En Guinée, le paludisme a tué plus qu’Ebola

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Selon une étude américaine, la non prise en charge d’un grand nombre de cas de paludisme en Guinée a sans doute provoqué un nombre de décès supérieur à celui d’Ebola. En 2014, les pays touchés par la fièvre hémorragique, ont connu une profonde désorganisation de leurs systèmes de santé déjà fragiles.

Que révèle l’étude ?

Elle montre que l’épidémie d’Ebola a entraîné en Guinée une explosion du nombre de cas de paludisme non traités et mortels pour certains. Publié dans la revue The Lancet Infectious Disease, ce travail a été mené par le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC) d’Atlanta (Georgie).

Selon ce centre, les établissements de santé de Guinée ont accueilli 74 000 de cas de paludisme en moins en 2014 par rapport aux années précédentes. Ce qui s’est traduit par une augmentation du nombre de décès liés à cette maladie transmise par les moustiques.

À ce jour, le virus Ebola a provoqué 2 400 décès en Guinée. Sans donner de chiffres précis, les auteurs de l’étude estiment que ce chiffre reste bien inférieur au nombre de décès supplémentaires provoqués par des cas de paludisme non soignés.

Comment expliquer cette situation ?

Cette étude ne suscite pas de véritable surprise en Guinée. « Le paludisme reste de loin la première cause de mortalité dans notre pays », souligne le professeur Sidiki Diakité, président du Comité de crise sanitaire de Guinée. En fait, le virus Ebola est venu frapper des pays (Guinée, Libéria, Sierra Leone) disposant d’un système de santé aux ressources limitées.

Et cette épidémie a considérablement désorganisé un dispositif déjà très fragile, d’abord en décimant nombre de soignants en première ligne contre le virus. «  Près de 500 travailleurs de la santé sont morts au cours de cette épidémie, un coup dur pour ces trois pays qui connaissaient déjà une grave pénurie de personnel soignant avant la crise », souligne un rapport de Médecins sans Frontières (MSF) publié en mars 2015.

À cause d’Ebola, plusieurs hôpitaux ou cliniques ont aussi dû fermer certains services, ce qui a fortement perturbé le suivi des autres pathologies. «  Par exemple, en Guinée, les consultations pour le suivi des grossesses à risques ont disparu et il n’y a plus personne dans certains centres pour le VIH-sida», indique le docteur Denis Malvy (Inserm, CHU Bordeaux).

« Durant la crise d’Ebola, la fréquentation des établissements de santé a chuté de près de 50%, notamment parce que beaucoup de gens avaient peur d’aller à l’hôpital », précise le professeur Diakité. « Le problème est qu’au départ, les symptômes du paludisme sont identiques à ceux d’Ebola. C’est de la fièvre et de la fatigue, ajoute-il. Et certaines personnes, qui développaient un paludisme, ont sans doute préféré ne pas consulter à l’hôpital en pensant qu’on allait les isoler dans un service pour malades d’Ebola ».

En a-t-on trop fait contre Ebola  ?

Certains se poseront peut-être la question en comparant le nombre de décès par Ebola (11 000 à ce jour dans le monde) à ceux du paludisme (584 000 décès en 2013) ou du VIH-sida (1,5 million).

À ceux qui estimeraient que la mobilisation contre Ebola a été excessive, eu égard au nombre de décès, on peut opposer qu’il était légitime d’agir contre une épidémie à fort impact social et rapidement hors de contrôle, avec un virus très meurtrier à l’échelle individuelle et contre lequel il n’existait ni traitement, ni vaccin.

Et si les médias ont beaucoup parlé d’Ebola, la mobilisation, elle, n’a pas été si importante que cela, notamment au début de l’épidémie. Pendant de longs mois, les soignants locaux et les ONG se sont en effet sentis bien seuls, sur le terrain, pour prendre en charge les patients.

C’est seulement face à la crainte de voir Ebola traverser les frontières que les pays riches ont déployé en Afrique de l’Ouest des moyens qui, bien souvent, sont arrivés sur place alors que l’épidémie était en phase de déclin.

PIERRE BIENVAULT

Source: La Croix

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