N’est-on pas Président du tout quand on est Président de tout et de partout ?

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Je reviens, avec quelques jours de recul, sur l’interview accordée par AC à « Jeune Afrique » dans son n° 2687 du 8 au 14 juillet 2012. Pour les journalistes de cet hebdomadaire, AC a pris de la hauteur et de la distance, a appris à déléguer, a réduit le nombre de ses téléphones portables et, divine surprise, « les bailleurs de fonds sont unanimes à reconnaître les progrès socioéconomiques réalisés depuis un an et demi ». Qu’en est-il ?

-         AC n’a pas pris de la hauteur mais de la distance. Pour un dirigeant, prendre de la hauteur signifie être au-dessus de la mêlée, jouer le rôle d’arbitre national en étant le Président de tous et non de certains seulement. Je rappelle qu’AC est toujours président de son parti, le RPG. En guise de hauteur, il a choisi l’altitude car il adore les déplacements par avion, ce qui lui permet de prendre réellement de la distance. Il préfère visiter la lointaine Corée que le quartier de Koloma.

 

-         Voyage-t-il pour copier des pays au bénéfice du sien? C’est ignorer que pour pouvoir copier, il faut avoir un certain niveau technologique. Si dans certains pays du sud-est asiatique on copie des sacs à main de luxe et des montres de grandes marques, c’est parce qu’on y a franchi un seuil en matière de développement. Actuellement, la Guinée ne peut pas copier une aiguille. Mon Dieu, si elle pouvait au moins « copier » du riz ! Qu’AC nous dise qui finance ses coûteux voyages puisqu’il n’est pas un passager clandestin récidiviste ! Quoi qu’il en soit, pour attirer les investisseurs en Guinée, il faut un préalable : assainir le climat politique et assurer la sécurité.

 

-         Que délègue AC et à qui ? sait-il ce qu’est une délégation de compétence ou de signature ? En réalité, il ne délègue rien mais dérègle tout. Le spécialiste de tout n’est spécialiste de rien mais plutôt généraliste. Boileau n’avait-il pas dit : « Qui trop embrasse mal étreint. » ? D’où le titre de cet article : en voulant être président de tout, on se trompe de responsabilité et on n’est pratiquement président de rien ou presque. AC n’est donc pas président du tout mais veut être chef de tout. Dans un Etat « normal », on attend du Président une vision claire et une mission précise, le développement et la gestion étant délégués à d’autres qui en rendent compte.

 

-         De combien AC a-t-il réduit le nombre de ses portables ? Il faut savoir que dans certains pays, c’est un délit d’avoir 3 portables en même temps. Car ça ferait plus dealer que leader ! L’image d’AC lors de l’entretien avec les journalistes de « J. A. » montre qu’il avait déjà 3 portables sur la petite table. En avait-il en poche ? Ne fallait-il pas le fouiller ?

 

-         Des progrès socioéconomiques ? J’aimerais bien connaître les noms des bailleurs de fonds qui ont noté ces progrès. AC, parlant de l’augmentation du prix du carburant, affirme lui-même (involontairement ?) : « Pourtant, les conditions de vie sont très dures ». Le Guinéen moyen a aujourd’hui moins de moyens qu’hier !

 

S’agissant des élections, AC prétend qu’il s’est battu pour l’instauration de la démocratie. Quelle imposture ! Il n’a jamais été un opposant historique mais un « POSEUR HYSTERIQUE ». Voici la signification de chacun des 2 termes : le POSEUR est celui qui prend une attitude affectée, c’est-à-dire hypocrite, pour se faire valoir. HYSTERIQUE veut simplement dire très agité. Par contre il fut bel et bien un « POLTRON HISTORIQUE ».

AC a une définition personnelle de la démocratie : son accession au pouvoir, par tous les moyens. Ayant atteint cet objectif, pour lui la Guinée est maintenant démocratique. Cependant, si l’on suit le raisonnement d’AC, il n’est pas chef d’Etat puisqu’il clame avoir « hérité d’un pays, pas d’un Etat… ». Parlons donc désormais de « chef de Pays », expression incompatible avec la notion de démocratie.

 

En écoutant, même de façon distraite, le « chef du Pays » on se rend aisément compte de son niveau en matière de droit public dont il serait diplômé. Il est plus que paumé dans cette discipline. Voyons en vrac sa conception de la démocratie.

 

-         C’est lui qui fixe la date des élections, la Francophonie va l’aider à les organiser, le président de la CENI n’a plus de pouvoir, ses opposants ne peuvent gagner les Législatives, le régime guinéen est présidentiel, etc. Qu’est-ce que cet infatigable en paroles peut être fatigant ! Notre « démocrate AC » n’autorise plus les manifestations car, dit-il, ce sont les gros commerçants peulhs qui en font les frais ! Le voila subitement devenu « grand protecteur des Peulhs », rappelant un certain Staline, «Petit Père des Peuples » ! Ce soi-disant président de tous les Guinéens peut-il nous dire qui est, selon lui, Guinéen?

 

-         La loi "anti-casseur" a été créée pour AC. Le véritable casseur de la Guinée, c’est bien lui, qui divise le pays en « non Peulhs » qui acceptent son changement et en « Peulhs » qui refusent son changement.

 

-         AC n’a jamais donné d’« ordre pour tuer un seul peulh ». Pour une fois, je suis d’accord avec le « chef du Pays » non pas sur le niveau de son langage mais sur sa pensée : l’ordre n’est pas de tuer « un seul » peulh mais d’en tuer le maximum ! AC fait tuer les Peuhls physiquement (morts par balles, blessés grièvement), économiquement (les commerçants sont plus rançonnés que taxés) et culturellement (pour lui, ce n’est plus tolérable d’avoir autant de bacheliers et de diplômés peulhs).

 

-         AC a-t-il fermé les gros robinets de la corruption ? AC, spécialiste en fuites, doit être un bon plombier (on n’est pas nul en tout !) car il a réussi à installer une tuyauterie très argentée pour drainer à son compte toutes les recettes de l’Etat. C’est trop facile pour un riche héritier de dire à des journalistes que l’argent ne l’intéresse pas. N’est-il pas intéressé à tout ce que l’argent permet de faire (voyages par avion, séjours dans des hôtels luxueux, cadeaux au parfum de corruption, etc.) ?

 

-         A propos de la justice, AC dit en même temps que les juges sont corrompus et que la justice guinéenne n’est pas défaillante. Pour le massacre du 28 septembre 2009, AC peut-il nous dire si un criminel est nécessairement présent sur les lieux de son crime ? Pour le « coup de Kipé » du 19 juillet 2011, AC désigne Alpha Oumar Barry comme une des personnes qui ont dirigé l’attaque en insistant sur l’appartenance peuhle de ce militaire et en laissant ses intervieweurs tirer les conclusions qui s’imposent. Précisons que AOB n’est pas « Barry » mais « Diallo », le « B » étant l’abréviation de Boffa. C’est à AC de nous dire la conclusion qu’il veut nous imposer !

 

Quel est réellement l’objectif d’AC ?

 

Officiellement, c’est, dit-il, de remettre la Guinée sur pied. C’est vrai que ce pays (ne parlons pas d’Etat) boitait depuis 1958. Sékou Touré l’avait mis à genoux et Lansana Conté, presque par terre. AC risque de l’enterrer, avec l’aide de « philanthropes » qui ne coûtent rien, parait-il ! Parmi ces amis qui nous veulent du bien on peut citer un médecin qui se plait bien à l’intérieur de nos frontières, un ancien PM d’une monarchie parlementaire et un richissime homme d’affaires.

 

Imbu de mégalomanie et voulant se montrer visionnaire, AC imite stupidement W. Churchill, dans un contexte totalement différent, en affirmant ne pouvoir promettre aux Guinéens que du sang, de la sueur et des larmes. En fait, il récite la phrase prononcée en pleine Seconde Guerre Mondiale par cet illustre homme d’Etat, pour la transformer en slogan de quartier du pays dont il se croit l’unique héritier. Prononcer une phrase aussi grave alors que la Guinée n’est pas en guerre montre que dans ce pays c’est l’ignorance qui est aux commandes. AC est-il sûr d’être compris par ses compatriotes, plus intéressés par l’igname, l’eau et l’électricité ?

 

Une fois n’étant pas coutume, AC a déjà effectué ce qu’il a promis. Aidé par les armes de sa milice qui fait office d’« armée nationale », il a versé du sang et provoqué des larmes chez les Guinéens. Pour la sueur (non due au travail), il est aidé par la chaleur du climat de Conakry. En effet, on peut transpirer en dormant, surtout au pays des oisifs.

 

En réalité ce qu’AC promet et fera si on ne l’en empêche, ce sont « des soudards, de la peur et des armes » car il n’a rien d’autre à offrir.

 

Pour terminer, permettez-moi de pasticher une célèbre déclaration attribuée au 16ème Président des USA :

« On peut tout promettre tous le temps ; on peut vadrouiller une grande partie de son temps mais on ne peut pas tromper tout le monde et brimer toute une communauté tout le temps »

 

« Ibrahima Lekkol », citoyen horrifié de la République de Condé

 

Je vous salue.

 

Ibrahima Kylé DIALLO

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