Opposition guinéenne: la stratégie de la terre brûlée

La longue attente des résultats définitifs des législatives du 28 septembre 2013, qui ont finalement été proclamés le 15 novembre par la Cour suprême, n'a pas émoussé les ardeurs de l'opposition guinéenne. Face à ce qu'elle appelle le « hold-up électoral » du pouvoir, elle a appelé les populations à observer une « journée ville morte » le 25 novembre dernier.

Malheureusement, la situation a dégénéré en affrontements entre des groupes de jeunes qui avaient dressé des barricades, et les forces de l'ordre venues les disperser. Bilan provisoire, un mort et plusieurs blessés. L'opposition guinéenne doit revoir sa copie en termes de stratégie et éviter d'exposer inutilement la vie des Guinéens.

A l'analyse, vu les conditions calamiteuses dans lesquelles les élections se sont déroulées et l'attitude de la Cour suprême qui s'est déclarée incompétente pour juger le contentieux électoral, l'amère pilule de la défaite semble dure à avaler pour l'opposition guinéenne. Ce que l'on craignait s'est finalement produit avec le recours à la rue, et son cortège de violences. Là où l'opposition guinéenne pèche le plus, c'est par son manque criard de stratégie. Comment comprendre qu'à l'étape actuelle des choses, elle en soit à des tergiversations pour savoir s'il faut siéger ou pas à la nouvelle assemblée ? Certains leaders parlent même de recourir à leur base avant de donner une position. Mais que peut faire la base dans le cas d'espèce ? Pratiquement, rien ! La stratégie actuelle de l'opposition guinéenne est indéchiffrable et n'offre aucune lisibilité. C'est plutôt une stratégie de la terre brûlée qu'elle donne à voir, qui est d'office vouée à l'échec. Pire, elle expose inutilement la vie des citoyens guinéens. De plus, en envoyant des mémorandums à plusieurs institutions internationales, qu'espère-t-elle obtenir ? L'annulation des résultats ? A part condamner et dénoncer les différentes fraudes, en quoi la communauté internationale peut-elle remettre en cause des résultats électoraux au point de déclarer l'opposition gagnante ? Par quels moyens ?

Assurément, l'opposition guinéenne doit revoir sa copie en termes de stratégie et éviter d'exposer inutilement la vie des Guinéens dans un pays où les forces de l'ordre ont la gâchette facile. Quand on lance un mot d'ordre, il faut en expliquer la teneur et la portée aux militants. Comment une opération ville-morte, où tout est censé tourner au ralenti, peut-elle se transformer en ville agitée au point d'occasionner des pertes en vie humaine ?

Vivement que les différents acteurs mettent de l'eau dans leur vin, dans l'intérêt supérieur de la nation. Cela est inadmissible et pose, de façon générale, le problème de la responsabilité sociale et morale des leaders politiques africains qui n'hésitent pas, pour un oui ou pour un non, à jeter les populations dans la rue.

L'ignorance des militants est exploitée en cela qu'ils ne sont pas nombreux, ceux-là qui peuvent faire une analyse prospective et comprendre qu'ils s'exposent souvent en répondant aux appels des hommes politiques. Les rejetons de ces derniers sont-ils aussi dans la rue ? Rien n'est moins sûr.

Cette attitude des leaders politiques africains est condamnable et frise l'inconscience et l'égoïsme. A y regarder de près, la plupart des partis d'opposition en Afrique, ne sont ni plus ni moins que des entreprises économiques qui procurent argent et honneurs à leurs leaders ou fondateurs, au détriment des masses qu'ils prétendent défendre et qui croupissent dans la misère.

Tant que les populations africaines ne comprendront pas qu'on les utilise, les leaders politiques continueront sans vergogne à les envoyer à l'abattoir à des fins personnelles et bassement matérielles.

Dans le cas spécifique de la Guinée, on a quelquefois le sentiment que les débats sortent du cadre politique pour se réduire à des problèmes personnels sur fond de haine. On a surtout l'impression de toujours vivre les prolongations de la présidentielle de 2010.

Finalement, avec le retrait du facilitateur Djinnit qui a clôturé sa médiation après la proclamation des résultats définitifs, il n'y a visiblement plus d'interface entre les différents acteurs politiques, si fait que la Guinée semble plus que jamais livrée à elle-même.

Vivement que les différents acteurs mettent de l'eau dans leur vin, dans l'intérêt supérieur de la nation. Le président Condé, pour qui la cause de l'opposition est entendue, et qui se projette sur les chantiers du développement à travers sa campagne « Guinée is back » pour espérer attirer plus d'investisseurs miniers dans son pays, ne devra pas perdre de vue que sans paix ni sécurité, ses efforts risquent d'être voués à l'échec si les médias internationaux continuent de véhiculer des images violentes de la Guinée.

Outélé KEITA

Source: Le Pays

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