Un cahier d’exploitation pédagogique ainsi qu’une cassette audio ont même rapidement complété le dispositif, preuves que Ganndal ne faisait l’impasse ni sur la réflexion éditoriale, ni sur la valeur d’usage du livre, ni sur sa diffusion sous-régionale. Avec cette démarche pionnière, dès le début des années 1990, la philosophie générale de la maison d’édition était donnée : elle allait proposer aux jeunes lecteurs des ouvrages abordables, proches de leur réalité. Jusqu’alors, les jeunes Guinéens avaient le choix entre les classiques de la littérature africaine pour adultes (Ahmadou Kourouma, Camara Laye, Léopold Sédar Senghor…) et les productions étrangères, c’est-à-dire essentiellement françaises.
« Un sujet comme la puberté n’est abordé nulle part »
Depuis, le catalogue s’est largement déployé, des enfants d’âge scolaire aux tout petits, avec des collections où se côtoient la fiction et le documentaire. Ces dernières années, une attention particulière a été portée aux adolescents. Pour Marie Paule Huet, directrice littéraire de Ganndal, le besoin d’ouvrages s’adressant à ce public ne fait aucun doute. « Les structures familiales traditionnelles qui accompagnaient les individus de l’enfance vers l’âge adulte disparaissent, explique-t-elle. Un sujet comme la puberté n’est abordé nulle part, ni en classe ni ailleurs, et c’est au mieux entre pairs que les jeunes l’évoquent, au risque de véhiculer de nombreuses inexactitudes. La littérature peut représenter un recours, un espace où trouver des échos à ces questionnements. »
Pour servir ce projet, l’éditrice a d’abord constitué une pépinière d’auteurs sensibilisés aux particularités de cette tranche d’âge par une formation, en 2013. Gos & Gars, une collection de romans courts pour les adolescents, a ensuite vu le jour, s’étoffant au rythme d’un ouvrage par an. Le quatrième titre, En attendant la Lune… (de Mabety Soumah, publié en 2017), raconte les émois d’une jeune fille inquiète de n’avoir pas encore de cycle menstruel. Salué par le grand écrivain Tierno Monénembo pour son style aussi bien que pour le choix du sujet, il joue à plein son rôle de livre miroir.

Pour faire connaître la collection, Ganndal a même créé des « Défis lecture », compétitions entre classes qui ont déjà touché 2 500 élèves. Quant aux ventes, malgré le tarif attractif de 25 000 francs guinéens (2,50 euros), la maison d’édition doit aussi faire appel au parrainage d’entreprises locales pour un certain nombre d’exemplaires. Pas étonnant, avec tout ce dispositif, que l’on afflue des pays voisins vers ce deuxième salon du livre jeunesse. Le Bénin, le Cameroun, la Centrafrique, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Sénégal et le Togo seront au rendez-vous, preuve de l’importance grandissante de ce secteur dans la région.
Kidi Bebey (contributrice Le Monde Afrique)