Quelle tempête ravage les espérances de la Guinée?

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La question est sur toutes les lèvres. Au-delà des formules diplomatiques et des circonvolutions politiques, quel est l’état de santé réel du capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte militaire au pouvoir en Guinée depuis bientôt un an? Sa vie serait-elle vraiment hors de danger, suite à la tentative d’assassinat du jeudi 3 décembre 2009 contre sa personne? Ou alors, aurait-il «succombé à ses blessures à la tête», dans la capitale marocaine où il été transporté en urgence, ainsi que l’indiquaient, il y a quelques heures, sous le sceau de la confidentialité et d’une grande réserve, certains sites d’information?

«Le capitaine, qui est arrivé conscient au Maroc, a rechuté cet après-midi dans un coma profond et ses médecins, n'ayant pas pu le réanimer, ont constaté sa mort», note rewmi.com, qui cite «des sources proches de la hiérarchie militaire dépêchée à Rabat».

Le moins que l’on puisse dire, en tous les cas, c’est que cette tentative d’assassinat du capitaine Moussa Dadis Camara vient apporter un surplus de complexité à une situation déjà éminemment tendue. Et, quel que soit ce qu’il adviendra du chef de la junte, on a tout lieu de s’inquiéter davantage pour la Guinée, empêtrée dans un processus de sortie de crise terriblement difficile, avec une médiation qui cherche ses marques, marchant sur des œufs pour arracher, sans exclusion, ni préférence, un compromis politique, bréviaire de la transition et de la normalisation constitutionnelle et républicaine. En attendant de pouvoir y arriver, des questions sont là, lourdes de sens et de conséquences, pour un pays qui n’aura finalement jamais pu, depuis son accession à l’indépendance, arrachée en solitaire, poser les jalons de la démocratie et du développement.

Que va-t-il se passer maintenant avec une Armée qui semble glisser plus dangereusement sur la pente de la disharmonie vigilante, laissant les populations plus inquiètes que jamais? Comment se négociera le rapport de force entre des camps devenus rivaux par la force des choses, les indécrottables supporters de Moussa Dadis Camara cherchant à nettoyer les écuries pour mettre «hors d’état de nuire» - comme on le dit coutumièrement au sein de la Grande muette – ceux qui, dans ses rangs, soutiennent désormais le major Diakité, alias «Toumba», auteur de la tentative d’assassinat, toujours recherché et «libre de ses mouvements»? Et puis, dans ce cafouillage militaire, quel espace reste-t-il pour des négociations politiques, dont on savait qu’elles n’allaient nullement être faciles, en vue de sortir la Guinée de l’impasse créée par la polémique autour de la candidature plus ou moins annoncée de Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle, initialement prévue pour fin janvier 2010?

C’est peu dire que d’affirmer que la situation en Guinée est au cœur de mille et une préoccupations. Une situation déjà explosive, qui peut désormais échapper à tout contrôle si l’on n’y prend garde. Un volcan qui bouillonne, et dont les laves, embrasées par les démons de la division et/ou de l’entêtement politique qu’engendre la mystique du pouvoir, pourraient tout brûler sur le mince sentier vers la paix. Et s’il s’avère que les jours du capitaine Moussa Dadis Camara ne sont pas – ou ne sont plus - en danger, c’est la Guinée tout entière qui l’est, et qu’il faut sauver à tout prix du chaos.

C’est pourquoi, point n’est besoin aujourd’hui de se lancer dans une stérile bataille diplomatique pour le leadership de la sortie de crise en Guinée. Chaque étincelle doit concourir à entretenir la flamme de l’espoir et de la paix, à semer les graines de l’unité et de l’identité du destin commun de ce pays, au sein de la classe militaro-politique. Plus que jamais, le peuple de Guinée a besoin de la solidarité agissante africaine pour bâtir une nouvelle nation, paisible, forte et démocratique. Mais, pour y arriver, les uns et les autres doivent faire l’économie de leurs ressentiments, solder leurs comptes avec le passé récent, se donner la main pour dessiner, de façon consensuelle, dans une vision partagée de la démocratie et du développement, les plans du futur.

Sans doute, ne devrait-on pas occulter, dans ce transport souhaité vers la paix, la case «Vérité-Justice-Réconciliation». En cela, la médiation de Blaise Compaoré, facilitateur désigné de la CEDEAO, prend tout son sens, dans cette crise qui, telle une hydre, se fait pousser de nouvelles tentacules à une vitesse exponentielle. Elle prend même tout son poids,  et s’inscrit dans une nouvelle dynamique de dépassement de soi, pour remettre, à tout le moins, la balle au centre, ramener les protagonistes, tous les protagonistes, au cœur du débat sur la paix et du retour à une vie constitutionnelle normale…

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