Qui a peur d'une force neutre?

La lecture du Net ces derniers temps, nous pousse à nous demander, en effet, pourquoi certains compatriotes sensés et certainement patriotes (à leur manière) craignent la venue d'une force neutre de protection ( pas ''d'intervention'') composée de frères africains? Il est évident pour quiconque de bonne foi que dans tout conflit, le rapport de force (dans ce cas d'espèce: armé) est déterminant pour progresser vers une résolution ''à l'amiable''. A moins d'être dadis*, personne ne peut imaginer un seul instant que la Guinée puisse être colonisée par la présence de troupes ''étrangères'' amies sous mandat international.

 Il serait regrettable, paradoxale et très regrettable de considérer nos frères de l'Union Africaine a fortiori de la CEDEAO comme des étrangers sur le sol guinéen; et pire, des envahisseurs au service d'une puissance tutélaire. Ce, d'autant plus que probablement, plus d'un pays enverraient ses soldats et agents pour nous aider. De deux choses l'une; soit c'est de la paranoïa réactionnaire ''anti-colonialiste'' désuète qui est, en fait, l'expression d'un complexe infériorité qui voit toute association ''occidentale'' comme suspecte; soit alors, c'est un subterfuge politique et démagogique (attrape-nigauds) pour exécuter un plan en cours qui se trouverait menacé par cet imprévu de taille: une force neutre de protection contre leurs bandes armées! Ces objections sont d'autant plus étonnantes qu'en 2007, notre Général Lansana Conté a probablement fait venir des mercenaires, Bissau-Guinéens, pour abattre des Guinéens; tandis que le Capitaine Dadis aurait des Libériens et Sierra-Léonnais portant des tenues militaires de l'Armée guinéenne pour nous mater; et nous n'avons pas entendu d'indignations de ces objecteurs réactionnaires de circonstance! Cela est très incohérent! Ne nous laissons pas abuser! En fait, hormis Dadis et certains compatriotes qui partagent la même langue vernaculaire que lui, bien sûr, il y a trois groupes de Guinéens que l'éventuelle force d'interposition, de protection ou de paix indispose : le premier par idéologie caduque qui continue à regarder derrière au lieu de tourner la tête est avancer; puis les deux autres qui cherchent à manœuvrer politiquement. Parmi ces derniers, l'un est purement ''partisan'' alors que l'autre est ''militaro-partisan''. De quoi s'agit-il donc?

  • Le premier groupe que nous pourrions qualifier de ''complexés de l'indépendance'', plutôt innocent continue à mener un combat fini en 1958, sous cette forme: la souveraineté et l'indépendance sont des notions relatives qui ne sont pas définitives. Développer cette idée nous éloignerait de notre sujet; néanmoins pour que vous deveniez le message, donnons les exemples suivants: la souveraineté des Britanniques s'arrêtent où les intérêts des Américains commencent ( les cas de Diego Garcia, des bases américaines en Grande-Bretagne, la guerre d'Irak, etc...) or ces derniers ont été colonisés par les premiers. Quel revers de l'Histoire! Et l'indépendance des USA aussi s'arrête ou l'influence d'Israël commence (jusqu'à quand?). Ainsi de suite...

    Malgré nos potentielles richesses (elles ne sont que potentielles!), elles n'attisent pas encore la convoitise au point d'être envahis comme l'Irak; et en 2009, les puissances étrangères ont tout un arsenal plus subtile pour ''coloniser'' les pays sans présence physique sur leur sol: les muti-nationales et leurs universités qui nous modèlent à souhait. C'est plus malin et plus efficace. Cela dit, ce groupe plutôt innocent, nous fait du mal en étant malgré lui et involontairement un allié objectif du CNDD.

  • Le second, constitué de partis politiques qui ont déjà baissé les bras sans même essayé de se battre (pour les élections) ont adopté la ''tactique de la terre brulée'': si ce n'est pas moi, celui qui viendra devra trouver que ruines et désolations; en un mot: Dadis. C'est ce que les Anglo-saxons appelleraient une mentalité de loser (perdant). Ce serait risible comme attitude politique défaitiste si ce n'est que son effet peut être comparable à celui des attentats suicides: cela pourrait nous handicaper fortement à défaut de nous perdre tous.

  • Quant au dernier groupe, le plus dangereux de tous à cause de sa branche militariste ou composés de militaires et paramilitaires. Contrairement au second groupe, Dadis n'est qu'un moyen de parvenir à leur fin car leur mouvement est en fait un épiphénomène par rapport au CNDD. Ils sont probablement mieux organisés avec possibilité de mobilisation de ressources; le tout motivé par une idéologie. Par soucis de concision, nous n'allons pas développer plus. Par contre, ceux qui suivent régulièrement la politique guinéenne intra et extra-muros, se souviendront des ''rumeurs'' de réunions lors de la première visite (sous le CNDD) pour raison de santé du Général de Dadis, Sekouba Konaté au Maroc. Ce dernier se serait retrouvé avec des alliés afin de peaufiner une stratégie de conquête du pouvoir.

Ces deux derniers groupes mentionnés ci-dessus ne peuvent accepter la venue d'une force neutre et amie de la Guinée car elle mettrait en péril leur plan machiavélique. Pour ces compatriotes, une Guinée sécurisée, libre avec un processus démocratique en marche sonnerait la fin de leur rêve et machination. Autrement encore une fois, avec tout ce que nous avons vu et souffert avec le CNDD depuis presque 11 mois et la façon dont les militaires se comportent au Pays, quel(lle) patriote n'accueillerait pas les bras ouverts d'autres Africains prêts à risquer leur vie pour que la Guinée retrouve le chemin de la ''réconciliation''(euphémisme pour ''arrêt d'agression militaire interne'') et des urnes pour choisir librement leurs dirigeants? En plus, cette invitation (d'une force en Guinée) est faite avec insistance par une partie-certainement majoritaire- de la population sur laquelle pèse une menace quotidienne des bipèdes du CNDD. Vous remarquerez que des représentants des ces différents groupes sont intervenus sur le Net et d'autres média pour défendre leur position avec des arguments spécieux. Pour nous, quelques faits récents disqualifient tout leur laïus nationaliste exprimé sous forme de galimatias intellectuel: l'impossibilité d'organiser le cinquantenaire sans concours extérieur et le fait qu'un pays comme le Koweït non producteur de riz soit obligé de nous en acheter pour nourrir notre population. Qu'est ce qui est plus honteux et humiliant? Quémander de la sorte ou une force amie en Guinée? Modestie et humilité devraient donc nous guider dans toutes nos relations internationales.

Pour finir, nous devons continuer à faire pression par tous les moyens et à tous les niveaux jusqu'au départ de Dadis. Et ce serait une bonne idée que les Forces Vives avertissent tous ceux qui font du business et signent des accords avec les ministres de la junte qu'ils le font à leur risque et péril: ce gouvernement étant illégal et illégitime, la responsabilité du futur État guinéen ne saurait être engagée; il n'y a pas ici continuité de l'État. Et en plus, avant toute démarche, la sécurité des opposants et de la population doit être assurée. Nous sommes tous Guinéens au même titre: certains disent ''non'' et nous, nous disons ''oui'' à une force africaine de protection. Les plus déterminés l'emporteront. La lutte continue et le plus dur commence!

*: néologisme,de notre part, adjectif signifiant fou, illuminé et mythomane

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