Mohamed Diaré : "Les jeunes guinéens doivent garder espoir"

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Malgré une année 2013 difficile, le ministre de l'Économie et des Finances de la Guinée voit l'avenir d'un bon œil. Selon lui, la croissance sera au rendez-vous, et l'emploi devrait suivre.

Natif de Kissidougou, dans le sud-est du pays, Mohamed Diaré a été formé à l'université de Conakry, puis à l'Institut du Fonds monétaire international (FMI) et à l'École nationale d'administration (ENA) française. Ministre délégué au Budget depuis 2011, il s'est vu confier le portefeuille de l'Économie et des Finances, avec rang de ministre d'État, lors du remaniement du 20 janvier. Selon lui, le cadre macroéconomique étant en passe de se stabiliser, il faut désormais favoriser l'investissement privé.

Jeune afrique : Comment a évolué l'économie guinéenne ces dernières années ?

Mohamed Diaré : La situation était catastrophique à notre arrivée. Après l'élection d'Alpha Condé en 2010, tous les indicateurs étaient dans le rouge, la croissance stagnait autour de 1 % et le taux d'inflation s'élevait à 21 %. Avec l'appui du FMI, nous avons redressé l'économie en mettant en oeuvre, dès 2011, un programme de référence dont la bonne exécution a permis la conclusion d'un programme triennal 2012-2014 afin d'alléger le poids de la dette tout en lançant un ensemble de réformes macroéconomiques. Une réussite, puisque la dette de 3,1 milliards de dollars [environ 2,3 milliards d'euros] représentant environ 67 % du PIB en 2010, a chuté à moins de 20 % en 2012.

Les objectifs fixés pour 2013 n'ont pourtant pas été atteints...

L'année a été difficile. Il est vrai qu'au départ nous tablions sur un taux de croissance de plus de 5 %, mais il n'était que de 2,5 % fin décembre. Il faut souligner que 2013 a été marquée par une conjoncture globale défavorable, en particulier pour le secteur minier, avec une chute des cours mondiaux de l'or et du fer.

Le tout dans un contexte politique instable, caractérisé par des mouvements de rue entraînant une baisse de l'activité économique. En période électorale, les opérateurs économiques s'abstiennent de s'engager. Tout cela a eu un fort impact sur les recettes de l'État, générant un manque à gagner de l'ordre de 1 400 milliards de francs [plus de 140 millions d'euros] en 2013, soit un peu plus de 3,1 % du PIB.

Quelles sont les perspectives pour 2014 ?

Elles sont bonnes. L'économie redémarre et nous prévoyons une croissance de 4,5 % à 5 % cette année, selon que les intentions d'investissements annoncées en novembre 2013 lors de la conférence des bailleurs de fonds d'Abou Dhabi se concrétiseront ou non. Nous comptons aussi sur l'examen des contrats miniers, toujours en cours, avec le soutien de la BAD [Banque africaine de développement], qui nous procurera certainement des ressources additionnelles.

Dans le budget 2014, nous avons baissé les dépenses de fonctionnement de l'État, notamment en stabilisant la masse salariale et en donnant la priorité aux dépenses d'investissement. Nos priorités sont l'énergie, qui absorbera 11,6 % de ce budget, et les travaux publics, avec des investissements en hausse de 56 % par rapport à 2013. Enfin, l'éducation et le secteur agricole mobiliseront respectivement 11,2 % et 6 % du budget de l'État.

Le budget 2014, adopté par le Conseil national de la transition, qui, depuis, a laissé la place à l'Assemblée nationale, a été critiqué par une partie de l'opposition. Est-il définitif ?

Il n'est pas question de revenir dessus. Mais si la conjoncture et l'évolution des engagements y contraignaient le gouvernement, nous demanderions à l'Assemblée nationale d'examiner une loi de finances rectificative. Donc, sauf circonstance exceptionnelle, il n'y aura pas de modification du budget.

Comment comptez-vous lutter contre le chômage ?

Par l'amélioration du climat des affaires, car c'est à travers l'installation des entreprises et les grands projets que nous allons pouvoir créer des emplois, et ce dans tous les secteurs : l'agriculture, la pêche, l'énergie, les travaux publics... Il faut attirer toujours plus d'investisseurs et de capitaux privés étrangers. Grâce aux récents satisfecit des institutions financières internationales, ces investissements devraient croître en 2014. Cette dynamique générera des emplois. Les jeunes doivent garder espoir, les réformes en cours auront des conséquences positives pour tout le pays.

Qu'en est-il du projet Simandou, le plus grand gisement de fer non exploité du continent ?

Le processus suit son cours. Fin janvier, nous avons rencontré notre partenaire Rio Tinto à Paris. Nous devons nous mettre d'accord sur un nouveau cadre d'investissement d'ici au 15 mars pour le soumettre à l'Assemblée nationale en avril. La reprise du projet, prévue au second semestre de cette année, dépend de la signature de ce cadre.

Le financement des infrastructures telles que le port et le chemin de fer, que l'État devait initialement prendre en charge à hauteur de 51 %, constituait l'un des points de blocage - il a été levé. Avec Rio Tinto, nous examinons désormais les offres de partenaires potentiels pour réaliser ces chantiers. Nous allons vite, sans toutefois nous précipiter.

L'économie du pays reste très dépendante des mines. Comment la diversifier ?

En 2013, notre économie a souffert d'une croissance négative dans le secteur minier et d'une stagnation dans celui de l'énergie, mais elle a été quelque peu sauvée, ou du moins soulagée, par l'agriculture. Il ne faut pas oublier que près de 70 % des Guinéens en vivent et nous voulons redynamiser ce domaine.

En outre, les projets miniers comme Simandou intègrent un développement du commerce et de l'agriculture, ainsi que des programmes d'aide à la diversification.

Le boom minier prévu pour les années à venir et les recettes budgétaires supplémentaires qu'il va générer permettront de renforcer la sécurité et de veiller à un plus grand respect de la justice, ce qui améliorera le climat des affaires. Une condition sine qua non pour attirer plus d'entreprises et d'investissements étrangers.

Enfin, d'ici à 2015, le réseau électrique aura très largement progressé dans le pays, ce qui permettra de diversifier les activités et contribuera à l'essor de secteurs à forte dépendance énergétique, telle l'industrie.

L'Union européenne (UE) a annoncé la reprise de sa coopération avec la Guinée. Comment le gouvernement va-t-il renforcer et élargir ses partenariats, notamment avec l'Asie ou les pays arabes ?

À travers le Fonds européen de développement [FED], l'UE vient de débloquer 140 millions d'euros, qui serviront d'abord à la construction et à la réhabilitation de routes, ainsi qu'à la justice, à la sécurité, aux finances publiques et à la décentralisation. Il est important de maintenir une relation harmonieuse avec les bailleurs internationaux, avec nos partenaires bilatéraux traditionnels, de même qu'avec les Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] et les pays arabes. La France reste notre premier partenaire bilatéral, mais notre objectif de développement, qui est de porter les investissements à plus de 40 % du PIB par an, nécessite d'élargir le cercle.

Ainsi, l'Inde s'apprête à investir un peu plus de 200 millions de dollars dans l'agrobusiness. Notre partenariat public avec les Émirats arabes unis, à hauteur de 100 millions de dollars de dons pour 2014, sera, lui, consacré aux secteurs de l'agriculture et de l'énergie. Dans le domaine du privé, le fonds émirati Mubadala a annoncé un investissement de 5 milliards de dollars dans le développement d'une mine de bauxite et d'une raffinerie. Enfin, nous entretenons une relation ancienne avec la Chine, qui nous a accordé plusieurs prêts et nous a fait des dons : le Palais du peuple en 1967 et le stade de Nongo [en 2011].

Source: jeune afrique

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