L'analyse de Mr Fakoly Doumbouya

 

Mr Fakoly Doumbouya, de Kinshasa sur Neoleadership (04/10/09), a exposé des arguments, en effet, pertinents et réalistes à savoir que Dadis occupant de facto le terrain et la présidence, nous ne pouvons que lui parler si nous voulons arriver à une résolution de la crise ( l'agression unilatérale du CNDD). Sur les principes il a raison mais sur les faits il y a une nuance qui peut faire toute la différence si nous savons les exploiter à bon escient. Car nous sommes en fait dans un pays pris en otage par des bandes armées infiltrées dans les vestiges d'une Armée mort-née en 1958. Même si Dadis est adoubé abusivement du titre de Président de la République, voici, ci-dessous, les arguments à présenter pour challenger le CNDD et son avis à donner dans la crise:

1- D'abord, Dadis est un ''chef d'État'' illégitime ayant accédé au pouvoir par ''putsch''(d'un cadavre): son gouvernement n'est pas officiellement reconnu -juste toléré-, d'où la suspension de la Guinée du concert des nations (UA, CEDEAO, etc.). Il ne peut donc prétendre être mandaté par qui que ce soit pour parler au nom des Guinéens! Il ne représente que le CNDD! Et encore, que sa partie fanfaronne. Il n'est ni dans le cas de Laurent Gbagbo (Côte d'Ivoire) ou de Lansana Conté, mal élus mais élus quand même. Et par conséquent, aucune constitution ou légitimé ne protège Dadis: il ne peut parler de « souveraineté » ou d'immixtion de la communauté internationale puisqu'il est en violation de sa propre loi fondamentale.

2- Dadis a avoué ne pas contrôler l'Armée (il co-dirige avec Pivi, la franche la plus agitée). Ce que nous avons tous constater d'ailleurs après les agressions de leaders politiques et leurs militants, de diplomates, de chefs d'entreprise et de paisibles citoyens sans que les coupables ne soient punis de façon exemplaire à dissuader d'autres. Et le paroxysme de cette impéritie a été atteint le 28 septembre 2009 avec le lâche massacre d'innocents aux mains nues. Nous avons donc des factions armées sanguinaires qui vont tôt ou tard s'affronter pour s'imposer sur les autres avec les ressources financières s'amenuisant. Si rien n'est fait de l'étranger, leur affrontement est inéluctable avec les civils coincés au milieu; et ce sera perçu comme une guerre civile sans en être une. Ou encore, cela pourrait en être une vraie si rien n'est fait et que certains civils excédés décident de s'armer pour se défendre. En bref, il n'y a pas de forces de l'ordre en ce moment en Guinée pour protéger les civils ou garantir la paix.

3- Le chef de la junte est déjà impliqué (à quel degré ?) dans les massacres du 22 janvier 2007 (son propre aveu); et par contre, il n'y a pas de doute sur la place proéminente qu'il occupe dans la responsabilité des tueries lâches du 28 septembre 2009.

4- La Guinée est voie de ''somalisation'' en termes d'État: la loi du plus fort l'emporte. La différence est que nous ne sommes pas enclin à la violence terroriste et la Somalie a d'abord détruit ses infrastructures. Or la Guinée grâce à une minorité de Guinéens socialement malveillants par étroitesse d'esprit et vénalité sont entrain de miner durablement le tissu social. Ce qui est plus grave et très difficile à ressouder ou colmater.

5- Les frasques de Dadis, immortalisées sur Youtube, permettent à chacun de constater objectivement qu'il a un problème mental (il est ''dérangé''). Peut-on laisser un psychopathe avec des armes de guerre imposer ses fantasmes à des civils sans défense? Quels accords peut-on conclure avec un mytho-mégalomane? Il se parjure régulièrement! L'ONU et l'UA ont les obligations morale et légale de porter secours à population en danger.

Nous pourrions ajouter d'autres arguments pour convaincre le Conseil de Sécurité que légalement Dadis n'a pas plus ''d'autorité'' que les leaders de l'opposition qui ont au moins plus de légitimité que lui: ils ont un électorat (une partie de la population) et leurs partis politiques ont été créés en respectant la loi. Dadis n'a que les armes comme argument d'autorité! Et puis, l'expérience nous enseigne que tout dépend de la volonté et de la détermination des membres du Conseil de Sécurité de vouloir agir et faire quelque chose pour sauver la Guinée ou pas. Car ce qui est intéressant (selon qu'on soit victime ou agresseur) dans le Droit international, tout est question d'exégèse – comme tout simplement dans cette matière- : à notre humble avis, il y a suffisamment de critères objectifs pour imposer l'envoi d'une force en Guinée qui sera de ''protection'' ou ''d'intervention'', selon l'attitude du CNDD.

6- Il y a un antécédent si les Forces Vives crée au plus vite un gouvernement d'union nationale qui sera reconnu: «Sur la demande du gouvernement de l’Union des Comores, l’Union africaine (UA) est intervenue militairement sur l’île d’Anjouan afin de déloger son dirigeant illégal Mohamed Bacar. Le recours à la force est toujours regrettable ; cependant, la décision de l’UA n’est pas arbitraire. Elle se fonde juridiquement sur son Acte constitutif adopté le 12 juillet 2002, à Lomé.» (Source:L'international Magazine.com, 2007). Nous pouvons aussi citer le cas de l'ONU sous l'impulsion de la Grande Bretagne n'a pas demandé aux Sierra Leonnais sauvagement armés leur permission pour débarquer dans le pays et imposer la paix. Le cas spécial de la Guinée est que le pays est agressé par des éléments armés venus principalement des pays voisins qui étaient en guerre avec la complicité du CNDD qui les utilisent comme mercenaires habillés en militaires guinéens: c'est une des leçons que Dadis a bien apprise de son ''père'' Conté (un autre de ses nombreux ''paters''). Ainsi, la présence d'ex-rebelles et d'agents militaires étrangers comme milices sur le territoire guinéen pour mater les civils et les leaders politiques justifie largement l'intervention des Nations Unis. En termes de ressources militaires, le Nigeria pourrait aisément, sous mandat international, ramener l'ordre et la paix à Conakry et mettre le CNDD hors d'état de nuire.

Pour finir, insistons que la pression doit continuer à tous les niveaux sans répit jusqu'au départ de Dadis et ses acolytes. Et surtout ne sous-estimons pas l'appui et les ressources que lui apportent certains civils autour de lui. Il faut que nous accentuons les mesures de représailles non violentes , autant que faire se pourra, sur nos compatriotes ''collabos''(gardons à l'esprit que leur famille et parents n'y sont pour rien: il y a des brebis galeuses partout). Car avec le CNDD, ce n'est pas une question légitime de choix partisan (de partis politiques) mais de l'avenir démocratique et des droits de l'homme en Guinée: il faut faire barrage à la barbarie. L'autre erreur serait, sous l'influence d'un médiateur politiquement manipulateur, de re-légitimer Dadis encore une fois, comme ce fut malencontreusement le cas après le 23 décembre 2008. Il faut une vigilance collective pour tirer la sonnette d'alarme: nous avons commis une nigauderie en lui faisant confiance; et Dadis n'a pas saisi sa chance; il a joué à la ''poule aux œufs d'or'' ou à '' la poule qui voulait être aussi grosse qu'une vache''. La négociation avec Dadis doit être l'équivalent de celle qu'on a avec un forcené ayant des otages que l'on cherche à libérer d'abord avant de l'interpeller. Le mot de la fin: il est bel et bien possible de faire intervenir en Guinée, une force étrangère sur des ''bases légales'' si les membres du Conseil de Sécurité en ont la motivation. Tout notre débat se résume à cela, hélas! Autrement, le chemin sera très long et pénible grâce aux civils complices des tueurs. En attendant, nous devons tout faire pour paralyser les sources de revenus de la junte.




Note: il est irritant de continuer à lire des « Chef de l'État » ou « Président de la République » surtout de la part des membres des Forces Vives en parlant de Dadis. Il est chef de la junte ou du CNDD. Personne ne l'a élu et l'État en Guinée est devenu ''virtuel''. Cette défiance et négation font aussi parti de la lutte puisqu'il n'a pas su mériter notre confiance.

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