"Le 25 janvier 1971 à l'aube, Conakry découvrait des corps pendant aux rambardes" de ce pont, "face à l'océan. Ces silhouettes décharnées que la brise marine balançait outrageusement au bout d'une corde étaient des patriotes émérites", a rappelé un des organisateurs, Sidikiba Kéita, président de l'Association des victimes du camp Boiro (AVCB).
Quatre personnalités de l'époque, dont les ministres Ousmane Baldé (Economie et Finances) et Ibrahima Barry (Plan), ont été exécutées sur ce site. Il y eut au total 80 pendaisons à travers le pays ce jour-là, incluant des opposants, des cadres, des hommes d'affaires, sur instruction d'un organe dit "Comité révolutionnaire".
Ces exécutions avaient "un seul but: diffuser et renforcer la terreur d'un peuple opprimé et subjugué", a estimé le président de l'AVCB.
Son ONG exige "la déclassification des fosses communes et tombes des victimes". Elle réclame aussi "que l'Etat reconnaisse que ces hommes et femmes et leurs familles ont subi l'aveuglement de l'Etat".
Sékou Touré a dirigé la Guinée pendant 26 ans, de son indépendance, en 1958, à 1984. Durant sa présidence, quelque 50.000 personnes ont été torturées, fusillées, pendues ou ont "disparu" en détention, selon des associations de victimes et organisations de défense des droits de l'Homme.
Ancien camp militaire de la banlieue de Conakry, le camp Boiro est devenu la prison symbole de cette répression.