Le consensus est l'arme des forts !

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Le bras de fer qui dure depuis plus de deux ans maintenant, c'est à dire depuis le deuxième tour de la présidentielle en novembre 2010, entre l'Alliance Arc-en-Ciel et la CENI d'une part, et le Collectif pour la finalisation de la transition (CPFT), l'ADP et le Club des républicains (CDR), d'autre part, doit interpeller la conscience de tous ceux qui veulent voir la Guinée sortir de l'enlisement dans lequel elle se trouve. A bien des égards nous assistons à une bataille de tranchée où chaque parcelle de terrain compte en vue de la "victoire" escomptée. Ce qui est plutôt préoccupant pour le citoyen lambda, au-delà de toute autre considération partisane, c'est comment sortir de ce bourbier, pour qu'enfin la Guinée avance dans la mise en place de l'un des trois piliers de l'Etat de droit, à savoir la représentation parlementaire (le pouvoir législatif).

Pour en finir définitivement avec une transition qui n'a que trop longtemps duré. Pour rappel, ces élections législatives devaient avoir lieu six mois après l'élection du Président Alpha Condé; les dernières élections législatives se sont tenues en 2002. Le point de friction principal fut l'ancienne Ceni et la demande de l'opposition concernant la démission de son président, Mr Louncéni Camara et la recomposition de cette institution. Ce dernier montrait un parti pris notoire pour la mouvance présidentielle, lui-même étant un militant du RPG, le parti qui a porté le président Alpha Condé au pouvoir. Sa neutralité n'était pas manifeste. Mr. Bakary Fofana a pris la tête de l'institution, il y a maintenant trois mois, après la démission forcée de l'ancien président et la recomposition de la CENI qui s'est faite tant bien que mal. Le président actuel de la CENI continue, comme son prédécesseur, à prendre des décisions unilatérales sans consensus, là où la plénière devrait siéger. Ça a été le cas de la date du 12 mai 2013, pour la tenue des législatives. Les revendications actuelles et minimalistes de l'opposition reposent sur deux points capitaux, à savoir le choix d’un opérateur transparent et neutre, ce qui est à l’opposé de l’opérateur sud-africain WayMark (voir les rapports du PNUD et de l'OIF) et aussi le vote des guinéens de l'extérieur. C'est la Sagem qui a élaboré le fichier électoral et procédé à la centralisation et à la proclamation des résultats durant la présidentielle. C'est d'ailleurs ce même fichier qui est transféré à l'opérateur WayMark, pour la révision du fichier électoral.

Pourquoi donc changer d'opérateur en plein parcours ?

Pourquoi on transfèrerait à WayMark des données recueillies par un autre opérateur ?

Pourquoi avoir procédé, en catimini, à un recensement de 500 000 électeurs dont 400 000 dans la seule Haute Guinée ?

Autant de questions qui méritent d’être posées et demandent des réponses.

Le code des marchés publics aussi est très clair.

En effet, au-delà de deux cents millions de francs guinéens, tout marché doit être soumis à un Appel d'offre et un cahier des charges. Nous n'avons pas été au courant d'un éventuel appel d'offre à plus forte raison de la conclusion d'un marché avec cette société de droit sud-africain. Même en tenant compte de prises de contacts antérieures à l'avènement du bureau actuel de la Ceni. Ce sont toutes les raisons énumérées ci-dessus qui font que la confiance n'est pas de mise, dans le choix de Waymark, entre la Ceni et la mouvance présidentielle d'une part et le collectif, l'ADP et le CDR d'autre part.

En ce qui concerne le vote des guinéens de l'extérieur, voilà le prototype de faux problème comme nous les affectionnons en Guinée.

En effet, l'article 63 du code électoral est très clair là-dessus et préconise que tout soit mis en place pour qu'ils puissent exprimer leur choix citoyen. L'on nous dit que le temps et l'argent manquent à l'appel. Mais ce genre d'argument ne tient pas, dans la mesure où la plupart de ceux-ci n'ont pu être recensés lors de la présidentielle et, dans un pays comme la France, il n'y avait qu'un seul bureau de vote logé au sein de l'Ambassade de Guinée. Pourquoi la date du 12 Mai choisit de manière solitaire ?

De toute façon, nous devons nous défaire de ce " fétichisme" des dates. Si nous avons pu attendre bientôt deux ans pour organiser des consultations, nous pouvons encore consacrer un peu plus de temps pour lever tous les obstacles pour de bonnes élections. "Qui peut le moins peut le plus"!

L'argument massue avancé par la mouvance présidentielle est celui qui dit que si les élections n'ont pu avoir lieu jusqu'à présent c'est de la faute de l'opposition qui a peur d'y aller et qui de ce fait avance des réclamations à chaque fois. A cet argument, l'opposition avance l'exemple de l'entre deux tours de la présidentielle qui a nécessité quatre mois de tergiversations, suite aux nombreuses remarques soulevées par le candidat Alpha Condé. La logique voudrait que le temps mis avant d'organiser la consultation profite objectivement au gouvernement en place, qui n'a ainsi aucun contrôle parlementaire de son action.

Pourquoi cette méfiance des uns vis à vis des autres? C'est parce que comme le dit l'adage populaire, "chat échaudé craint l'eau froide"! Cette attitude remonte à la présidentielle qui s'est déroulée dans le climat que l'on sait. Que veulent donc les acteurs de ce jeu? Si l'on veut des élections libres et transparentes, dont les résultats seront incontestables, il vaudrait mieux qu'ils se mettent d'accord sur les modalités d'organisation et choisissent d’un commun accord un opérateur (arbitre) au-dessus de tout soupçon. Sinon, quel que soit le résultat déclaré, il sera contesté. Le passage en force, en imposant seul les règles du jeu, conduira forcément tout droit dans le mur.

Il est vrai que la Culture du dialogue n'est pas ancrée dans nos mœurs politiques et que celui qui détient une parcelle de pouvoir a pour habitude d'imposer ses vues à ceux qui ne sont pas d'accord avec lui, quoi que cela puisse coûter. L'adversaire est affublé de tous les noms et de tous les maux de la société. Il est présenté comme l'incarnation du mal. Pourtant personne ne détient le monopole du patriotisme et aucun citoyen n'est plus indiqué qu'un autre pour défendre les intérêts de la Guinée. Il n'y a pas et il n'y aura jamais d'un côté ceux qui veulent du bien pour le pays et de l'autre ceux qui aspirent à son malheur. Nous pouvons ne pas être d'accord sur les solutions à apporter à nos problèmes, mais l'objectif commun demeure le même, malgré les voies différentes que nous empruntons.

Une élection ne doit jamais être une fin en soi. Il faut d'abord réunir les meilleures conditions pour que les résultats proclamés soient acceptés de tout le monde, le gagnant comme le perdant !

Le consensus est un attribut de la démocratie, car personne n'a jamais tout le temps raison. C'est la manière de vivre dans une société "civilisée" qui aspire à une vie politique non conflictuelle, chaque acteur (pouvoir et opposition) jouant sa partition au sein d'un parlement. Le gouvernement gouverne et l'opposition s'oppose. Le Président de la république, malgré son penchant naturel, doit se mettre au-dessus de la mêlée et si nécessaire prendre des décisions consensuelles qui rassemblent les citoyens au lieu de les diviser.

C'est en cela que nous considérons le dialogue et le consensus comme l'atout des grands hommes !

Aboubacar Fofana

Président d'honneur du Club DLG

Email: aboufof2@yahoo.fr

Blog: prospectives.over-blog.net

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