Un peu d'humour noir pour rire jaune : Béta Conté à ses troupes de l'Arc en Skaï pour gagner les élections

(courrier « ultra confidentiel » intercepté entre Conakry et Kankan par Herlock Scholmes, le 27 Octobre 2010)

Selon les chiffres du premier tour de l'élection du 27 Juin 2010 figurant sur le site de la CENI et dans l'arrêt de la Cour Suprême qui, soit dit en passant, comprend de nombreuses erreurs, j'ai obtenu officiellement 553 021 voix (20,67%), ramenées après contestation des différents autres candidats devant la Cour Suprême à 323 406 voix (18,25%).

Mon adversaire Alain Dialeau est quant à lui crédité respectivement de 1 062 549 voix (39,72%) ramenées à 772 496 (43,60%).

Je n'ai pas arrêté de dire - dès lors que ma qualification a été assurée, car mon recours auprès de la Cour Suprême ne visait qu'à entériner le résultat de ce premier tour, de mauvaises langues affirmant que j'étais derrière Sylvia Touret -, que si mon score était faible au premier tour, c'est parce que mes militants n'avaient pas pu voter (du fait par exemple de bureaux de vote éloignés).

À mon initiative, la CENI a donc rajouté plus de 1000 nouveaux bureaux de vote, mais malheureusement cela ne créé pas d'électeurs supplémentaires, le nombre d'inscrits avoisinant les 3 780 000. Néanmoins, j'ai toujours dit et je dois donc le montrer, qu'avec la multiplication des bureaux de vote, les deux millions d'électeurs qui n'ont pu voter - peu importe les raisons - ou qui n'ont pas été pris en compte par la Cour Suprême, sont mes électeurs. Cette idée est d'autant plus plausible que tout le monde comprend aisément que Faranah, Kankan, Mandiana et Lola, dont les résultats ont été annulés, constituent mon fief. Il n'est pas utile de rappeler aux analphabètes, que la seule circonscription de Ratoma, qui a également été annulée, comprend quasiment autant d'électeurs - malheureusement qui me sont moins favorables - que ces 4 villes réunies. Ainsi même si mon adversaire garde intacts ses électeurs du premier tour, et même si on y ajoute les électeurs de ses alliés, en tout état de cause, ils ne dépasseront pas 1 600 000 voix.

Si j'arrive à obtenir ces deux millions de voix, c'est dans la poche. Je vous livre donc mes conseils en vue d'aboutir à ce résultat, et je sais compter sur votre patriotisme pour y arriver. De toutes façons, tout le monde comprend qu'on fait ce qu'on veut des chiffres, pourvu qu'ils assurent une légalité. Mon adversaire a perdu des voix (beaucoup plus que moi-même d'ailleurs), mais a augmenté son pourcentage, alors que pour moi, j'ai non seulement perdu des voix, mais également mon pourcentage. Allez-y comprendre quelque chose, sinon que tout le monde était contre moi, mais le scénario ci-après, que je vous ai ficelé, va vous réconcilier avec la politique. Vous savez par ailleurs, que je laisse à toute initiative locale, le soin de s'exprimer, donc ces techniques éprouvées, ne sont pas exhaustives.

Faire voter les absents du camp adverse pour notre camp

Comme je vous l'ai dit, j'ai déjà obtenu l'augmentation des bureaux de vote, ce qui expliquera une abstention nulle, en tous cas en Haute Guinée et en Guinée forestière. Il est même souhaitable que 100% des électeurs (même les culs de jatte) aillent voter, et évidemment on peut les y aider un peu éventuellement, en mettant une croix à la place d'une signature. Personne ne trouvera à redire, puisque les analphabètes procèdent ainsi, même ceux du Fouta. Notre différence avec eux, c'est que nous, nous allons pouvoir augmenter notre nombre d'analphabètes mécaniquement, alors que eux sont déjà « au taquet ».

Dans les nouveaux bureaux de vote qui se trouveront dans la brousse pour l'essentiel, on est à peu près sûr qu'on ne sera pas dérangé. Nos camarades ont fait ce qu'ils avaient à faire à Conakry, pour que les violences de la semaine dernière aient pour conséquence d'envoyer nos adversaires en week-end prolongé, au moins jusqu'au 8 Novembre. Ils seront évidemment libres de revenir ensuite. Ainsi les absents, les décédés, les abstentionnistes potentiels qui votent pour moi, pourront quand même exercer leur droit de vote, alors qu'il faudra appliquer à ceux de mon adversaire, le principe que « les absents ont toujours tort ».

Mais à Kankan et Siguiri, n'oubliez pas de faire signer quand même, quelques Dialeau en notre faveur, y compris ceux qui votent habituellement pour notre adversaire et qui ont préféré s'éloigner. Personne n'ira vérifier qui sont ces Dialeau, et si on nous pose des questions, on pourra toujours leur rappeler qu'il existe des Dialeau qui votent pour moi, car chacun sait que les peuls du Wassoulou n'ont de peul que le nom, et qu'ils sont complètement intégrés à l'Alliance Arc en Skaï (simili cuir) ou Sky. Il n'y a pas de petit profit, et chaque voix compte. Notre protégé de la CENI, Seyni K. a eu le temps de faire ce qu'il fallait au niveau des listes électorales, et quelques croix par ci, ou par là, ne feront de mal à personne, mais pourront nous faire du bien.

Assurer la sécurité et la nullité du vote de certains électeurs ciblés en Guinée orientale

Bien entendu, je compte sur vous pour décourager les initiatives intempestives de nos adversaires, si d'aventure nous devions rencontrer quelques irréductibles. Il faut les inciter à partir en week-end. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'il faut leur proposer des « promotions », mais vous devez être suffisamment persuasifs, pour qu'ils comprennent qu'ils feront une excellente affaire ce week-end et surtout le week-end prochain, s'ils profitaient de l'aubaine. N'hésitez pas à baisser les prix, ni à les sacrifier (euh les prix, ne vous méprenez pas quand même !).

Dans le pire des cas, si vous n'avez pas réussi à les décourager - je veux dire inciter nos compatriotes qui votent mal -, à partir en week-end, ou s'ils sont tellement nombreux (ou regroupés) que cela poserait problème, vous avez la possibilité d'installer leur bureau de vote dans l'enceinte d'une mosquée ou d'une garnison militaire. Vous pourriez les convaincre que dans ces lieux, ils ne risquent rien, soit parce que nous sommes musulmans nous-mêmes, et que nous ne nous attaquerons pas à une mosquée, soit parce que nous ne sommes pas fous à nous attaquer à la Fossepel, avec laquelle nous devons avoir d'excellentes relations (voir ci-après). Vu les tensions qui existent, c'est une idée qui peut leur plaire et les rassurer. Inutile de leur dire que l'article 64 du Code électoral interdit cette pratique, et que la Cour Suprême a même annulé un scrutin, au premier tour pour cette raison. Insistez seulement sur l'aspect sécurisé de leurs votes.

Limiter au maximum les votes de l'étranger

Lorsque les résultats de l'étranger, où j'aurais du faire un « carton », ont été publiés, chacun a pu se rendre compte du bien fondé (pour moi) de la limitation en nombre des électeurs guinéens de l'extérieur (100 000), dans la mesure où je n'ai obtenu qu'à peine 13%, contre près de 75% à mon adversaire. Il est tellement suffisant, qu'il a lui-même accepté cette limitation, sûr de sa victoire à l'intérieur du pays. Il a failli y arriver, mais je vous ai éclairé sur le pourquoi. Imaginez si ce nombre avait été multiplié par 10, ce qui constitue une estimation basse de la réalité !!! Il faut continuer à intoxiquer nos frères de la forêt, en leur racontant que les peuls du Nigeria, du Sénégal, du Cameroun, mais surtout du Mali et de Côte d'Ivoire vont débarquer. Tant qu'ils en sont persuadés, cela laisse notre alliance avec eux intacte.

En ne permettant pas à la diaspora de voter, soit par manque de moyens (cartes alphanumériques obligatoires cette fois) et en les prévenant au dernier moment (l'imbécile de Konaré a repoussé le deuxième tour d'une semaine), on peut espérer un taux d'abstention important, qui ne me sera pas préjudiciable.

Utiliser quand même les services de l'État partial

La décision du nouveau président de la CENI est de confier à la Fossepel, la sécurisation des PV, cette dernière étant chargée de transmettre physiquement les PV contenant les résultats à la CENI. Sans doute a t-il oublié que la Fossepel est un organisme qui dépend de l'État.

Beaucoup de nos adversaires ont protesté contre une implication accrue de l'État via le Matap, mais l'État revient par la petite porte, à travers la Fossepel. Cette structure n'est pas considérée par beaucoup (en fait nos adversaires) comme une structure républicaine, sa pratique de répressions ciblées (condamnées par l'ONU en constitue une illustration supplémentaire).

Nous, nous allons pas nous en plaindre, puisque la Fossepel a montré son efficacité, le vol des ordinateurs de la CENI en leur présence, ainsi que les incendies qui ont eu lieu dans leur propre fief, le démontre à souhait.

On peut même imaginer que les PV de Moyenne Guinée, pourraient s'égarer en route, ou tomber à l'eau, du fait de « perturbations » de quelques militants extrémistes isolés de l'UFDG, qui voudraient faire payer à la Fossepel, les bastonnades commises à Conakry ou ailleurs contre des membres de leur communauté. Je vais m'en entretenir avec JMD pour étudier la faisabilité de cette possibilité.

Non utilisation des nouvelles technologies et comptage manuel

Comme vous savez, j'ai exigé que le comptage des résultats soit manuel et non automatisé. Nous avons malheureusement perdu la présidence de la CENI avec Seyni K., mais il avait eu le temps de faire développer un programme informatique, qui nous aurait assuré sans heurt la victoire (c'est même le système le plus efficace), mais avec la nomination du général Sangarédi à la tête de la CENI, les 17 PC préparés ont été volés opportunément.

Le comptage manuel est un système non fiable car la CENI sera certainement en retard par rapport à nous dans la proclamation des résultats. Nous serons informés avant même que les PV n'arrivent à Conakry. Ainsi si tout va bien, nous pourrons proclamer notre victoire au plus tard dans les quarante huit heures, afin d'empêcher que notre adversaire prenne prétexte du non respect par la CENI, de la proclamation des résultats du scrutin dans les trois jours (article 182 du Code électoral), pour intenter un recours qui pourrait mettre en péril le scrutin.

A l'inverse, si les résultats ne nous étaient pas favorables, en concertation et en accord avec le gouvernement, nous pourrions faire état de fuites savamment orchestrées (n'oublions pas que Seyni K. est resté vice-président de la CENI), indiquant soit une avance confortable (tant que les résultats ne sont pas définitifs, personne ne pourra contester cette rumeur), soit en fonction des circonstances (ou des réactions) ma victoire. Le gouvernement pourrait déclencher alors parallèlement, une intense propagande continue et sur tous supports (TV, radio, presse, site web, déclarations officielles), telle que cette communication rende parfaitement inaudibles les résultats officiels de la CENI. Qui irait à l'encontre de nos militants et sympathisants faisant la fête, couplée aux nombreuses déclarations officielles ayant annoncé la victoire d'un candidat ? Même la Cour Suprême qui serait éventuellement saisie, ne remettrait pas en cause cette victoire officielle, quitte - rien n'interdit de rêver - à l'officialiser judiciairement.

En exigeant le comptage manuel (et donc accessoirement la transmission physique des PV), nous ne pouvons pas utiliser nos programmes informatiques « personnalisés », mais nous empêchons notre adversaire d'y recourir également et nous imposons par la même occasion, non plus les transmissions informatiques, mais physiques et cela fait toute la différence.

Un report au 7 Novembre gênant, mais nécessaire

Évidemment mon adversaire a rejeté la date du 31 Octobre, arguant d'une part de l'existence de listes électorales frauduleuses. Cela aurait pu constituer une autre possibilité de votes, mais avouez que celle que je vous ai décrite ci-dessus est moins sujette à polémiques. Il faudra aviser au cas par cas, si un mix est toutefois envisageable.

Mon adversaire indique également que des membres de sa communauté ont délaissé la Guinée de l'Est et du Sud-Est par peur d'intimidations. J'ai indiqué qu'au Fouta, mes cousines étaient venues en week-end à Conakry, mais qu'elles avaient laissé une procuration à leur maris qui sont restés au Fouta, et qui sont en bonne intelligence avec les « locaux », aussi bien nos alliés de l'UPR que nos adversaires de l'UFDG. La fièvre est retombée en Haute Guinée, et tous nos compatriotes peuvent évidemment rentrer.

Je leur conseille toutefois de ne le faire qu'à partir du début de l'autre semaine, car ce week-end avec la fête religieuse de la Toussaint (vous savez que beaucoup de nos frères forestiers sont catholiques), beaucoup de nos compatriotes se sont déplacés à Boffa, et ils ne rentreront que le week-end prochain. Il risque donc d'y avoir beaucoup d'embouteillages sur les routes le week-end du 7, d'où mon conseil à certains de nos compatriotes d'attendre le lundi 8 pour rentrer tranquillement à la maison.

En fait le général Konaré m'a expliqué que dans l'hypothèse, où nos adversaires seraient KO debout et accepteraient ma victoire, le tour est joué. À défaut si nos adversaires sont décidés à ne pas se laisser faire et sortent dans la rue, le gouvernement décrètera l'état d'urgence. Dans le meilleur des cas, les choses se calmeront, et le général Konaré pourra me confier le pouvoir, pour être en conformité avec la Communauté internationale qui exige un gouvernement civil.

Officiellement le général Konaré a pris en compte les sollicitations de mon adversaire pour retarder l'élection (ce qui ne m'arrangeait pas), mais il a besoin de temps pour mettre au point les scenarii de sortie de crise.

Dans le pire des cas, il est envisagé la continuation de cette transition (sorte de coup d'état pacifique), avec remaniement ministériel et recomposition de la CENI (en vue des législatives), où je dirigerai dans l'ombre (comme je le fais actuellement), en attendant que les choses se tassent. Mais on n'aura plus besoin de prendre les ministres que l'on ne veut pas, et évidemment on tendra la main aux autres pour qu'ils s'occupent d'élevage (logique !!!), de condition féminine...

De toutes façons, il n'est pas question que les autres nous prennent NOTRE bien. Eux ont l'habitude de travailler pour vivre (il faut donc qu'ils continuent ainsi), alors que nous sommes habitués à être assistés par l'État depuis plus de 50 ans (je suis bien placé pour le savoir), et il n'y a aucune raison que cela change.

La victoire est à nous

En définitive, ce que je vous ai sans cesse indiqué va enfin voir le jour, à savoir ma victoire. Elle a été longue à se dessiner, mais il faut toujours s'armer de patience, mère de toutes les vertus.

Ne laissez pas trainer ce courrier n'importe où (il n'est pas signé de toutes façons, et on pourra toujours dire que c'est de la propagande de notre adversaire pour nous nuire).

Dernier point : j'ai reçu un coup de fil urgent, témoignant d'une réunion secrète de nos adversaires, qui seraient déterminés à ne pas se laisser voler la victoire, car ils ont compris qu'ils en prennent au moins pour 20 ans (10 ans de Béta Conté + 10 ans de Konaré), si la constitution ne change pas, voire plus.... Bien que cela ne leur ressemble pas, habitués qu'ils sont davantage à courber l'échine, il ne faut rien laisser au hasard. Je m'en vais de ce pas réfléchir aux hypothèses nées de cette situation, et je ne manquerai pas de vous en tenir informés.

Prêts pour la révolution, euh, je veux dire vive l'Alliance Arc en Skaï.

Gandhi, citoyen guinéen

NB : toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Cependant, les statistiques montrant que 50% des personnes seulement possèdent le sens de l'humour au second degré (on peut donc réduire à 34% ce nombre dans la mesure où la langue maternelle des Guinéens n'est pas le français), c'est-à-dire capables de décrypter l'ironie ou la polysémie, il est donc nécessaire de signaler que ce texte est une illustration - pour des raisons que tout le monde comprend -, de ce qu'on appelle l'humour... noir. Du fait de l'existence de blessés et même de morts survenus récemment, on ne peut néanmoins qu'en rire... jaune.

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