Guinée : entre la peste et le choléra

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Bien entendu j’ai choisi de ne pas choisir ente Charybde et Scylla. Je préfère jeter l’enfant Guinée avec l’eau du bain ! Une certaine Guinée. Le temps presse, l’heure est grave. En mai 68, les enragés avaient invité Jean-Paul Sartre au sommet de sa gloire, à une de leur mamayas (chienlit, disait de Gaulle), ce devait être à la Sorbonne, qu’ils avaient prise comme la Bastille. Sartre vit sans s’en émouvoir l’avertissement inscrit devant son pupitre :

« Sartre, sois bref ! »

Je vais essayer d’être bref moi aussi.

Après mes 7 plus 3 propositions pour nous éviter, peut-être, un autre demi-siècle de transition sèche et ténébreuse (disette en eau-courant), voici ma 11e et dernière proposition.

La France de François Hollande ne doit pas rater son 3e rendez-vous avec le peuple de Guinée.

Le premier rendez-vous manqué fut celui qui nous accabla du Non du 28 septembre, de Gaulle et la France nous laissant sur les bras l’indépendance dans la pauvreté et la dictature sanglante d’AST.

Le deuxième fut la complicité de la France pour sortir Vatrican, le « marabout blanc » de Lansana Conté et Jean-Claude Diallo (paix à son âme). Je connais personnellement deux grands projets de Jean-Claude Diallo. Le premier c’était d’obtenir de nos partenaires l’appui pour le retour progressif des cadres guinéens vivant à l’extérieur, ce qui nous éviterait une coopération coûteuse. Je rappelle que la France ne finançait qu’à hauteur de 20% sa coopération avec la Côte d’Ivoire, à charge pour cette dernière de financer le reste, les 80%. Il y avait tout de même 30 000 Français en Côte d’Ivoire. Plus 1, si je compte votre serviteur, arrivé en Côte d’Ivoire début 1983 ! C’était exactement l’inverse en Guinée, avec le retour timide de la France. Mais il ne faut comparer que des choses comparables. On connaît la formule des économistes : toutes choses égales par ailleurs. Ce qui était loin d’être le cas en cette moitié des années 80. En Guinée il n’y avait – du moins ceux qu’on pouvait voit – qu’une douzaine de coopérants français, dont un gendarme, « professeur » d’éducation physique venu du Burkina Faso qui jouait les conseillers techniques chez Gbagbo Joseph Zoumanigui, ministre des Sports et des Arts, mais surtout président d’une commission interministérielle – où figurait tout de même le redoutable colonel Facinet Touré – chargée d’organiser l’ouverture du gouvernement d’alors aux civils, surtout aux Guinéens de l’extérieur. Contractuel comme moi, le gendarme coopérant voulait jouer sur mes plates-bandes, s’occuper même de culture. J’ai dit à Gbagbo « ou c’est le gendarme ou c’est moi ! »

- Mais c’est ton cousin !

- Non, mes cousins là-bas sont des hommes de culture ! Faites votre PUP, moi je fais mon job.

Pendant que Somparé n’arrêtait pas de me démarcher :

- Bokoum détermine-toi hein, Bokoum, qui n’est pas avec nous est contre nous !

C’était dit sur un ton mi-badin mi-sérieux.

Gbagbo était un militaire éclairé, moins bradé que Facinet, mais... Les Somparé, Assifat (paix à son âme), Solano (longue vie caïman, encore candidat aux prochaines fraudes annoncées !), Diawara (mon ami et témoin de ce que je dis devant l’Eternel en ce mois sacré, candidat aussi au prochaines...), etc. Bref, les morts et les dinosaures m’ont foutu la paix et sont allés planter le drapeau du PUP-Conté à l’Immeuble Kébé (n’est-ce pas Diawara !).

Je disais que la France en était à offrir quelques ouvrages scolaires, qu’on retrouvait vite sur les libraires par terre, des tenues militaires, elles aussi entassées aux friperies d’Avaria, quelques pédagogues pour l’enseignement du français, des menottes et autres appuis aux services de sécurité. Il y avait aussi une timide aide à un projet d’agriculteurs de Timbi Madina. C’était plus sérieux, et je crois savoir que c’est là la meilleure aide française. Mais le non-Etat guinéen n’arrive pas à se défaire de la concurrence déloyale de suivez mon regard (partout en Afrique de l’Ouest, sauf au Ghana et au Mali). Et des projets pour la santé. A l’époque (tournant des années 80), quand j’ai demandé à un haut responsable de la coopération française, qu’est-ce qu’elle envisageait pour la culture :

« Oh, vous savez monsieur Bokoum, le Guinéen a d’abord besoin de se mettre quelque chose dans le ventre et se protéger contre les moustiques.. ». Du coup, je me souviens que j’ai coupé par inadvertance mon jeûne avec « le petit noir » qu’il m’avait fait servir, nous étions un mois de Ramadhan ! « Si je mens ! » (Françoise Giroud, éd Poche, 1,50 euro.).

Les grands projets français visibles pour le Guinéen lambda se ramenant pour l’essentiel, au soutien systématique et sans faille à la régularité de « l’élection » du premier magistrat après des fraudes massives. Un représentant de la France franchouillarde, franchissant « le mur du çon » (Le canard enchaîné), a même cru bon de câbler les résultats d’une de ces mascarade au Quai d’Orsay avant que notre ministre des fraudes n’annonce le hold-up récurrent !

Le deuxième projet de Jean-Claude Diallo était le PLC : « Programme Libre Commerce ». Une dizaine de commerçants guinéens 99% hal poular, désolé, c’est l’Histoire vécue (il y avait un Sylla, Mariador ?), avaient mis la main à la poche et avaient dégagé plusieurs milliards pour aider l’Etat à mettre en place des structures en vue de permettre une douce sortie du commerce d’Etat, tout en évitant le stérile import/export qui ne produit aucune plus-value sinon celles générées par la corruption des corrompus qui finirent par privatiser l’Etat en le mettant dans la poche d’une petite bourgeoisie administrative et rapace. Donc, la Guinée avait choisi la « solution latine » (formule d’un ami camerounais qui était alors responsable de l’Afrique de l’Ouest) de la Banque mondiale, M. Manga (son nom de famille m’échappe). Cette solution, c’était l’entrée fracassante de 7 ou 8 ministres guinéens, civils, expatriés dans un régime militaire. Tous, individuellement brillants et réputés intègres. Ils se sont fait phagocyter en une petite année par « l’Ecole guinéenne », le système, l’appareil d’Etat. A l’époque l’Ecole guinéenne, c’était un chouia de relation de proximité avec l’ethnie du Père de la nation, un zeste de marxisme (ou plutôt sa vulgate), une pincée coco lala, c’est-à-dire avoir étudié en Guinée.

De cette petite dizaine de ministres venus de la diaspora, il y a deux dinosaures qui ont survécu : Kerfalla Yansané et Ousmane Sylla, dit Maradona, qui promettait l’électricité tous les six mois. Les Guinéens croient toujours voir ce serpent de mer. « Maradona » est encore ambassadeur, et on continue à tuer des enfants qui ne demandent qu’un peu de lumière depuis que le serpent de mer est monté au ciel, se muant en Arc-en-ciel (1), avec « le changement » du « Professeur président » ! L’Ecole guinéenne change de couleur. Le vernis soussous est, avec le changement depuis le mois de décembre 2010, recouvert d’un vernis maninka. Mais les couleurs ne sont qu’un détail, qu’une coïncidence, « foi de trompe la mort » ! Il faut seulement savoir cette autre coïncidence : 40 à 60 % de la diaspora, toutes formations confondues sont des Hal Poular. Le Département d’Etat ou le Quai d’Orsay sont suffisamment outillés pour, en 24 heures vérifier ce que je dis là.

Donc à la place, la France fit venir une quinzaine de conseillers pour faire la réforme de l’administration, des conseillers militaires, sans oublier « l’œil de Moscou » à la Banque centrale, etc..

Résultat, l’école guinéenne se porte au plus mal. Pendant les années 2000, un professeur m’a dit que la Guinée avait remplacé les pédagogues français par des pédagogues américains, pour l’enseignement du français ! On a mis 6000 fonctionnaires à la porte avec des tests confectionnés façon « dissertation Sciences Po », plan en deux parties ; résultats 6000 déflatés, sont revenus par les Vécés (Coluche), avec leurs ancêtres morts peut-être au camp Boiro. Et le ministre de l’époque, qui a hérité des ministres diaspos leur témérité, se fait virer par Lansana Conté (demandez à son ex Excellence Soriba Kaba-To). C’est moi qui avais écrit le discours lu à Lansané Conté quand il a voulu rencontrer des Guinéens venus en vacances. J’avais noté qu’il y avait dans les 90 000 fonctionnaires. Je crois qu’avec le retour des morts et des fictifs, le chiffre doit être encore le même. Et les experts français qui ont aidé à faire virer les ministres diaspos, devaient coûter au moins 60000 francs lourds par tête de pipe. Jean-Claude est mort, Kaloga, le troisième homme fort de l’époque aussi, mais Vatrican doit être vivant (ça sert à quelque chose les Services Secrets ! Faites vérifier cher François) !

Si au lieu de 15, ils sont 100, faites le calcul. Cent coopérants français coûteraient 900000 euros. Tant mieux si c’est la France qui paie 20% et la Guinée 80 %. Tant mieux pour la France ? Et ce chauvinisme hypocrite du Guinéen ? Au prix de la stigmatisation de son frère ayant étudié à Djakarta ou à Harvard ? Non, on préfère un « oreille rouge » – le Français – (expression pseudo-méprisante favorite des Coco lala) à un Guinéen de l’extérieur.

Un Guinéen de l’extérieur n’a rien à nous apprendre !

C’est ainsi qu’un ministre de l’Enseignement supérieur, « petit directeur national » à l’époque, a posé ses fesses sur un dossier de formation que j’avais soumis, qui ne coûterait que 6 millions de glissants tous les six mois. Quelqu’un d’autre est venu fourguer à la France un dossier qui lui a coûté 900 000 FF pour produire 1 seul spectacle après 45 jours de « formation » ! Moi je venais trop tard m’a dit le directeur de l’AFD ! Une autre personne est venue avec un dossier de 1 million de FF pour l’adaptation d’une pièce écrite par notre défunt génie (William Sassine). Arrêtez-moi, j’avais promis d’être bref.

« Vous vous rendez-compte, pendant qu’on souffrait ici, toi Bokoum... », me lança un jour un « un agrégé CAMES », en bombant la poitrine !

Il oublie le lascar, que ses condisciples participaient à hauteur de 15 % au PIB, en tout cas plus que toute l’aide publique extérieure !

J’avais promis d’être bref. Je saute 15 pages.

Après avoir examiné les deux listes du RPG et de l’UFDG, j’ai constaté qu’elles avaient deux caractéristiques communes.

- 75% ethno, ce qui n’a rien de répréhensible, car on peut toujours faire appel à Saïd Djinnit pour jouer les pompiers et éteindre un feu allumé depuis 1956 !

- Puparde. Je veux dire qu’elles sont dominées par ceux à qui AST avait dit :

« Je vais continuer à donner des bourses pour les pays impérialistes, mais c’est vous qui allez gérer ce pays ».

Il en fut ainsi depuis, jusqu’à ce jour où la confrérie de « l’Ecole guinéenne » s’est retrouvée en rase campagne avant de se regrouper autour des deux leaders des deux grands partis de Guinée. Guidés par le « stimulant économique » (Mao Zédong, n’est-ce pas A lélé tcho !) ou si vous préférez, le mieux disant : celui qui promet de l’argent ou un poste en cas de victoire ou parce que c’est un parent, l’idéal étant celui qui répond à ces trois stimulants.

Ils ont échoué pendant 55 ans et les voilà qui rempilent.

Ma proposition ?

Etant donné que nous sommes gouvernés de part et d’autre par les tenants du même système qui est en panne depuis 55 ans, il faut extirper le foyer de ce cancer qui malheureusement a dû faire des métastases. La preuve, ils sont au gouvernement, ils sont chez Cellou, chez Kouyaté ! Peut-être, chez Sidya, probablement dans une moindre mesure, forcément, mais cela reste à vérifier avec une loupe.

Il faut vider la baignoire : l’eau du bain et l’enfant du bain.

Une eau polluée pendant 55 ans a dû pourrir l’enfant. Cela aide à comprendre mes 11 propositions, dont il faut savoir le mode d’emploi. Ce n’est pas au forceps d’un dialogue de quelques jours qu’on forge un, deux, trois partis neufs. Conquérir le pouvoir et démanteler un appareil d’Etat vermoulu, pourri mais puissant. Surtout que cet appareil d’Etat a un allié non moins puissant : son « opposition ».

Conclusion : mes 11 propositions sont un champ vaste, une œuvre de longue haleine, passionnante, mais qui n’est pas à la portée de tous. Cependant tout Guinéen patriote, patient, qui se donne comme premier devoir d’être financièrement autonome y trouvera sa place. Nous les Ancêtres, nous serons à vos côtés, cachés si nos têtes ne vous reviennent pas. Vous nous avez assez vus. Je n’ai qu’un seul conseil à donner, s’il faut avoir quelques muscles, il faudra, du moins pour les « guides », un lourd bagage qui ne se voit pas au pesage ni aux scanners des aéroports. Enfin, il faut être prêt à mettre la main à la poche : 10 euros par tête de pipe x 1 seul million de lambdas, cela donne 1 million d’euros ! Dix mois, 10 millions, 1 an 10 200 000 euros ?

Salimafô et Wa Salam,

Saïdou Nour Bokoum nrgui.com (Nouvelle République de Guinée)

PS : je ne voulais pas alourdir mon propos. Mais je suggère à la France et à nos autres « amis » de la CI d’anticiper un grabuge annoncé, car j’aperçois de lourds nuages partant de Zowota, Koulé, N’Zérékoré, des nuages du sang qui viennent de noyer notre zone forestière et qui menacent de s’abattre ici et là, lors des prochaines fraudes annoncées ; je les dissuade nos « Amis » de répéter leurs tentatives précédentes au tournant des années 90 : faire déposer Lansana Conté, d’abord par le général Kerfalla paix à son âme, ensuite par Arafan paix à son âme, jouant le rôle de gilet pare-balles d’un civil, à l’époque un fort sympathique technocrate (encore candidat à la haute magistrature). J’ai compris que les façons franchouillardes, barbouzardes et focardes ont la vie dure, c’est quand j’ai eu au téléphone André Levin (paix à son âme) qui cherchait des cadres, en commençant par demander à mon petit frère, un Malien avec qui il était à tu et à toi, « qu’est-ce qu’il pensait de Kiridi Bangoura » oh, seulement pour meubler un futur cabinet, oui j’ai compris que la France a une longue transition à courir avec une certaine Guinée. Mon petit frère malien, qui travaille avec Bolloré, avec intercession du gentil Jacques Toubon, de me lâcher : Koro, tu seras ministre de la Culture, il me dit de me laisser ton contact. Moi :

- Ecoute idiot, ce monsieur sait mieux que moi mon adresse, si je l’intéressais, on ne se serait pas quitté sans un rendez-vous dans un chic resto tropicalisé par des Ferrari-girls des beaux quartiers. Cela fait 45 ans que je pratique à distance cette faune.

Bref le hasard a dû tomber sur Alpha Condé, n’est-ce pas Jacques (Kourouma, pas Toubon..) ?

Est-ce le même Kiridi Bangoura qui, près de 10 après cette anecdote, se retrouve au Cabinet présidentiel, ministre secrétaire général ? Quelle coïncidence ! Ou quelle pugnacité, ces « Services secrets », visibles depuis ma petite Kaaba imaginaire.

J’ai fini pour moi.

El Hajj Saïdou Nour Bokoum

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