Apocalypse à N’Zérékoré

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Je commence par condamner les crimes barbares perpétrés dans la ville de N’Zérékoré et je présente mes condoléances aux guinéens et plus particulièrement aux forestiers.
J’ai reçu des messages dont certains qui s’étonnent de mon silence ; je dirai qu’il y a eu concours de circonstances ; j’ai eu un problème avec mon ordinateur ; en plus de mon emploi du temps très chargé ; mais j’étais constamment en contact pour avoir les nouvelles de ma famille. Mon père est l’une des personnalités connues de la ville alors imaginer mon angoisse.

Historique :

Je vais faire un autre article sur quelques origines des conflits entre les communautés; mais brièvement, dans les années 90, à l’annonce des élections communales, un guerzé se porta candidat pour la mairie de la ville.
Des extrémistes malinkés et koniankés, qui ont toujours eu les pouvoirs économiques et politiques, trouvèrent anormal qu’un gerzé les dirige et ils ont égorgé un chien dans le marigot Zali avec tous les noms d’oiseau en l’endroit des autochtones ; avant de déclencher une opération de lynchage des guerzés et de tuerie.
 
L’écho arriva très vite dans les villages que les malinkés sont entrain de tuer les guerzés ; c’est en ce moment que des guerzés des villages coupèrent les routes de N’Zérékoré pour empêcher les malinkés et koniakés d’entrer ou de sortir de la ville.
La répression est sanglante ; personne ne connaît les statistiques macabres et selon des témoins, c’est grâce à l’intervention du commandant de la gendarmerie que le pire fut évité. 

Voilà en gros, certaines communautés commencèrent depuis, à s’armer pour une prochaine fois.
 
L’arrivée du tandem Dadis- Konaté (un guerzé et un malinké), au pouvoir, change la donne et renforce même les liens entre ces communautés.

Aux élections présidentielles de 2010, la campagne est éminemment ethnique ; l’on fait croire aux forestiers que ce sont les peuls qui ne voulaient pas du pouvoir de Dadis; l’adhésion de la forêt pour le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée), le parti d’un malinké, est massive ; le tout contre une région, fonctionne à merveille.

Certains guerzés qui, du temps de Lansana Conté, vilipendaient Alpha Condé, adhèrent au parti au pouvoir. C’est le retournement de veste, la marque déposée du guinéen sans conviction.
 
Des témoignages :

Mme Loua, restauratrice : «  je vends du riz dans une petite gargote de la place ; d’habitude, j’avais du mal à vendre tout mon riz ; mais depuis un moment, tout se vendait vite ; je voyais du monde et c’est maintenant que je comprends que ce sont ces rebelles qui viennent de nous massacrer ».
 
Mr Lamah : « mes enfants me disaient qu’il y a des rebelles dans la ville ; je leur disais de ne pas raconter des bêtises ; des rebelles ici pourquoi ? Par contre, je me demandais souvent la raisons de la présence des donzos en forêt ; c’est grave ce qui se passe ici. Il y a plus de morts que ce que l’on vous raconte ; ils ont envoyé des corps dans des fosses communes ; aidez nous. »
 
Mr Mamy : « J’étais dans mon village pour un enterrement, en entrant en ville, nous avons entendu des coups de feu et comme nous n’étions pas loin de la cathédrale ; nous y sommes entrés et restés de 10h du matin à 16h avant d’être escortés chez nous. Tout ce temps, les forces de l’ordre n’étaient pas visibles. »
 
Mme Kourouma : « Quand ils venaient pour nous tuer, ce sont nos voisins malinkés qui nous ont sauvés ; ils nous ont pris chez eux ; les assaillants sont revenus le lendemain pour détruire la maison. Beaucoup de maisons sont brulées ; dans le quartier de Dorota Wéssoua ; des jeunes malinkés, koninakés et des jeunes forestiers se sont associés pour défendre le quartier. Il y a des malinkés qui sont énervés par cette histoire.»
 
Selon mon recoupement des faits : depuis un certain temps, des voix s’élèvent contre la présence des donzos en forêt et des différents témoignages ; voici ce que je crois comprendre.

Les rebelles sont arrivés en grand nombre à l’annonce de l’enterrement de la maman de Dadis au cas ou ce dernier décidait de rester ou ses partisans l’empêchaient de retourner.
 
Le meurtre d’un voleur à Koulé est tout simplement un prétexte ; dans l’histoire de notre pays ; quand il y a émeute, l’on dénombre peu de morts et l’intervention rapide des forces de l’ordre quand il s’agit, comme c’est le cas ici, de deux alliés du régime en place.
Pourquoi c’est si meurtrier cette fois-ci ?
 
Parce que bien planifié ; les entrées de la ville ont été bloquées à des kilomètres pour empêcher les renforts des villageois ; des rebelles, des extrémistes malinkés et koniankés étaient  encadrés par des soldats de l’armée guinéenne ; ce qui explique la lenteur des interventions des forces de l’ordre.

Comme en 1991, il fallait aussi s’attaquer à un symbole des autochtones ; ce sera le patriarche, descendant du fondateur de la ville ; il sera molesté et quatre personnes tuées dans sa famille.
Le patriarche a bien demandé de l’aide qui se hâta lentement ; certains militaires diront qu’ils n’ont pas reçu l’ordre d’intervenir.
 
Les gens ont cru que le couvre feu les protégeait mais à leur dépend, ils apprirent par la suite que des exactions se poursuivirent la nuit ; le lendemain, après 6h du matin, des équipes de tueurs reprirent leurs opérations de façon méthodique. Il y a des mains et des pieds coupés ; comme ce fut en Sierra Léone ; des maisons brulées, des gens brulés vifs, bref, du jamais vu.

Comme déjà l’hôpital de la ville n’a que de nom (j’ai fait une vidéo du lieu) ; des blessés seront à même le sol ; pas suffisamment de lits.
Tous ceux qui me parlent, sans se concerter ; puisqu’habitant différents quartiers, disent que Pivi et Tiegboro ont été envoyés pour tomber dans un piège et se faire tuer et tous disent qu’ Alpha Condé en est l’auteur.
 
 
Mon Analyse :

J’aimerais commencer par remercier le patriarche qui trouva le courage et la grandeur d’esprit, de lancer un appel au calme ; sa mort ou sans son appel, la ville serait en feu et en sang.
 
J’aimerais remercier et féliciter tous les malinkés et koniankés qui ont bravé le danger pour sauver des forestiers ; ce qui prouve bien qu’il y a une majorité silencieuse dans ces communautés qui n’approuvent pas la politique ethnocentrique du gouvernement actuel.
 
Il n’y a pas si longtemps, le même patriarche et une délégation, allèrent à Conakry la capitale, pour garantir le soutien de toute la forêt au président ; mais il faut dire que les événements de Galakpaye, les massacres de Zowota semèrent déjà des doutes dans la communauté forestière.
 
Maintenant, je peux vous assurer que le divorce est consommé entre le Président guinéen et la guinée forestière; la politique de tous contre une région devient maintenant tous contre ce régime ethnocentrique.
 
Je m’étais posé la question de savoir, pourquoi quelques mois après son élection, le président guinéen avait offert des tonnes de riz à la Sierra Léone pour soit disant, aider un pays frère alors que des guinéens crèvent de faim. J’ai maintenant ma réponse ; pour entretenir une milice.
 
Il est maintenant facile de faire le rapprochement avec des rebelles parlant anglais qui ont envahi la forêt en 2000 ; des individus parlant anglais lors des massacre au stade du 28 Septembre ; les auteurs des crimes dans les quartiers peuls après des marches pacifiques.
Comment expliquer que, des villageois déciment en peu de temps, des centaines de bœufs des peuls à Beyla ; maintenant on peut dire que c’est l’œuvre d’une bande bien organisée et bien armée.  
 
Comment expliquer, qu’un Président annonce à la télévision ; jusque quelques heures après l’attaque de son domicile ; le type d’arme utilisé ? Bref, la liste est longue. 
 
Le procès organisé après, est une honte pour la Guinée et le verdict digne de ceux du régime criminel de son idole, Sékou Touré.
 
Les rebelles avaient des mitraillettes contre des civils à main nue ; l’évêque était aussi visé ; il alla se refugier au camp militaire.
 
Chers compatriotes, des rebelles sont dans notre pays et sèment la désolation ; nous devons arrêter l’indignation sélective et faire front commun pour les bouter hors du pays et en plus changer ce régime ethnocentrique, incompétent et criminel.

Aux compatriotes peuls ; je peux vous assurer que les forestiers que j’ai eu au téléphone, disent que vous n’êtes pas leurs ennemis ; qu’ils ont été trompés. Le réveil est brutal.

Mépris suprême, le président voyage sans se soucier d’eux ; il n’a ni le charisme, ni la compétence, ni le sens de la responsabilité, ni une vision politique pour notre pays ; preuve qu’il est venu pour s’enrichir sans plus.
 
Un ami journaliste m’avait dit à Conakry : « Paul si tu sais ce qui se passe ici, tu auras l’envie de déchirer ton passeport guinéen pour aller ailleurs.
Des sacs d’argent, l’or et le diamant qui sortent du pays ; quand certaines personnes voyagent ; l’ordre est donné d’éteindre les détecteurs de métaux à l’aéroport. »
 
 
Nous devons tous nous lever pour changer ce régime et organiser une conférence nationale, vérité, justice et réconciliation ; pour enfin partir sur une base saine.
Nous devons faire des campagnes de sensibilisation dans nos villages et villes pour faire comprendre à nos compatriotes que le repli identitaire nous mènera à notre perte ; nous ne réussirons qu’en tant que Nation.
 
Ce conflit à un aspect particulier pour ma famille ; après ma séparation avec mon épouse américaine ; je m’étais promis d’épouser une compatriote qui partage mes valeurs ; peu importe son ethnie ; ainsi, le mois dernier, nous avons célébré mon mariage coutumier avec une konianké ; son père konianké, sa mère toma ; nos communautés et celles de nos amis ont honoré la cérémonie ; imaginez notre indignation.
 
Il y a un combat politique à mener pour montrer aux guinéens que nous sommes tous égaux ; que nous avons tous, les mêmes droits et devoirs et que tout guinéen est chez lui sur tout le territoire guinéen. La même justice pour tous.
 
Je réalise à présent qu’il est irresponsable de ma part de vouloir rester en marge du débat politique ou de la politique tout simplement ; nous ne pouvons pas laisser des médiocres décider pour nous ou des extrémistes brûler notre pays ; c’est pourquoi j’ai décidé de rentrer dans la politique.
 
Je vais consulter mes amis, me renseigner sur les différents partis politiques et intégrer le parti qui reflète mes valeurs ; dans lequel je peux militer à ma modeste manière pour le bien de notre pays.

Encore une fois, mes condoléances; concrètement je veux aider ces familles car je suis en contact avec des donateurs.
 Paul Théa

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