GUINEE : COMME EN ECHOS AUX PRESIDENTIELLES


Vingt-quatre candidats ont déposé, au greffe de la Cour suprême, leur candidature pour les élections présidentielles du 27 juin prochain. Ils ont passé la visite médicale , versé la caution de 400 millions de francs guinéens et ont été retenus.Ils avaient déjà été 42 , au 24 Mai à remplir ces formalités.

C'est encore TROP, comme nombre mais ces échos n'ont pas pour but de dire à la Cour suprême de revoir sa copie sur les critères qu'elle a retenus. Je dis tout simplement que ce nombre de candidats qui n'est, peut-être , pas clos est trop élevé, car contrairement à une idée assez répandue en Guinée, on peut participer à la gestion de la chose publique sans être forcément dirigeant de parti politique et comme il n'y a pas de distances entre les “idéologies” exprimées des uns aux autres,on voit qu'il y avait des possibilités d'ententes, avant la course aux candidatures. Autrement dit , on peut efficacement être membre d'un orchestre sans être chef d'orchestre. La ruée des leaders sur le poste de la magistrature suprême d'un pays aussi démoli que la Guinée d'aujourd'hui, avec autant de problèmes à résoudre, doit amuser des observateurs étrangers mais pas du tout des Guinéens conscients de l'avenir menacé de ce pays. Cette ruée aux profondes motivations non ouvertement avouées, suggère quelques observations :


* L'Etat guinéen est tombé si bas, dans la conscience des citoyens qu'on aurait pu considérer comme l'élite de la nation, qu'il leur apparaît comme une place de marché populaire où chacun se précipite de bonne heure pour trouver un étal où il pourrait décupler la chalandise de ses produits. C'est un état d'esprit de déconsidération et de ravalement à bas de l'Etat guinéen. Là, réside un danger pour maintenant et pour demain. Bien que nous ayions été un certain nombre à rendre hommage, faute de mieux, au quartet de la Transition pour sa difficile mission , c'est une oeuvre inachevée qu'il laissera. La Transition que prépare la junte nigérienne à Niamey annonce des exigeances élevées ,notamment de niveau de formation aux hommes et aux femmes qui auront des prétentions à la gestion de l'Etat nigérien au niveau supérieur. C'est un gage d'avenir.


  • Le cas de marchandisage de l'Etat guinéen peut conduire à une plus grande division du pays que par le passé. Un groupement de la Diaspora d'une Région pousse,dans ses réflexions, cette conception de l'Etat-marchandise en établissant des critères de choix d'un candidat pour cette Région et accorde 3 points à “l'intégrité et à la moralité” des postulants et 40 points à leurs possibilités de “moyens financiers”. Ce qui signifie que la pire des fripouilles de cette Région aura la faveur des maîtres à penser de cette diaspora face à un des leurs qui a des qualités de moralité publique pour servir la Guinéee. Où va cette Région, où va la Guinée, si une conception aussi matériellement basse pour une nation faisait école?


  • Enfin, cette ruée pour ce poste qui excède et de loin la capacité en tous points de certains aspirants candidats à la Présidence de la République - mais cela ne les effleure même pas-, cette ruée, dis-je, traduit une tendance déjà ancienne de bon nombre de nos compatriotes. Il s'agit de la surestimation de soi. N'importe qui se croit capable d'accomplir n'importe quelle tâche nationale. Il est inutile ici de remonter à la source de cette croyance. Disons seulement que les uns et les autres ayant été habitués à ne percevoir que des hommes et des femmes en boubous brodés et en costumes scintillants se réunir et bavarder aux ministères, à la Primature ou à la Présidence à longueur d'années sans résultas pouvant se qualifier en termes de développement, ont fini par croire que c'était cela la gouvernance d'un pays. En somme la belle vie, gratinée d'appellation d'origine non contrôlée (aonc) de titres ronflants comme “Son Excellence” , (excelents en quoi? On s'est souvent posé la question). Il n'en reste pas moins que de toute cette culture de fainéantise et de mensonge à soi-même, découle un énorme handicap qui demeurera à surmonter.


Sur le chapitre précis des élections si vous mettez à la tête de l'Etat guinéen un margoulin , il sera reçu , comme tout Chef d'Etat par ses homologues avec tous les égards. Et ce margoulin, après s'être étonné (en son for intérieur) de ce qui arrive à sa “modeste personne”, finira par croire que c'est ainsi que fonctionnent les Etats et le monde. Il se satisfera de cette compréhension des hommes et choses . Il laissera son pays s'enfoncer dans les abïmes, sans peut-être même s'en apercevoir, puisqu'il aura atteint, lui, le nirvana. Cet état d'esprit me semble être l'une des explications du naufrage de la Guinée (et même de quelques autres pays africains) : la médiocrité satisfaite d'elle- même,assise aux commandes. La médiocrité acceptée par l'Extérieur , parce que ce sont pas ses affaires a conforté beaucoup de médiocres en Guinée, à croire qu'ils sont capables de devenir Chef d'Etat, Ministres ou Ambassadeurs. Sans autres entregents que la magouille, les trafics de toutes sortes et les salamalecs à des protecteurs lointains, ces baladins ne seront d'aucune capacité pour aider la Guinée à se relever.Seuls leurs fantasmes et des folies de grandeur sans aucun fondement les poussent dans ces campagnes à moins d'escompter quelques pourcents de voix à monnayer entre les deux tours pour s'accrocher à des postes. Où est l'intérêt général? Cette question ne les effleure même pas.


Les élections présidentielles comme les législatives à venir ,sont devenues en Guinée, des champs d'investissements à la profitabilité financière , estimée plus sûre , que celle d'entrepôts de commerces d'import-export, de boutiques de produits divers, des ateliers de fabrication ou des champs de riz ou de manioc.Autrement comment comprendre que cette Guinée chroniquement sous-développée dans toutes ses structures ait pu engendrer plus d'une vingtaine de candidats qui acceptent allègrement de verser 400 millions de francs guinéens dans cette aventure? Ne me dites pas qu'il s'agit pour tous d'équipée patriotique. Je vous ai signalé, sans détour, que pour certains candidats, heureusement pas tous, il s'agit d'une course comme à des affaires commerciales, ou à une entreprise commerciale.C'est pourquoi les organes compétents de la Transition et la Cour suprême auraient encore dû éclaircir la ruée des candidatures en faisant la lumière sur les sources de financements des candidats. Ce n'est pas parce qu'on a été employé salarié , même de toute une vie qu'on peut être en mesure d'accumuler une fortune considérable, même en monnaie nationale. Si cet examen avait été sérieux , seul un petit nombre de candidats s'en serait sorti honorablement sans doute et cela aurait levé des hypothèques sur l'avenir de la Guinée. Avenir sur lequel rien n'est sûr, d'autant plus que nous avons une Armée nationale, nourrie de la culture de l'impunité et du repli sur soi. L'opinion internationale ne semble pas la préoccuper. Le Général Sékouba Konaté a tout de même semblé transcender cette image pour apparaître en Officier supérieur républicain. Mais bien qu'ayant des partisans avec lui, d'autres sont sans doute tapis dans l'ombre pour saisir la première occasion de se révolter De fait, les poursuites de sanctions internationales, brandies après les massacres de septembre 2008, n'ayant produit aucun effet dissuasif, cette Armée n'en sera que plus convaincue que les menaces extérieures ne sont que “des foutaises”, pour remettre son putsch à la moindre constatation d'incompétence des autorités en place. Il faut donc que ces autorités soient des hommes solides et non des pantins habillés en dignitaires.


C'est en considération de ces perspectives que personne de censé ne désire, que j'exprime, pour la Guinée martyrisée depuis un demi-siècle, le souhait de voir arriver aux commandes des dirigeants compétents et capables . Et il faut que nous priions tous ensemble Le Tout-Puissant Allah pour conduire les Guinéens à séparer le bon grain de l'ivraie. De l'ivraie, il y en a parmi les prétendants et je persiste à croire que certains n'ont aucune espèce d'étoffe de dirigeant de peuple. Ils ont été seulement culturellement pétris dans des moules de la foire aux cancres et n'ont plus aucune conscience de participer à un jeu dangereux de déconsidération et de démolition de l'Etat guinéen seul capable de construire une Nation guinéenne, une et indivisible, pour l'épanouissement humain et le bien-être de tous.

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