Quelques réactions aux évènements récents

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Les Guinéens sont-ils nuls ?

Selon le site Africaguinee.com, un nouvel organigramme a été « imposé » cette semaine à la Coordination Nationale de lutte contre Ebola par Alpha Condé, ce qui n'a pas manqué de susciter des grincements de dents.

Lorsque le Coordinateur National de lutte contre Ebola, Dr Sakoba Keita a fourni l'organigramme de la structure qu'il dirige, ce document a été rejeté par Alpha Condé, du fait de l'absence des noms de certains experts, qui lui ont été proposés par ses « amis », tels le Congolais Denis Sassou N'guesso.

Le nouvel organigramme qui a finalement été retenu, parce qu'établi par le PRG lui-même, privilégie les expatriés au détriment des nationaux… :

  • à la commission surveillance par exemple, c'est Dr Rodier de l'OMS, qui pilote cette structure, assisté du Dr Bilivogui.
  • la commission prise en charge est quant à elle dirigée par Dr Poncin de MSF, assisté du Dr Barry.
  • même la commission communication n'a pas échappé au Dr Van Mourik, en lieu et place de Fodé Tass Sylla.

Alpha Condé, adepte du principe la Guinée aux Guinéens, prouve une fois de plus, que ses recommandations ne sont que des slogans insipides, et n'ont aucune réalité. On le savait depuis longtemps, depuis qu'il considère que le développement de la Guinée ne passera que par le ramassage de cailloux (bauxite, fer, or, diamants) par des sociétés étrangères.

 

La purée de pomme de terre

Le communiste Alpha Condé n'a toujours pas compris 3 choses en matière économique :

  • les agriculteurs sont des entrepreneurs, dont la finalité est de gagner de l'argent. À défaut de ne pas les aider, on peut au moins ne pas les empêcher d'essayer de le faire, en leur interdisant de vendre leurs produits où et à qui ils veulent.
  • ce n'est pas parce que l'État paye (avec ou sans remboursement) des engrais, qu'il faut supposer une contrepartie de la part des agriculteurs. Ces derniers ne cultivent pas la terre, juste pour recevoir de l'engrais ou, autrement dit, ce n'est pas parce qu'ils ont obtenu de l'engrais, qu'ils vont rembourser en travaillant pour rien. Ils ne sont pas fonctionnaires.
  • l'État peut jouer un rôle en matière économique, mais en aucun cas se substituer aux entrepreneurs privés, notamment dans des secteurs productifs, qui ne relèvent pas de la souveraineté de l'État.

Demander au ministère en charge de l'Industrie et des PME de « prendre toutes les dispositions nécessaires pour la construction à Timbi Madina d'une usine pour la transformation de la pomme de terre en purée et autres dérivés pour une meilleure valeur ajoutée », démontre une fois de plus l'attitude désinvolte d'Alpha Condé. D'une part, on ne crée pas une usine d'un claquement de doigts. D'autre part, un entrepreneur privé n'investira dans ce secteur, que s'il existe un marché. Les Guinéens consomment-ils suffisamment de purée ou de chips, pour en faire une activité rentable ?

De la même manière relancer toutes les usines existantes avec l'argent de l'État est inconscient, si on oublie qu'elles ont été fermées sans doute certaines ; pour des raisons de mauvaise gestion, mais aussi, peut-être, du fait de l'absence d'un marché viable.

Transformer sur place certains produits guinéens est un vrai défi, mais cela ne s'improvise pas lors d'un Conseil des Ministres. Si les agriculteurs n'exportent plus là où il y a un marché (Sénégal par exemple), cela dérentabilise l'activité, et à part l'État qui investira à perte, personne de sensé ne sera prêt à investir le secteur (or financement gratuit à 100% de l'État pour satisfaire un oukase présidentiel).

Personne ne peut obliger un Guinéen à consommer ce que la Guinée produit, particulièrement les cultures d'exportation dont la finalité était d'obtenir des devises, et non de créer un marché local.

 

L'affaire Bakayoko

Après ses propos tenus contre Cellou Dalein Diallo et Alpha Condé, qui lui ont valu l'incendie de sa voiture par certains habitants de Labé, et une arrestation pour outrage au chef de l'État, Abdourahmane Bakayoko, président d'un parti intitulé « les démocrates guinéens », et dont l'aura est confidentielle, suscite de nombreuses réactions.

Il est vrai qu'on s'intéresse davantage aux conséquences de ses propos sur une radio de Labé, qu'à ce qu'il a effectivement dit. Le Ministre de la Communication avait qualifié la colère des jeunes (forcément de l'UFDG selon lui), de comportement qui vient freiner toute possibilité de liberté d'expression. Aux dires du ministre, « si personne n'ose critiquer ce leader politique dans son fief, cela veut dire que lorsque ce dernier viendra au pouvoir, ce sera la fin de la démocratie ».

En premier lieu, il n'y a pas de démocratie en Guinée. D'autre part, que pensent par exemple Élie Kamano, Moussa Diawara, Mamadou Billo Sy Savané, Mandian Sidibé et même Sidya Touré (avec la « danse des bérets rouges » autour de son domicile) pour ne citer qu'eux, de la liberté d'expression ? Que dire des nombreux changements à la RTG, qui ne sont que des illustrations de cette liberté d'expression… à sens unique. Que dire enfin d'Amadou Diouldé Diallo, non payé pendant presqu'un an et radié de la fonction publique par ce même Ministre de la propagande. Il y en a qui feraient mieux de se taire.

Concernant Bakayoko, et sauf s'il n'a pas voulu faire le buzz, c'est courageux et tout à son honneur de sa part, d'exprimer ses pensées sincères. Il y a néanmoins des formes pour le faire, sauf à se faire hara kiri. On peut dire publiquement d'un individu par exemple, qu'il a proféré des mensonges et on l'illustre, voire qu'il a menti à propos de telle ou telle chose, mais affirmer de manière péremptoire (sans possibilité de réplique), que c'est un menteur, vous expose à une situation délicate, dont Bakayoko est en train de supporter personnellement les conséquences. Apprendre sur le tas, c'est néanmoins la meilleure formation possible. Comme de nombreux ambitieux politiques, Abdourahmane Bakayoko devra apprendre à distinguer liberté d'expression et respect d'autrui. On peut presque tout dire, encore faut-il y mettre les formes.

 

Il y a donc de nombreux hypocrites qui se sont tus lors des tracasseries exercées à l'encontre des personnes ci-dessus évoquées, qui n'ont rien dit non plus lorsque le député Ousmane Diallo a vu sa maison brûlée (n'y avaient-ils pas vu un lien avec ses déclarations précédentes contre le PRG ?), et j'en passe. En fait lorsque les gens subissent le joug de décisions illégales ou incomprises, le gouvernement met en avant l'autorité de l'État bafouée (Alpha Condé a pourtant dit maintes fois, qu'il n'y avait pas d'État), mais lorsque les citoyens se font justice (y compris à Womey), puisque cette dernière se tait systématiquement, les supporters du régime jouent les vierges effarouchées. L'impunité à sens unique, érigée en système, de ces 4 dernières années, ont convaincu un grand nombre de personnes (tout le monde ?), qu'il n'y avait rien à attendre de l'État, lorsque les citoyens en sont victimes (mais pas dans le cas inverse), et c'est pourquoi certains se font eux-mêmes justice, souvent pas de la meilleure façon.

Avant de penser à dédommager Bakayoko (ce qui ressort de la responsabilité personnelle des incendiaires), il faudrait peut-être penser à dédommager les citoyens précités (car ça c'est de la responsabilité de l'État). Je veux bien croire que l'UFDG n'est pas démocratique (aucun parti guinéen ne l'est), et qu'elle commet des erreurs, mais les erreurs ne sont pas des crimes, et honte à ceux qui les mettent sur le même plan.

En conclusion, Bakayoko a payé pour voir, mais il est illégitime de le maintenir en prison. Ceux qui osent proclamer qu'il a été enfermé pour sa protection (sic), n'ont qu'à interroger le général Nouhou Thiam pour savoir ce qu'il pense de la détention provisoire ou préventive. De même ceux qui ne voient que les conséquences des déclarations de Bakayoko, sont habitués à se regarder le nombril, plus préoccupés des conséquences qui leur échoient, que des causes qui ont amené à cette affaire.

 

 

Gandhi, citoyen guinéen

« Dans tout État libre, chaque citoyen est une sentinelle de la liberté qui doit crier, au moindre bruit, à la moindre apparence du danger qui la menace » (Robespierre, Discours sur la liberté de la presse, Mai 1791).

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