Et maintenant, où en sommes-nous ?

Politique fiction

Le terme fiction est utilisé à dessein pour ne pas froisser ceux qui considèrent qu'il ne faut pas prêter aux autres des intentions qu'ils n'ont pas encore exprimées, et non pas qu'il ne sert à rien d'anticiper.

A force de ne pas anticiper, on vit au jour le jour, d'où nos positions dans les dernières places aux différents classements onusiens, quelle que soit la discipline, pour le pays, d'où la mise devant le fait accompli des évènements pour l'opposition.

Alpha Condé veut faire la révision de la liste électorale par l'intermédiaire du MATD. Il a abandonné le terme de recensement, mais tout le monde se souvient que pour Alhassane Condé, cheville ouvrière - pourtant incompétente des élections, puisque c'est la seule CENI qui en est en charge - , les deux termes désignent quasiment la même chose. La meilleure preuve de cette confusion volontaire a été démontrée par les déclarations d'Alpha Condé, indiquant que la révision allait servir à la délivrance de la carte d'identité. Si le MATD considère que certains Guinéens sont des étrangers, on n'imagine qu'ils n'obtiendront pas de carte d'identité, et par conséquent de carte d'électeur.

 

En d'autres termes, la fameuse révision consiste à supprimer de la liste certains doublons (même s'il existe 15 Mamadou Diallo dans toutes les circonscriptions de la Guinée, on en supprima 14 en les présentant – à personne d'ailleurs - comme des doublons). La révision consistera parallèlement à inscrire de nouveaux électeurs, si possible ceux favorables au RPG, en n'hésitant pas à les doubler sur plusieurs circonscriptions, de manière à gonfler le nombre d'électeurs (qui ira vérifier ?). Cette liste étant déjà quasiment faite, ce n'est pas pendant le mois de ramadan, qui plus est pendant la saison des pluies, qu'elle sera réalisée. Il sera dès lors facile d'organiser les législatives en Novembre.

 

En procédant de la sorte, avec une liste tripatouillée, Alpha Condé veut réaliser deux choses, obtenir la majorité à l'Assemblée nationale (pour décider de toutes les candidatures, y compris les suppléants puisqu'il intervient sur absolument tout) et vouloir prouver que les statistiques démographiques sont erronées.

 

Par la suite, pensant avoir obtenu une légitimité, au moins formellement, car un Guinéen sur deux lui reste hostile, quoiqu'il en pense, il se croira tout permis en cumulant les 3 voire les 4 pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, médiatique).

 

 

Ne pas accepter ce scénario

 

La situation précédente n'enchante que les partisans, souvent extrémistes d'ailleurs, d'Alpha Condé, mais la grande majorité des Guinéens, même passive, ne peut se satisfaire d'une troisième dictature qui n'apportera rien de bon sur le plan économique et social. Seules les démocraties permettent l'élévation du niveau de vie pour une majorité de la population, et tout le monde sait que la Guinée est loin d'en respecter les critères.

 

Comme je l'ai déjà maintes fois écrit, en premier lieu l'ultimatum d'Alpha Condé pour rencontrer Alhassane Condé n'est pas acceptable, puisque le MATD n'est en rien concerné par les élections. Il ne s'agit donc pas de lui donner un statut qu'il ne possède pas. Seule la CENI est habilitée à organiser les élections. Puisque Louncény Camara n'est pas crédible malgré son élection (un voleur même s'il est élu reste un voleur), on doit lui supprimer ses pouvoirs exorbitants, en révisant de manière impérative (et ne pas transiger là-dessus), l'article 162 du Code électoral, le seul qui pose réellement problème, davantage que la présidence symbolique d'un Louncény Camara à la présidence de l'Institution. Cela peut se faire soit par l'intermédiaire du CNT, même si celui-ci n'est plus crédible, soit par consensus avec le gouvernement.

 

En outre, le Code électoral ne permet pas la révison avant le dernier trimestre 2011 (du 1er Octobre au 31 Décembre), l'opposition ne peut donc pas reprocher au gouvernement de violer les textes, si elle le faisait elle-même.

 

Si tout le monde est d'accord (cela n'arrivera pas), il ne faut pas hésiter à forcer la Cour Suprême à se prononcer, et ce d'autant que les textes l'obligent à répondre dans les 15 jours maximum, tout en permettant le sursis à exécution.

 

Si la Cour Suprême disjoncte (à l'image de son comportement lors du deuxième tour), il ne restera que le recours à la Communauté internationale (Cedeao, GIC, UA, ONU, UE...), puis éventuellement la rue.

 

Bien entendu la mascarade du 19 Juillet avait également pour but de mettre les militaires dans la rue (non pas à l'aéroport ou au km 36), mais surtout du côté de Kippé (quelle coïncidence).

 

Cela ne change rien : comme je l'ai dit, l'opposition doit savoir ce qu'elle veut. Ou elle se bat dans la continuité des luttes des années 2007 et suivantes pour lutter pour la démocratie – et son combat est légitime et constitutionnel -, ou elle considère qu'une dictature de plusieurs années est un moindre mal, et tout le monde va se coucher.

 

Alpha Condé a tenté un coup de poker et il ira vraisemblablement jusqu'au bout, car c'est sa seule possibilité de durer. Mais il a quand même un problème de conscience, c'est qu'il est le seul responsable de ce qui arrivera. Alhassane Condé l'a dit, il n'y aura pas de nouveau 28 Septembre, les mesures d'intimidation ayant pour but de dissuader les marches pacifiques. D'où l'idée de décourager, décrédibiliser, intimider, harceler les opposants, voire même saccager leurs biens ou les mettre en garde à vue en complète illégalité. D'où l'idée de neutraliser les éventuels militaires non acquis à la cause d'Alpha Condé, qui restent une menace malgré tout.

 

Au poker, comme dans la vie, il faut savoir prendre des risques (qui ne risque rien n'a rien). Si contrairement à ce que s'imaginent les responsables du RPG, les gens sortent, et l'expérience montrent que personne ne peut rien contre le peuple, y compris l'armée, Alpha aura réellement un problème de conscience.

 

Le RPG donne des sueurs froides à certains opposants, il est peut-être temps d'inverser les rôles.

 

 

Conclusion : deux ultimes remarques

 

Certains internautes (notamment du RPG) ne comprennent pas pourquoi l'opposition est prête à utiliser ce qu'ils considèrent comme de la violence, pour parvenir à leurs fins. Je rappelle que c'est le gouvernement qui l'utilise, par la violation de la Constitution, qui est le texte suprême sur lequel repose les institutions – et notamment le PRG - et que tout le monde a accepté. Vouloir changer les règles du jeu unilatéralement est inacceptable.

 

Enfin marcher pacifiquement (sans armes, quelles qu'elles soient), et calmement (comme si l'on se rendait à un enterrement) dans la rue est tout sauf violent. C'est le gouvernement qui instrumentalise toute initiative de l'opposition, comme étant violente. Il ne s'agit pas de faire « la pagaille » pour reprendre une expression inadaptée et volontairement orientée. En quoi aller chercher quelqu'un à l'aéroport est-il générateur de pagaille ? A titre d'information, la Constitution stipule dans son article 10 que : « Tous les citoyens ont le droit de manifestation et de cortège ».

 

On rappelle qu'après avoir seriné avoir remporté 3 régions sur 4, et 4 communes sur 5 à Conakry, ce qui laisserait supposer 75 à 80% des voix (c'est le but de cette propagande de le faire croire), constater quasiment un Guinéen sur deux (voire plus à Conakry) pour fêter son leader, ne colle pas avec l'image qu'on cherche à imprégner. D'où l'idée d'empêcher à tout prix, par tous moyens, même illégaux, des rassemblements même pacifiques.

 

Deuxièmement, certains internautes (du RPG comme par hasard) reprochent à la diaspora (dont je fais partie) d'inciter les autres à aller au charbon, pendant qu'ils sont bien au chaud et à l'abri.

 

Je rappelle d'abord que je ne vais pas faire 12 000 km pour faire une marche pacifique à Conakry (je n'en ai ni les moyens, ni le temps). En outre, tout le monde est concerné, pas seulement ceux qui se cachent soi disant. Je dirais même plus que les diaspos vivant à l'étranger, paradoxalement en ont moins besoin que les autres, puisqu'ils s'auto-suffisent, et continueront à évoluer, quelle que soit la situation au pays. En revanche, le Guinéen moyen est dépendant des décisions qui se prennent en son nom par des dirigeants, davantage préoccupés par leur sort personnel, que celui de la population. Chacun est capable de comprendre cela, en dépit des diversions du RPG pour décourager les volontaires. Qui ose dire aujourd'hui que la jeunesse guinéenne (plus de 60% de la population) a résolu ses problèmes d'emploi, de logement et donc de « mariage » qui sont les 3 préoccupations essentielles d'un jeune aujourd'hui. Qui peut dire qu'avec les premières mesures prises par ce gouvernement, ces 3 objectifs sont pris en compte.

 

Contrairement à de nombreux internautes, je m'exprime clairement et en parfaite lumière (non sous un pseudo et avec ma photo). C'est justement pour combattre l'impunité (je suis actif depuis les massacres de 2007), et pour avoir connu des militaires guinéens et leurs kalach de très près, que je me suis engagé personnellement à les bouter hors du pouvoir. L'élection d'Alpha Condé est de ce point de vue, une première réussite. La déception (malgré mon pessimisme, j'avais espoir quand même, qu'il instaure au moins un État de droit) est venue de ce qu'un proclamé juriste, soit le premier à piétiner la Constitution.

 

 

Que faire donc ? : lire le deuxième texte, intitulé « Lettre ouverte à la diaspora » qui donne les moyens d'agir maintenant et après.

 

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

 

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au

moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace ». (Robespierre, Discours

sur la liberté de la presse, Mai 1791).

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