Espoir de démocratie : vers la dernière ligne étroite ?

Je vous livre une information capitale : la date de l’élection présidentielle en Guinée semble être  fixée définitivement au 27 juin 2010 puisqu’elle n’a pas, à ce jour, été modifiée. C’est déjà une avancée considérable pour un pays meurtri dans lequel on peut s’attendre à tout.

Si tout se passe donc comme prévu, nous aurons bientôt un civil à la tête de l’Etat. Mais lequel ? A mon avis, sauf « incident exceptionnel », le futur Président de la République sortira du quarté suivant : Alpha Condé, Cellou Dalein Diallo, Jean-Marie Doré, Sidya Touré, classés uniquement par ordre alphabétique. Ce n’est pas manquer de respect à des dizaines de candidats potentiels (qui iraient d’Abé à Zoutomou) que de ne citer que ces quatre personnalités mais ce sont elles qui me semblent, par intuition, se détacher nettement du lot. Les autres, dont certains sont de possibles porteurs de bonnes idées, n’ont malheureusement pas le même enracinement territorial, bien que chacun estime avoir un destin national.

Par réalisme, car nous ne pouvons pas lire même en diagonale une centaine de programmes, focalisons-nous sur ces quatre leaders en leur demandant de nous exposer succinctement mais clairement, non pas leur projet personnel mais leur projet de société, c’est-à-dire ce qu’ils veulent faire pour les Guinéens. Je dis bien « pour les Guinéens » et non « pour la Guinée » car je tiens à souligner une nuance. On a trop parlé de la Guinée et de ses soi-disant richesses. Pour une fois, oublions un peu le « territoire » pour nous préoccuper de ses « habitants » qui n’ont jamais vécu dans l’opulence, encore moins dans la liberté. Chacun a toujours eu un projet en Guinée mais qui a réellement un projet pour ceux qui l’habitent ?

Je me garderai bien de porter un jugement trop sévère sur ces leaders. Que leurs bouillants lieutenants promeuvent leurs vertus, c’est tout à fait normal. J’observe cependant que pour des qualités supposées, ils ont chacun des handicaps certains. On parle de biens mal acquis ? C’est exact ! Quand on voit le train de vie de certains et qu’on le compare à leurs revenus officiels, on se rend compte d’une évidence : ils se sont certainement bien «débrouillés». Parallèlement, ceux qui se prévalent inlassablement d’une virginité politique ou administrative au motif qu’ils n’ont jamais géré directement quoi que ce soit dans le pays ( serait-ce un aveu de leur médiocrité de constater qu’on ne leur a jamais rien proposé ?) seraient bien inspirés de nous dire maintenant de quoi ils vivent et qui les financent. Au Guinéens d’en juger !

Pour l’instant, ce qui me préoccupe c’est l’unité nationale, soumise à rude épreuve. Aucun groupe ethnique ne peut diriger le pays en excluant les autres. Je souhaite que Condé, Diallo, Doré et Touré qui se bousculent sur une ligne encombrée nous disent clairement ce que chacun compte faire s’il était élu Président de la République. Nous n’avons pas le temps de lire de fastidieux programmes qu’ils seraient eux-mêmes incapables d’exposer sans note. Au-delà de l’incontournable promesse d’eau et d’électricité pour tous et tout de suite, je voudrais qu’ils s’engagent clairement sur des points précis : constitution d’un gouvernement d’union nationale dans lequel chaque citoyen se reconnaîtrait, non tripatouillage de la constitution pour ancrer définitivement la démocratie, sécurité des personnes et des biens, indépendance de la justice, conférence nationale pour réconcilier les Guinéens avec eux-mêmes car ils ont besoin de cette thérapie collective, etc.

Le futur Président civil doit être un rassembleur en faisant comprendre à tous que c’est lui qui a gagné démocratiquement mais qu’il n’y a pas de perdant. Le pire pour un pays c’est d’avoir des frustrés en permanence. Et je pense que les conditions sont réunies pour une sortie de crise en Guinée. En tout cas je me force à être optimiste.

En effet, la transition ne se déroule pas si mal et les signes ne manquent pas pour le démontrer. Sékouba Konaté sort souvent du pays, ce qui signifie qu’il maîtrise pour l’essentiel la situation. Qu’il aille partout en ce moment, sauf à Ouaga ! Son récent discours de mise en garde contre certains éléments incontrôlés qui veulent contrecarrer  son action est une preuve de confiance en lui-même. Autre remarque allant dans le bon sens : on est sur le point d’oublier, et tant mieux pour nous, un certain facilitateur du nom de Compaoré. Ce dernier dont il faut se méfier (il espérait l’installation à Conakry d’un gouvernement « compaodoré ») avait tout misé, non pas sur les Guinéens, mais sur Dadis qu’il trouve maintenant encombrant. Compaoré qui s’est cru plus malin que la nature avait même semé du mil pour, pense-t-il, recueillir du riz ; il récolte à présent un champignon venimeux. Pour notre sécurité en Guinée, accordons-lui le droit de garder encore son ami Dadis car rien ne s’oppose juridiquement au retour de ce dernier dans son pays natal. C’est l’ultime  cadeau à faire à tout trompeur qui s’est trompé !

En somme, la Guinée a encore un autre rendez-vous avec l’histoire. Il ne faut pas le rater cette fois-ci. La Guinée a pris la mauvaise habitude d’annuler sans préavis tous les rendez-vous qu’elle sollicite. C’est ce manque de sérieux qui risque d’obliger l’histoire à ne plus lui en fixer.

Je vous salue.

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