Législatives en Guinée : la Cour Suprême a-t-elle installé un Condestag ?

Un 12 novembre, les nazis entrent au Reichstag. C’était en 1933, en Allemagne où le chancelier A.H. avait organisé des élections législatives qui n’étaient pas libres. On connait la suite…

En Guinée, l’aventurier A.C. vient d’organiser des législatives qui ne sont pas transparentes. Un Condestag risque de s’installer dans une Guinée déjà  « bananisée » où l’on trouve normal tout ce qui apparait comme anormal sous d’autres cieux.  On connaitra la suite…

Il a été demandé à la Cour Suprême de faire son job, c’est-à-dire de dire le droit. En confirmant les résultats provisoires de la CENI, entachés lourdement d’irrégularités, elle a montré  qu’elle ne sait même pas lire le droit. Son président, Mamadou Sylla, a psalmodié un texte ayant l’air d’un manuscrit pondu par une main tremblante, qu’il semblait découvrir en même temps que ceux qui l’écoutaient. On est loin de la compétence.

Ce dernier mot est riche de significations.

Dans le sens courant, la compétence est une capacité reconnue dans un domaine précis. C’est un savoir-faire. Vue sous cet angle, notre Cour Suprême est en dessous de tout.

En droit, la compétence est l’aptitude légale à instruire et à juger. En ce sens, la Cour Suprême est bien compétente mais à géométrie variable. Ainsi en 2010, après le premier tour de la présidentielle, elle nous a gratifiés de sa compétence en permettant à Alpha Condé, battu dans les urnes, de concourir au second tour à la place de Sydia Touré. En 2013, elle transfère sa « compétence » à une Cour Constitutionnelle qui n’est pas encore née! Dans cette magouille, il faut reconnaitre que dans la basse-cour guinéenne les volatiles (voyez l’emblème du RPG !) ont une certaine compétence.

Maintenant que les législatives se sont déroulées dans les conditions que nous savons et que le droit n’a pas été dit comme il devrait l’être, quelle arme reste-t-il à l’opposition ?

Voyons quelques-uns de ses atouts et de ses faiblesses.

1°) des atouts pour l’opposition

Malgré la fraude massive, l’opposition ne s’est pas effondrée électoralement. Dans un pays démocratique on pourrait même dire que son score est honorable. En Guinée, ce score est en principe inacceptable puisqu’elle est normalement majoritaire dans le pays. Par réalisme, on fait avec ce qu’on a ou, plutôt, avec ce qu’on a décidé d’accepter. Par exemple, avec une quarantaine de députés, l’UFDG devrait même remercier vivement la Communauté Internationale sans la présence de laquelle AC ne lui aurait accordé qu’une dizaine de strapontins.

Dans la configuration actuelle, l’opposition a suffisamment de députés pour instaurer la démocratie car elle a, à portée de main, une base de travail à savoir la constitution guinéenne à partir de laquelle la création d’institutions démocratiques n’est pas impossible. C’est une simple question de volonté politique.

2°) des faiblesses de l’opposition

L’unité de l’opposition ne semble être que de façade. Elle donne l’impression d’une décharge de pièces détachées pour automobiles : pare-brise partiellement brisés, batteries presque entièrement déchargées, pots d’échappement à peine récupérables, etc.

Lorsqu’on écoute ceux qui se réclament de l’opposition et on observe leur comportement, on ne sait plus où se trouve la ligne de démarcation pouvoir/opposition. Les opposants se font-ils suffisamment confiance ? Est-on sûr qu’aucun d’eux n’a un calcul personnel ? Se battent-ils contre un dictateur dont ils veulent ouvertement la pace ou contre la dictature en tant que telle ?

Dans l’opposition, beaucoup ont occupé de hautes fonctions dans l’administration guinéenne et dans des organismes internationaux mais ils donnent l’impression de ne pas connaitre leur fonctionnement et l’avantage qu’ils peuvent en tirer.

Dès lors, se pose la question du moment : l’opposition doit-elle siéger ou non à la future Assemblée ?

-En termes de logique, elle doit siéger.  Lorsqu’on accepte d’aller aux législatives à n’importe quel prix, on ne peut pas ne pas siéger à l’Assemblée quel que soit leur résultat.  J’avais dit qu’il ne fallait pas accepter des élections avec l’opérateur partial  Waymark. Après sa capitulation morale l’opposition risque maintenant un affaissement politique.

-Du point de vue de la stratégie politique, l’opposition peut transformer sa défaite relative en atout majeur en ne siégeant pas à l’Assemblée. Comme il faut au moins 76 députés (heureusement qu’il ne s’agit pas des 2/3 des députés présents !) pour voter une loi organique, AC sera pris dans son propre piège. Bien entendu, cela ne l’empêcherait pas de continuer à gouverner dans l’illégalité, comme il l’a toujours fait, mais il ne pourrait pas se prévaloir d’une finalisation du processus démocratique, condition de l’octroi de certaines aides.

Je ne veux pas que l’opposition siège mais je sais qu’elle siègera. Ses élus sont tellement avides de porter le titre d’honorables, avec les indemnités qui vont avec, qu’ils accepteraient de siéger debout !

Ce qui me désole, c’est le comportement actuel de l’opposition qui, par son laxisme, permet à AC de terminer tranquillement un mandat indu et d’être en position d’en avoir un autre. La Guinée est encore dans les ténèbres et ce n’est pas avec AC qu’on retrouvera la lumière. Croyez-vous qu’un aventurier sorti du néant puisse nous apporter du néon ?

Je vous salue.

Ibrahima Kylé DIALLO

Responsable du site www.guineeweb.net.

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