peu partout en Guinée.

C’est à l’Etat de remplir rigoureusement et pleinement ses prérogatives afin que les citoyens suivent son exemple, de gré ou de force, envers et contre tout.

Merci, M. Soumah de nous avoir accordé cette entrevue.

 

Merci d’avoir permis cet échange et à très bientôt à Conakry.

Recueillis par Ahmed Tidiane Diallo

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