Une courte leçon de transition venue de Niamey

Le Niger n’a pas suffisamment d’eau mais son armée nationale semble avoir de bonnes idées ! Le fleuve du même nom prend sa source dans la Dorsale Guinéenne mais fuit très vite son pays natal, la Guinée, pour inonder de ses bénédictions limoneuses certaines contrées ouest africaines. Les cours d’eau n’auraient-ils pas aussi le droit naturel d’émigrer pour fertiliser d’autres pays ?

Plus sérieusement, voyons le comportement des militaires nigériens obligés, par esprit républicain, de reprendre le pouvoir politique à une époque où le kaki n’a plus la cote.

La junte de Niamey fait le contraire de ce que pratique celle de Conakry. Comme celle-ci, plus ancienne et au patriotisme douteux, ne fait que du négatif on comprend aisément la sympathie dont bénéficie celle-la. Un coup d’état est toujours un « accident de parcours » dans la vie politique d’un pays et aucune constitution ne le prévoit d’ailleurs. Tout patriote souhaite toujours un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Mais il y a junte et junte ! C’est le tripatouillage de la constitution par M. Mamadou Tandja à des fins personnelles qui ont conduit son armée à rectifier le tir. En Guinée ce sont les membres de la junte qui tirent profit d’un système mafieux dont ils ne veulent pas voir la disparition. La différence entre les militaires de Niamey et les tirailleurs de Conakry ? C’est la même qui existe entre le jour et la nuit !

Parlons du jour. La junte du Niger a constitué rapidement un gouvernement de transition, pas trop lourd et pour une courte durée. C’est vrai que la structure du gouvernement aurait à gagner en intégrant, par exemple, le Ministère des Enseignements et celui de la Formation Professionnelle dans le grand Ministère de l’Education ou en fusionnant le Ministère de la Santé Publique et le Ministère de la Population. Mais ce n’est qu’un détail sans gravité. En revanche, les Nigériens ont un Ministère des Mines et de l’Energie et non, comme en Guinée, un minable ministère des «mines et géologie». Ils ont, en outre, eu l’intelligence de faire dépendre les Affaires Religieuses du Ministère de l’Intérieur.

Ce qui est encore encourageant, c’est le choix des membres du gouvernement. Le Niger (qui lui ne fait pas de distinction entre ses citoyens de l’intérieur et ceux de l’extérieur) a largement fait appel aux compétences de sa diaspora. Ainsi, Me Souley M. Abba (à ne pas confondre avec un éventuel «Cécé Haba») est un brillant avocat qui saura défendre les intérêts miniers de son pays. C’est un économiste, Badamassi Annou, qui est aux Finances et une diplomate, Touré Aminatou Maïga, aux Affaires Etrangères. Ce n’est pas un gouvernement de copains et de coquins mais une équipe compétente!

Autre remarque : sur les 20 membres du cabinet du PM Mohamadou Danda, on ne trouve pas moins de cinq femmes et seulement cinq militaires, ce qui est exceptionnel pour toute junte émanant de l’armée! Au fait, de par sa composition, le gouvernement nigérien est-il civil ou militaire ? Pour moi, il est plutôt civilisé ! L’action salutaire des militaires du Niger a été théoriquement condamnée, comme le veut la coutume, mais ce pays ne sera victime d’aucune sanction économique ou diplomatique. Le chef d’escadron Salou Djibo qui n’a constitué aucun cabinet parallèle, n’a pas cherché un « père » en la personne de papy Wade en quête permanente de «fils» dans la sous région et qui voudrait recueillir, en plus de Hissène Habré, Mamadou Tandja. L’encombrant Kadhafi qui a, en ce moment, d’autres «Suisses» à fouetter ne s’est pas précipité en catimini pour offrir sa traditionnelle aide à tout putschiste.

Parlons aussi de la nuit. Où en est-on en Guinée, pays par excellence de « Son Excellence » ? On se chamaille, on se canarde au sein même de ce qu’on appelle les «Forces Vives» où chacun croit  ne pouvoir servir son pays qu’en tant que Président de la République. Curieusement, on ne bavarde même plus ! Que fait Jean-Marie Doré après avoir pris tant de temps pour constituer son équipe ? Je ne vois aucun acte concret depuis sa prise de fonction. Silence étrange des uns, mutisme inquiétant des autres ! Chacun veut profiter au maximum de la place qu’il occupe avant de dégager. On ne veut pas de ceux qui « empêchent de piller en rond » comme si voler l’Etat c’était prendre sa part. On préfère le profit immédiat à la justice. Chaque exaction fait oublier la précédente. En effet, qui parle encore des victimes de juin 2006, de janvier et de février 2007 ? Des crimes de la « première République, Populaire et Révolutionnaire » ? A ce rythme d’amnésie on ne se souviendra même plus de ce qui s’est passé le 28 septembre (pas de l’année 1958 figé dans les manuels d’histoire, mais de 2009). Qui se préoccupe des étudiants guinéens abandonnés dans le royaume de «Mansa Mamady Wohroh » (le Roi Mohamed VI) ?

Le Niger ne fait de leçon à personne mais, par son expérience politique, il  donnerait des leçons à un pays comme le nôtre. En ce moment ce ne serait point exagéré de parler d’un certain bonheur d’être Nigérien.

Je vous salue.

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