Loin des artistes torturés chouchous des médias, le Guinéen a autoproduit un nouvel album généreux, « Fé Toki », qu’il présente sur la scène du New Morning, à Paris. C’est un petit mot glissé dans le livret qui accompagne son second album, Fé Toki (« point de vue », en soussou), sorti le 22 septembre et qu’il doit présenter sur la scène du New Morning, à Paris, vendredi 24 novembre.
« Aujourd’hui, alors que la différence fait peur, j’ai tenté d’exprimer à ma façon combien la vérité est relative. En acceptant de vivre ensemble, nous pouvons nous influencer positivement car nous avons tous du bon à donner. Ensemble, cultivons ce que nous avons de meilleur. » C’est vrai, Moh Kouyaté déborde de bons sentiments, mais comment lui en vouloir ? Le « city boy », comme il se décrit lui-même, est aux antipodes des artistes névrosés ou torturés, chouchous des médias.
Né il y a quarante ans à Conakry, il a grandi au sein d’une famille de griots, « nombreuse », « modeste » mais « heureuse ». Moh, diminutif de Mohammed, est l’aîné. Et en ce début des années 1980, dans la Guinée du très socialiste Ahmed Sekou Touré, il fait partie des privilégiés inscrits dans l’un des rares établissements privés. « On partait tous les jours à l’école avec un petit pain rempli de confiture… C’était le luxe à l’époque ! », se souvient-il en riant.
Pourtant, les études ne l’intéressent guère : « Je me suis arrêté très vite », reconnait-il. Contrairement au balafon, que ses parents « jouaient toujours à la maison », et à la guitare, qu’il découvre très rapidement. Le jeune Mohammed s’abreuve à différentes sources : les guitaristes afro-américains George Benson et Jimi Hendrix, le mythique groupe guinéen du Bembeya Jazz National, mais aussi des chanteurs comme Sory Kandia Kouyaté.
« Dès que j’ai commencé à jouer de la guitare, je n’ai plus pensé à autre chose, explique celui qui y a été initié par le guitariste guinéen Amadou Diallo. Mais il n’y a pas de véritable école de musique à Conakry et je n’avais pas les moyens de payer une école à l’étranger. J’ai donc appris sur le tas, en jouant dans les restaurants, les hôtels, à l’Alliance française, en reprenant des classiques. » Au tournant des années 2000, il crée un groupe, Conakry Cocktail, avec plusieurs de ses frères et cousins et écume les lieux « chauds » de la capitale.
Un parcours presque classique que vient chambouler une rencontre, en Guinée, avec le bluesman américain Corey Harris. Très vite, celui-ci l’invite à rejoindre sa prochaine tournée outre-Atlantique. En 2006, à la veille de ses 30 ans, Moh Kouyaté débarque aux Etats-Unis. En trois mois, le duo enchaîne les dates sur toute la côte est, de la Floride au Vermont. C’est au retour de cette tournée qu’il fait escale à Paris pour y voir quelques amis. Il y rencontre finalement celle qui deviendra son épouse, et s’y installe.
Entre-deux générationnel
C’est d’ailleurs dans son coquet écrin parisien du Xe arrondissement qu’il reçoit Le Monde Afrique en ce pluvieux après-midi d’automne. Le tutoiement est facile, le café servi automatiquement. Meubles modernes, objets customisés en wax, chapeaux disséminés aux quatre coins du salon, balafon… Le parfait intérieur du « bobo » parisien, coloré, généreux et finalement si peu transgressif. Décris-moi où tu habites et je te dirais qui tu es… Un adage que Moh Kouyaté aurait pu assurément inventer.
C’est tout cet environnement qui l’inspire, « la vie de tous les jours », ses rencontres, mais aussi « tous [ses] souvenirs, ces valeurs qui [lui] ont été transmises par [ses] parents ou apprises par la vie ». Chacun des titres du nouvel album aborde l’une de celles-ci : « Walo » (le travail), « Tala » (le partage), « Namo » (la coutume), « Kéli » (lève-toi), « Ndeymayo » (je ne m’en mêle pas), etc. Un opus qu’il a autoproduit, tout comme le précédent, Loundo, sorti en 2015, pour être plus libre artistiquement.
À 40 ans, le Guinéen est dans une sorte d’entre-deux générationnel presque inclassable. D’un côté ses « aînés » qu’il écoute en boucle, tels que son compatriote Mory Kanté, les Sénégalais Youssou N’Dour et Baaba Maal ou la Béninoise Angélique Kidjo. De l’autre cette nouvelle scène ouest-africaine qui va des stars nigérianes Davido et Wizkid au Malien Sidiki Diabaté, en passant par les Guinéens Soul Bang’s et Kandia Kora ou les Ivoiriens de Kiff No Beat.
« Il y a un public pour tous les genres de musique, déclare-t-il. J’essaie de vivre avec mon temps, tout en me servant des valeurs traditionnelles. Je fais de la musique profondément guinéenne, je ne chante ni en français ni en anglais mais en malinké, en diaranké, en soussou… Aujourd’hui, la musique est devenue un peu trop fast-food à mon goût, chacun peut en faire avec son ordinateur. Nous allons un peu à contre-courant, toujours avec nos instruments, sur scène, dans des festivals. »
Des scènes, Moh Kouyaté en a fait « près de 200 ces deux dernières années ». En Allemagne, au Brésil, au Pays-Bas, en France… « Depuis Mory Kanté et le succès de son “Yéké Yéké”, jamais un artiste n’avait pu faire voyager la musique guinéenne dans autant de pays. J’ai eu cette chance et j’en suis fier », déclare celui qui rêve désormais de s’installer à Conakry, près de sa famille, afin d’ouvrir un centre culturel qui aiderait les artistes guinéens à développer leur potentiel. « Le centre s’appellera le Link [« lien », en anglais]. Le projet est déjà écrit, il faut juste que je trouve des partenaires et les moyens de le concrétiser. Mais je m’y vois déjà, je serai très bien là-bas. »
Moh Kouyaté sera en promo en Guinée en février 2018 et, pour les Parisiens, en concert au New Morning le 24 novembre 2017.
Un survivant de l’épidémie d’Ebola de grande ampleur ayant sévi en Afrique de l’Ouest en 2013-2016 serait à l’origine de la flambée épidémique qui frappe actuellement la Guinée. Telle est la surprenante conclusion de trois rapports indépendants publiés le 12 mars 2021 sur le site virological.org.
Député et Président du groupe La France Insoumise à l’Assemblée nationale, Jean-Luc Mélenchon a répondu aux questions du Monde arabe. Il nous livre ses sentiments sur la crise électorale et politique en Guinée, où une violente répression s’est abattue contre les opposants au Président Alpha Condé.
Depuis 2013, l’épidémie, sous contrôle après 2016, a fait plus de 11 000 morts. Une résurgence inquiète les autorités aux prises avec le Covid.
A quelques jours d’intervalle, des cas d’infection au virus Ebola sont réapparus en République démocratique du Congo (RDC) et en Guinée. Le 3 février, une agricultrice d’une quarantaine d’années est décédée à l’hôpital Matanda de Butembo au Nord-Kivu, une des provinces orientales de RDC. Elle s’était présentée quelques jours plus tôt au centre de santé de Biena, un village situé à 90 km, avant d’être transportée pour contrôler l’origine de signes hémorragiques persistants. Trois autres personnes, dont une a succombé, ont également été testées positives. En Guinée, la première victime connue est une infirmière décédée le 28 janvier à Gouecké, une ville située dans une zone forestière à plus de 800 km à l’est de la capitale, Conakry. Au total, huit personnes au moins, appartenant toutes à sa famille, ont aussi été contaminées, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire. Trois sont mortes.
Une nouvelle vague d’interpellations intervenue mi-décembre 2020 a fait monter le nombre des détenus dans le cadre des contestations post-électorales à plus de 400 personnes.
Malgré leur présence dans les entreprises et dans l’économie en général, les Guinéennes doivent encore conquérir l’espace politique. Un Parlement monocolore issu de législatives boycottées par l’opposition. Des soupçons de fraudes électorales couplés à l’arrestation de plusieurs opposants dans la foulée de la présidentielle du 18 octobre, soldée par la victoire contestée du président Alpha Condé pour un troisième mandat.
Réélu pour un troisième mandat controversé, le chef de l’Etat n’a pas réussi à transcender les clivages communautaires et régionaux. Pire, il en a joué.
Sans surprise aucune, la Cour constitutionnelle guinéenne a confirmé, samedi 7 novembre, les chiffres annoncés la semaine précédente par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), consacrant la victoire d’Alpha Condé à la présidentielle du 18 octobre. Personne n’attendait autre chose de la part de deux institutions accusées d’être inféodées au pouvoir en place.
L’accès à l’électricité est une priorité affichée par le président réélu, Alpha Condé. Un vaste chantier que le barrage de Souapiti doit permettre de faire avancer.
La prise électrique fichée dans le mur de la maison d’Aboubacar Sylla n’a jamais servi à rien. Sauf à entretenir l’espoir d’être, un beau jour, raccordé au réseau électrique. Une promesse faite aux Guinéens par Alpha Condé dès sa première élection à la présidence, en 2010, mais qui tarde à se concrétiser.
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