Alhassane Condé, un ethno au service de son maître

Il porte le même nom, il a les mêmes initiales (il pourrait même signer A. Condé) et l'on découvre qu'il dit tout haut – même s'il essaie de le masquer – ce que son chef pense. Les dernières déclarations d'Alhassane Condé, voire ses actes, montrent que cet individu est prêt à susciter des tensions extrêmes, qui pourraient éventuellement dériver sur une instabilité plus importante. Personne ne le souhaite, ce n'est pas bon pour le pays, mais personne ne courbera l'échine, pour le simple principe que certains se croient au-dessus des lois.

Des concertations avec le mauvais interlocuteur

En premier lieu, A. Condé a organisé des journées nationales de concertation avec des partis politiques (134 sur 143 paraît-il), mais en aucun cas avec les plus importants, qui représentent tout de même plus de la moitié des suffrages. Or en démocratie ce n'est pas le nombre de partis politiques (cabine téléphonique) qui compte, mais le poids électoral de chacun d'eux.

 

La supercherie a donc consisté à dire que 134/143 avaient accepté le principe du recensement. Quelle malhonnêteté intellectuelle ! Mais il n'en est pas à sa première, c'est sa ligne de conduite naturelle.

 

A. Condé constate que certains leaders ne souhaitent pas dialoguer avec le MATD mais avec la CENI, ce en quoi ils ont parfaitement raison. « Nos camarades ne comprennent pas les textes » ajoute t-il. Il oublie, que c'est lui-même qui ne comprend pas les textes. D'ailleurs chacun remarquera qu'il ne les évoque JAMAIS, et donc par conséquent ne les commente pas.

 

Le MATD n'a aucune légitimité en matière d'élections, n'étant dans le meilleur des cas, qu'un simple maître d'oeuvre. Par conséquent, il ne peut pas convoquer les partis politiques pour l'organisation des élections.

 

« Moi je suis consultant international en matière de processus électoral. Et par conséquent je sais de quoi je parle », dit-il. Si quelqu'un en sait davantage sur la structure qui le rémunère pour ce service (honnêtement parmi les plus connues que je connais, il n'en fait pas partie), il peut m'aviser, car j'écrirais officiellement pour montrer ses déclarations, confrontées aux textes constitutionnels, et nul doute que son employeur le mettra à la retraite anticipée, pour incompétence notoire.

 

 

Un fichier invalide ?

 

A. Condé veut éliminer les morts (mais ceux-ci ne sont pas gênants car ils ne voteront pas), et empêcher les enfants de 12 ans de voter à l'élection présidentielle. Qu'il nous indique où ce cas de figure s'est présenté ? Par ailleurs, lui qui disait ne pas détenir le fichier électoral, comment sait-il que des enfants de 12 ans en font partie ?

 

A. Condé déclare qu'on ne peut supprimer les doublons actuellement : c'est très ambigü comme déclaration. Concrètement imaginons l'existence de 30 Mamadou Diallo (nom et prénom très communs en Guinée) dans le fichier électoral. Supprimer les doublons consisterait à supprimer 29 Mamadou Diallo (pourtant des personnes différentes, mais qui auraient le malheur de porter le même nom) de la liste. CQFD !!!

 

Répondant à une question relative à une déclaration de CDD, A. Condé parle de la remise en cause du statut de Cellou Dalein en tant que chef de l'opposition, si ce dernier s’évertue à clamer que celle d’Alpha Condé en tant que président est fortement entamée, pour avoir critiqué le fichier électoral à partir duquel il a été élu.

 

Quelle imbécillité ! Depuis quand existe t-il un statut de chef de l'opposition, et même d'opposant ? CDD est pourtant ancien PM, ce qui n'a pas empêché les criminels de l'armée de tirer sur lui le 3 Avril dernier, faisant des blessés et un mort. Effectivement si le fichier électoral est invalide, et en outre on viole la constitution, l'élection du PRG devient également ivalide, c'est mécanique. Ne pas comprendre cette logique, dénote une sénilité avancée.

 

 

Un respect des textes sélectif

 

Parlant de la destitution en série des conseils communaux et communautaires, A. Condé souligne l’article 143 du code des collectivités locales, lequel lui permettrait de suspendre ou révoquer des élus locaux pour négligence ou manquement grave dûment constatés. Il oublie de préciser que le constat de ces manquements fait défaut. Pour ce Ministre, il suffit qu'il le dise pour qu'il faille le prendre pour argent comptant. Quelle arrogance.

 

« En 2005, lors de l’élection communautaire, 99% des sièges ont été octroyés au PUP », renchérit-il. Raison de plus pour attendre les élections qui vont renouveler démocratiquement ces conseils communautaires. Remplacer des gens du PUP par ceux du RPG, quel cynisme en dehors d'une nouvelle violation de la loi !

 

En outre, et paradoxalement il tient à respecter scrupuleusement les textes donnant mandat aux conseils communaux pour 4 ans, mais il feint d'ignorer les délais relatifs à l'organisation des législatives. Beaucoup de sélectivité donc dans ses déclarations et ses actes.

 

 

Une méconnaissance des pouvoirs du MATD et une arrogance déplacée

 

Pour ce qui est de la CENI, il dit avoir « envoyé deux lettres au CNT pour lui demander de restructurer la CENI. Il oublie de préciser qu'il n'a aucun pouvoir hiérarchique sur le CNT qui est une « Institution » provisoire, alors que le MATD qu'il dirige, n'est qu'une simple administration. Le Ministre n'est qu'un simple exécutant de la politique gouvernementale, en fait présidentielle, et il pourrait même ne pas exister, alors que la CENI est consacrée constitutionnellement.

 

A. Condé déclare également que son maître ne va tendre la main aux institutions financières pour organiser lui-même ses élections, il a les moyens de ses ambitions (cagnotte de Rio Tinto). Il oublie de préciser que le budget qui accuse un déficit énorme (3211 milliards de GNF au minimum) obligera l'État à tendre la main pour nourrir la population, mais ça manifestement cela ne lui pose aucun problème.

 

 

Un Ministre inutilement menaçant

 

L’opposition projette de descendre dans la rue si le gouvernement tente de reprendre intégralement le fichier électoral. Pour le MATD « quiconque veut semer des troubles trouvera l’Etat devant lui ». « Si CDD veut la guerre, il n’a qu’à prendre ses militants et aller dans les pays en guerre, il y a la Somalie par exemple », cite-t-il.

 

Il oublie de rappeler que nos lâches militaires eux-mêmes, ont refusé d'aller en Somalie, c'est tellement plus facile de tirer lâchement dans le dos de personnes désarmées, des femmes et des enfants notamment.

 

Mais là encore, la malhonnêteté l'empêche de préciser ce que devrait faire l'opposition en cas de violation de la Constitution. S'asseoir et regarder. Si l'opposition ne réagit pas, demain tout sera permis (déjà qu'aujourd'hui le président du RPG viole allègrement la Constitution), on rendra le nombre de réélections indéfinies (actuellement, il n'est que de deux mandats), on interdira aux peuls de se présenter aux élections (le Médiateur l'a dit publiquement sans être démenti, A. Condé lui-même ayant déclaré en privé que les peuls n'étaient pas des Guinéens), et que sais-je encore ? On réinstaurera une nouvelle dictature, avec des gens incompétents qui plus est. Non ce n'est pas supportable, et il n'existe donc aucune autre alternative.

 

A. Condé menace : « Normalement après cette déclaration - (sortie dans la rue si le gouvernement persiste dans sa volonté de recommencer le recensement) -, Dalein doit être poursuivi, c’est de l’incitation à la violence », fait-il savoir. Il n'a vraiment aucune honte, en s'étant tu suite aux déclarations scandaleuses du Médiateur de la République. D'ailleurs l'article 130 de la Constitution prévoit que : « le Médiateur de la République ne peut être poursuivi, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions qu’il émet ou des actes qu’il accomplit dans l’exercice de ses fonctions ». Or chacun aura remarqué que les déclarations du Médiateur ne se faisaient pas dans le cadre de sa fonction. Il n'y a eu pourtant aucune réaction gouvernementale, or qui ne dit mot consent.

 

 

Une inconscience qui l'empêche de voir sa complicité pour crime contre l'humanité

 

Enfin A. Condé met de l'huile sur le feu en estimant que « l'ancien chef de la junte le capitaine Moussa Dadis Camara avait raison de pointer un doigt accusateur sur les leaders politiques quant à leurs responsabilités sur les évènements tragiques du 28 septembre 2009 ». Autrement dit les morts n'ont eu ce qu'ils méritaient, ce sont les leaders politiques qui sont responsables. Il oublie que cette déclaration peut être perçue comme une complicité d'assassinat, et donc poursuivie. En tout cas, personne n'oubliera cette déclaration, qu'il se le dise. Il peut le penser à titre personnel. Dès lors qu'il le déclare publiquement, il devra en assumer les conséquences.

 

 

Des solutions juridiques préventives

 

Avant de descendre dans la rue, l'opposition pourrait agir en recours devant la Cour Suprême pour que cette dernière constate ces violations. Deux cas de figure se présenteraient alors :

  • soit la Cour Suprême fait l'application normale des textes (il n'y a aucune difficulté d'interprétation), et la balle serait dans le camp d'Alpha Condé, puisque les décisions de la Cour Suprême sont souveraines. Alpha Condé prendrait-il le risque de les violer, allant à l'encontre de ce qu'a fait CDD en acceptant le résultat des élections à la suite de la décision de la Cour Suprême ?
  • soit la Cour Suprême se discrédite une nouvelle fois en imaginant une solution sortie de nulle part, et dans ce cas, c'est la rue qui réglera le problème devant ce déni de justice.


En fait, au-delà de la guerre d'intox, le problème qui se pose réellement est celui de l'avenir du pays. Personne ne dénie au PRG de prendre des décisions, y compris des décisions qui ne plairait pas à l'opposition. Il a été élu et donc doit ou peut mettre en oeuvre son programme. En revanche, il existe des textes (la Constitution) qui limitent les pouvoirs du PRG, et il n'est pas question, que ce dernier veuille jouer au roitelet africain. L'époque des Bokassa, Amin Dada et Mobutu est définitivement derrière nous. Le mur de Berlin est tombé, la volonté de démocratie s'est propagé universellement, et aucun peuple ayant de surcroît lutté pour son avènement, ne peut retomber dans les anachronismes des années 60. Ce qui était possible à cette époque ne l'est plus aujourd'hui, quiconque l'oublierait, va forcément s'en rendre compte.

 

Ceux qui veulent forcer – car personne n'est dupe des objectifs poursuivis par le MATD – doivent assumer les conséquences de leurs actes, sans rejeter systématiquement et lâchement la faute sur d'autres (celui qui conduit la voiture ne peut pas accuser son passager d'avoir mis la voiture dans le fossé).

 

 

Des solutions politiques préventives et/ou répressives

 

Aujourd'hui le problème qui va se poser est le suivant. Si le gouvernement persiste dans sa volonté de reprendre le recensement, l'opposition va descendre dans la rue, cela ne fait aucun doute. Le gouvernement n'aura alors que trois possibilités :

  • faire preuve d'intelligence pour rencontrer l'opposition qui compte (en termes de voix) et mettre les choses à plat. Il n'y a que les imbéciles qui s'imaginent que l'opposition est contre un véritable recensement. Ce sont les textes qui en interdisent la mise en oeuvre, mais rien n'empêche des accords politiques entre les vrais acteurs, dès lors que les droits de l'opposition sont respectés.
  • accepter de se remettre en cause et abandonner l'idée de recensement, en vue de procéder à une révision du fichier en fin d'année (qui elle, est légalement possible), repousserait les législatives à 2012. Le problème est que les déclarations d'A. Condé indiquant que recensement et révision étaient la même chose, ne feraient que repousser le problème, sans le résoudre. Car si le gouvernement compte sur cette possibilité pour faire un recensement, là où seule une révision est possible, ce ne sera pas davantage acceptable. Sans compter que l'orgueil démesuré du président du RPG paraît difficile avec l'idée de recul.
  • les militaires tirent sur la foule, ils ont montré qu'ils savaient faire (notamment contre les femmes et les enfants) et en plus certains semblent y prendre un plaisir particulier. Le problème est que c'est Alpha Condé qui en serait responsable, contrairement à l'époque de transition. Faire un nouveau 28 Septembre, c'est admettre que ce régime est mort, il n'ira pas au-delà de 18 mois.

 

Conclusion

 

Voilà posé les données du problème. L'intelligence permet de trouver des solutions. Des egos surdimensionnés, des orgueils mal placés risquent de plonger le pays dans des abimes dont on aura du mal à se relever.

 

Actuellement les gens sont conscients qu'Alpha Condé est incapable de redresser le pays d'un point de vue économique. Ils constatent que beaucoup d'argent est distribué (la cagnotte de Rio Tinto), ce qui permet de soudoyer beaucoup de monde, et de limiter le prix du riz (officiellement jusqu'aux législatives). Mais tout ceci n'a qu'un temps, et l'argent n'est pas éternel, d'autant que les institutions financières internationales ne vont pas accepter le fait que les 700 millions de $ soient omis des recettes du budget. Or on ne peut faire aucune politique sans moyens financiers. Et la loi de finances est fondée sur une assistance de ces institutions, pour combler l'énorme déficit de 3211 milliards de GNF.

 

Alpha Condé fait le pari qu'avec ses moyens financiers actuels, il fait le nécessaire pour gagner les législatives, et dans ce cas, il aura les mains libres pour faire ce qu'il veut. Il oublie deux choses : il existe une opposition qui n'est pas désireuse de se laisser faire (il y a des limites à tout), et les moyens financiers actuels, qui sont utilisés à autre chose que l'exécution normale du budget, feront défaut par la suite (les 3211 milliards de déficit affichés ne faisant par ailleurs pas état de l'amortissement et du service de la dette qu'il faudra donc ajouter à ce déficit). C'est dire qu'avec l'augmentation du prix des denrées alimentaires (prévue au niveau mondial), et l'absence des subventions, l'avenir est loin d'être porteur d'espoir, comme le gouvernement s'entête à nous le seriner.

 

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

 

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au

moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours

sur la liberté de la presse, Mai 1791).

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