Alhassane Condé : "Notre souhait est que tout le monde aille aux élections"

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Décentralisation, réorganisation du corps des fonctionnaires de l’État, organisation des élections, dialogue avec l’opposition… Alors, que la Ceni a fixé la date des prochaines législatives au 8 juillet, le ministre guinéen de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Alhassane Condé répond aux questions de Jeune Afrique. Interview.

Alhassane Condé est l’un des plus fidèles compagnons du président  Alpha Condé, qu’il a accompagné pendant sa longue traversée du désert, que ce soit en Guinée ou en exil. Ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, membre du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG, parti au pouvoir), il est co-responsable, avec la Commission électorale indépendante (Ceni), de l’organisation des élections. C’est lui qui représente le gouvernement dans son dialogue avec l’opposition. Autre sujet brûlant pour le ministre, la réforme de l’administration, qui doit déboucher sur des élections municipales, et l’éviction des fonctionnaires fictifs.

Jeune Afrique : L’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) de Cellou Dalein Diallo et l’Alliance pour la démocratie et le progrès (ADP), de Lansana Kouyaté, menacent de boycotter les législatives… Quel est l’état du dialogue entre le gouvernement et l’opposition ?

Alhassane Condé : Nous avons été surpris des réclamations des leaders de l’opposition début mars, entendues à la radio. Nous ne nous y attendions pas : nous avions repris un dialogue serein depuis trois mois. Nous étions tombés d’accord sur quasiment tous les points de l’organisation des élections…

Pourquoi refusez de satisfaire leur revendication majeure, à savoir la recomposition de la Ceni ?

La Ceni est en place depuis 2007, au début de la transition politique. Comme son nom l’indique, elle est indépendante, elle ne reçoit d’ordre de personne. Curieusement, il y a 8 mois, les membres de la Ceni ne dérangeaient pas l’opposition… Ils s’opposaient même à des changements que nous souhaitions. Et voici qu’aujourd’hui, cette même commission ne la satisfait plus ? Recomposer la Ceni prendrait des mois ! Je peux comprendre certaines réserves, mais s’il on veut tenir le timing des élections, prévues le 8 juillet prochain, il n’y a pas de temps à perdre. Nous restons confiants, notre souhait est que tout le monde aille aux élections…

La date du 8 juillet, choisie par la Ceni pour les élections législatives, est donc inamovible ?

C’est une bonne date, juste avant la saison des pluies. Retarder les élections, cela ferait tomber les élections pendant cette saison où les déplacements sont difficiles. Mais il y aurait aussi des conséquences financières : l’organisation des législatives est l’une des conditions posée par l’Union européenne à l’octroi d’aides au pays… Jusqu’à ce que nous votions, les investissements, notamment étrangers, resteront faibles.

Donc nous voulons à tout prix tenir la date. Seul un problème technique pourrait empêcher la tenue du scrutin le 8 juillet. Si c’était le cas, le président de la république prendrait alors un décret, au plus tard 70 jours avant la date annoncée par la Ceni.

Justement, combien de temps vont prendre ces étapes techniques ?

L’audit du fichier électoral, qui sera réalisé par une société occidentale indépendante, devrait prendre 45 jours maximum. Ce délai permettra notamment de vérifier que les données datant des dernières élections, n’ont pas été modifiées, puis de les transférer sur les différents sites et systèmes informatiques.

Les partis politiques de l’opposition se plaignent de ne pas pouvoir manifester…  Les meetings politiques sont-ils interdits ?

Non, bien entendu, tous les partis peuvent manifester. C’est un droit qui leur est garanti par la loi guinéenne. Mais il y a des modalités à respecter, il faut que les autorités soient prévenues dans les temps pour que les cortèges, notamment à Conakry, ne partent pas dans tous les sens… Nous avons en mémoire les débordements de mouvements de jeunes proches de l’UFDG, qui ont fait beaucoup de dégâts à Conakry…

Pourtant, depuis les massacres du 28 septembre 2009, les membres des partis de l’opposition, notamment de l’UFDG, sont méfiants envers les forces de l’ordre… N’est-il pas compréhensible qu’ils soient réticents à être encadrés par elles ?

Depuis ces évènements, nous avons poussé l’armée à regagner ses casernes. Comme partout ailleurs dans le monde, c‘est désormais la police qui encadre les manifestations. Les populations commencent à l’accepter, et la méfiance n’existera bientôt plus. À Labé, il y a d’ailleurs eu une manifestation de l’opposition, encadrée par la police, qui s’est très bien passée. À Conakry, c’est faisable, à condition que la sécurité soit assurée, donc que les autorités soient averties dans les temps.

Vous gérez le dossier de la décentralisation… Le gouvernement n’a-t-il pas privilégié Conakry au détriment des régions éloignées de la capitale ?

Nous n’avons pas abandonné les régions… Nous avons notamment lancé des travaux pour améliorer les infrastructures dans toutes les capitales régionales (Labé, Kankan et N’Zérékoré, NDLR). C’est vrai, il nous reste beaucoup à faire pour désenclaver les régions, notamment en améliorant les réseaux routiers et électriques… Mais pour cela il faut absolument que les élections soient organisées rapidement pour débloquer aides financières et investissements extérieurs. Voyez l’importance cruciale du scrutin !

Vous préparez une réforme de l’administration territoriale… De nouveaux maires seront-ils élus ?

Nous avons défini 32 compétences à transférer vers les collectivités locales pour qu’elles aient davantage de légitimité et de moyens d’agir. La trop grande centralisation est l’un des grands problèmes de la Guinée. Nous sommes conscients de la nécessité de donner du poids aux maires qui doivent être rapidement élus. Si les législatives se tiennent le 8 juillet, nous pourrons débattre de cette question au Parlement. Nous pourrions organiser les municipales dans la foulée, en octobre ou novembre 2012.
Allez-vous réduire drastiquement le nombre de fonctionnaires ? On dit que beaucoup d’entre eux sont fictifs…

Le dernier recensement biométrique des fonctionnaires, en 2008, a dénombré environ 58 000 fonctionnaires de l’administration territoriale alors que nous en comptons officiellement 120 000. Cela signifie que 40% des fonctionnaires sont des faux : certains sont comptabilisés deux fois, d’autres sont décédés, mais leur famille continue à recevoir leur paye… Cette tâche d’apurement du fichier des fonctionnaires, prendra encore plusieurs mois, mais nous sommes déterminés à aller jusqu’au bout

Propos recueillis par Christophe Le Bec

Pour jeune afrique

Source: jeune afrique

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