L’obsession de la violence en Guinée

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Le même rituel sanglant depuis 1958 : manifestation-répression, perpétuels larmes et sang, violence gratuite épidémique, impunité récidivante. Et à chaque fois, il faut, stoïque, faire avec, ou qu’on …« se victimise ».

La violence a de nouveau sévi dans cette Guinée meurtrie, lors de la manifestation de l’opposition, ce 10 mai 2012, brutalisant une énième fois les pauvres citoyens éprouvés, sans aucunement que les coupables ne soient inquiétés.

L’Etat, à l’origine de la violence en Guinée

La machine d’Etat, s’est lancée dès l’indépendance avec la dictature féroce de Sékou Touré dans une machiavélique entreprise d’annihilation totale du Guinéen, exilant et détruisant son élite, abrutissant ses masses, pour exister.

L’impact des 26 ans de cannibalisme d’Etat n’a pas été pensé pour y remédier, à la mort d’AST. Depuis, la Guinée perpétue cette barbarie d’Etat, s’appuyant sur l’armée, un ramassis de brutes inciviques à la formation sommaire, inféodée au pouvoir répressif. Cette brutalité étatique a, du coup, influencé directement ou indirectement, toutes les strates sociales du pays, au point d’en faire le seul mode règlement des différends, au détriment du dialogue social.

En Guinée, c’est l’Etat même, en premier, qui a dépersonnalisé le Guinéen. Le manque d’altérité suffisante voire totale, au niveau social, découle de ce fait là.

Combien de victimes (tué-e-s, violé-e-s, séquestré-e-s, exilé-e-s, emprisonné-e-s) de cette violence générée par l’Etat depuis 1958 et les 50.000 morts et 2 millions d’exilé-e-s du régime d’Ahmed Sékou Touré ?

Qui s’est préoccupé de cet anonyme reclus, jour et nuit, dans le silence de ses souffrances physiques et morales, résigné, coi, des moult douleurs de la vie qui le taraudent sans cesse, demain advienne que pourra ?

Comment faire pour arrêter la barbarie obsessionnelle d’Etat en Guinée ?

Une justice active et un vrai travail d’éducation civique sont à préconiser d’emblée, en aval. En amont, un vaste travail mémoriel, sans concession, sur les crimes commis depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, s’avère indispensable.

Mais d’ici là, Pascal Salin prend tout son sens en Guinée : « l’Etat n'a aucune justification morale ni scientifique, mais (...) constitue le pur produit de l'émergence de la violence dans les sociétés humaines. »

L’absence d’Etat est pire que l’Etat défaillant. Toutefois, la vocation d’un Etat, s’il existe, est de protéger ses citoyens contre la violence et leur procurer le bien-être. A défaut, c’est l’aveu de l’échec, de la dictature, de toute l’inanité ; et donc de la raison de ne pas être de l’Etat, qu’il faut voir à travers sa violence.

« La seule réconciliation possible et nécessaire en Guinée, c’est entre le peuple et l’Etat », dixit Thierno Monenembo, et vice-versa.

Oury Baldé

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