Législatives urticantes : la circonscription « Fouta » rafle tous les sièges de dépités !

imagescabpdx57.jpg

Je ne vois pas comment on pourrait gagner une guerre en perdant chaque bataille. Le pouvoir et l’opposition sont parvenus à un accord sur la tenue des prochaines législatives en Guinée. Chacun pense avoir gagné.

En réalité dans la lutte politique et particulièrement dans tout combat électoral, il y a nécessairement un vainqueur et un vaincu. C’est comme au tennis, il n’y a pas de match nul.

Que s’est-il passé au juste ?

Je ne pense pas que le pouvoir et l’opposition soient parvenus à quoi que ce soit. C’est le pouvoir, appuyé par le facilitateur onusien Djinnit, ami personnel d’AC, qui a fait parvenir facilement sur son propre terrain une opposition qui était depuis un bon moment sur la pente de la perdition. D’un côté, il y a un battant, c’est AC ; de l’autre, des battus, ce sont nos combattants sans punch de l’opposition, très heureux d’être encore en vie au bord du ring.

Face à AC, l’opposition actuelle vient de commettre l’irréparable : une reddition politique teintée d’une capitulation morale.

A) La reddition politique

Lorsqu’on accepte d’aller à la table de négociation, on sait toujours qu’on va céder quelque chose. Tout l’art consiste à déterminer à l’avance ce qu’on va céder, à savoir renoncer à quelques revendications mais sans jamais mettre en cause ses propres principes. Il convient de rappeler les deux principales exigences de l’opposition pour aller aux législatives : le vote des Guinéens de l’étranger et le départ de l’opérateur suspect Waymark qui a déjà pourri notre fichier électoral.

Pour le premier point, il s’agit d‘une disposition constitutionnelle : les Guinéens de l’étranger n’ont pas de statut particulier du fait de leur lieu de résidence mais en tant que Guinéens, ils ont le droit de voter. Il ne s’agit donc pas d’une revendication politique mais d’un simple respect de la loi. L’opposition aurait été mieux inspirée politiquement en exigeant que tous les Guinéens de l’étranger puissent exercer leur droit de vote. Elle s’est tue et, de ce fait, a tué bien des espoirs.

Pour le second point, il s’agissait de faire partir purement et simplement un opérateur qui a déjà préparé ses résultats avant la consultation électorale. Accepter sous quelque forme que ce soit un spécialiste de manipulations électorales ne relève pas de la naïveté de responsables politiques mais d’une trahison de leur électorat.

Comme AC est un redoutable politicard, il a fait semblant de céder sur le premier point et est resté inébranlable sur le maintien de l’opérateur devant lui assurer une victoire totale. La force d’AC est qu’il ne met pas de l’eau dans son vin ; il le boit sec. Ainsi, il n’a même pas eu besoin de couper la poire en deux mais de la débiter en dix tranches fortement salées pour l’opposition.

Voyons ce que valent les conditions d'acceptation de l'opérateur Waymark par l'opposition. D’après l’onusien Djinnit, ce sont :

1)- l'indemnisation des familles touchées par les violences que le pays a connu.

C’est très vague comme revendication. Quelle est la date de référence à prendre en compte ? Le début de la campagne présidentielle ou à compter de la prestation de serment de Son Excellence le Professeur Alpha Condé ? A-t-on identifié les familles réellement touchées ? A-t-on pensé aux commerçants dont les biens ont été détruits ? En parlant du pays ( et non de la capitale seulement) j’espère qu’on a pensé aux victimes de Kankan, Kouroussa, Siguiri, Zowota, etc.

2)- le gouvernement s'engage à diligenter les enquêtes pour que les responsables des violences soient jugés et sanctionnés conformément à la loi

La loi a-t-elle jamais été respectée en Guinée, surtout sous la dictature d’AC, plus assoiffé de vengeance que de justice ? La Guinée est la patrie de l’impunité.

3)- que les élections soient inclusives et que toutes les conditions soient permises à tous dans les mêmes conditions et en particulier les leaders politiques de participer pleinement et librement à ces élections et qu'ils ne fassent l'objet d'aucune restriction.

Cette proposition est vraiment curieuse. Pourquoi particulariser les leaders politiques qui jouissent en principe des mêmes droits civiques que tout autre citoyen ? Envisagerait-on de bannir certains citoyens ?

4)- que l'administration territoriale reste neutre par rapport aux élections pendant le processus électoral.

L’administration est déjà partiale avant même le début du processus électoral. AC n’avait-il pas prévenu qu’il n’organiserait pas d’élections pour les perdre ? La CENI est entièrement « administrée » par lui.

5)- la reconstitution des CARLE dans le respect de la lettre et de l'esprit de la loi électorale et du code électoral.

Je souhaite bien du plaisir à ceux qui sont chargés d’encadrer les 12.000 membres de ces Commissions Administratives de Recensement des Listes Electorales repartis dans les 38 circonscriptions électorales que compte le pays. Par ailleurs, chacune de ces CARLE étant composée de six membres dont un représentant de la CENI (a-t-elle suffisamment de représentants ?) ainsi que des membres des partis politiques, quelle garantie aura l’opposition dans les parties du territoire déjà quadrillé par le parti au pouvoir ?

6)- la réouverture de la révision des listes électorales.

Comment peut-on ouvrir dans des délais raisonnables ce qui a été verrouillé politiquement et ethniquement par Waymark, déjà payé pour faire ce travail de triche?

7)- qu'il soit permis de recruter deux experts qui viendront s'ajouter à l'équipe des experts internationaux.

Pourquoi recruter deux et selon quels critères ? Surtout pour expertiser quoi? L’opposition paniquée sait-elle ce qu’elle veut en appelant n’importe qui au secours ? C’est l’agneau qui invite le loup.

8)- qu'il soit assuré le fonctionnement correct et statutaire de la CENI avec la tenue régulière des sessions des organes compétentes.

L’opposition ne s’était-elle pas félicitée de la démocratie qui règne au sein de la CENI ? Les membres de la CENI percevraient-ils des sous, même en séchant des sessions ?

9)- pour les échéances à venir, notamment pour les présidentielles évidemment, qu'il y ait le recrutement d'un nouvel opérateur pour lever les doutes et rassurer tout le monde.

Cet aveu de doute est révélateur de ce qui se passe en Guinée. Si Waymark est accepté pour les prochaines législatives, pourquoi serait-il inacceptable pour les présidentielles qui suivront. Maintenir cet opérateur aujourd’hui, c’est rassurer AC demain.

10)- enfin, qu'on considère le couplage des législatives et des communales pendant ces élections pour profiter de la mobilisation de la Communauté Internationale et pour éviter qu'il y ait trop de frais.

De quels frais parle l’opposition ? De coûts financiers ou de coûts humains ? Par un inhabituel souci d’économies, l’opposition veut mettre tous ses œufs dans le même panier, permettant ainsi au pouvoir de la battre « démocratiquement ».

On voit donc, ce que souhaite l’opposition. Elle ignore que le combat politique ne se mène pas avec des vœux. Croit-elle encore qu’AC a changé au point de respecter ses promesses ? Il y a ce qu’il dit publiquement et ce qu’il fait secrètement.

Rappelons, c’est toujours utile, les six promesses de campagne du candidat Alpha Condé :

- unité nationale dans le respect de la démocratie et des libertés fondamentales

- autosuffisance alimentaire

- école et santé pour tous, avec prise en charge des enfants et des femmes enceintes

- développement basé sur l’agriculture et la transformation du secteur informel productif

- programme de réformes structurelles en partenariat avec tous les secteurs d’activité

- encourager l’investissement étranger.

C’était il y a plus de trois ans.  Quel est le bilan actuel du Président Condé ?

De toutes les façons, AC vient de déclarer qu’il n’a aucun engagement vis-à-vis de l’opposition pour ce qui concerne les prochaines législatives. C’est, dit-il, l’affaire de la CENI. Bien joué, AC qui réussit magistralement à faire travailler d’autres en son nom et pour son compte.

B) La capitulation morale

Combien de Peulhs sont-ils morts en marchant au nom de l’opposition ? Combien ont-ils été massacrés à leur domicile alors qu’ils n’ont même pas marché ? Combien de marchands peulhs ont-ils été vandalisés pendant les opérations « ville morte » décidées par l’opposition ? Et tous les blessés, les handicapés à vie, les femmes violées ? Qu’espéraient les marcheurs pacifiques ?

Il avait été demandé aux marcheurs d’exiger, entre autres, le départ de Waymark. Cet opérateur restera par la volonté d’AC et la passivité d’une opposition infiltrée par le pouvoir. Que peut-on leur demander maintenant ? Même ceux qui n’ont pas d’odorat sentent le parfum de la trahison.

En Guinée les Peulhs sont passés de la douleur individuelle à la souffrance collective. Ils ne se reconnaissent plus dans la république de Condé. Vont-ils continuer à verser leur sang sans savoir pour quelle cause ? Le pouvoir ne respecte même plus leurs morts qu’il laisse se décomposer dans les morgues chaudes de Conakry.

Je ne suis pas candidat pour les prochaines législatives mais je suis dépité pour une durée indéterminée! Avec Waymark, la prochaine Assemblée sera dominée outrageusement par le RPG d’AC, marquant ainsi la fin du processus « démocratique ». L’opposition vient de voter pour le pouvoir. Qui est fou ? Ce n’est certainement pas AC !

Pour le moment, que faudrait-il faire ? Boycotter ou ne pas boycotter, telle est la question.

Ma proposition est de couper la poire en deux (mais pas plus !). Que les Peulhs se fassent recenser intégralement pour que chacun obtienne sa carte d’électeur (c’est leur droit) mais qu’ils restent tranquillement chez eux le jour du vote (qui n’est pas encore obligatoire). Ainsi, ils feront valoir leurs droits de Guinéens tout en s’éloignant de ces législatives pestilentielles qui ne serviront à rien. Même AC s’en fout de ces élections ; il pense plutôt, et il n’est pas le seul, aux prochaines présidentielles de 2015.

Cependant, les Peulhs ne doivent plus s’accommoder d’une mollesse mortelle. Pourquoi devraient-ils mourir inutilement pour ceux qui ne portent plus leurs espoirs ? Dans la mesure où ils sont considérés comme des citoyens de seconde zone dans leur propre pays, ne leur faudrait-il pas aujourd’hui plutôt des leaders de droits civiques ?

Il est plus facile de se battre pour des droits que pour des idées politiques. Pour que quelqu’un accède au pouvoir, il faut que ses droits soit d‘abord respectés. Les Peulhs ont des atouts que ses politiciens n’ont pas su exploiter. Avant de mobiliser une masse, il faut d’abord la sensibiliser. On se démobilise lorsqu’on n’est pas sensibilisé mais lorsqu’on est déjà sensibilisé, on ne se démobilise jamais.

La Coordination Nationale des Haali pular a, en ce moment, un rôle historique à jouer. Quelle se lève et elle verra qu’elle sera soutenue, notamment par les intellectuels. AC avait promis de changer la vie des Guinéens ; il leur a pourri la vie et, pour les Peulhs en particulier, il leur prend des vies. Il parle beaucoup, ce qui n’est pas un signe de sérénité. Plus un chien a peur, plus il aboie.

Le véritable combat peut maintenant commencer.

Je vous salue.

Ibrahima Kylé DIALLO

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Nous sommes le . Merci pour votre visite sur www.anouslaguinee.com site d'informations crédibles et d'analyses objectives

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×