Bon à savoir

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «ÊTRE DANS DE BEAUX DRAPS» ?

Lorsqu’une personne se trouve dans une situation peu enviable, on peut dire qu’elle est «dans de beaux draps». Une expression dont l’origine remonte à une tradition religieuse du Moyen Age.

A l’époque, le mot «drap» était utilisé pour ­désigner les vêtements. Or, la coutume obligeait les individus qui avaient commis un impair moral, en parti­culier un adultère, à porter des habits blancs lorsqu’ils se rendaient à la messe. Symbole de pureté, cette couleur était censée mettre en lumière la noirceur de l’âme du pécheur.

Se ­présentant ainsi en public, soumis aux critiques de tous, il reconnaissait ­officiellement son écart de conduite. Une situation très inconfortable pour cette personne qui était, comme on avait alors l’habitude de dire, «dans de beaux draps blancs».

Au fil du temps, cette pratique a disparu, tout comme la référence au «blanc», mais l’expression a perduré.

POURQUOI DIT-ON «CHACUN VOIT MIDI À SA PORTE» ?

Lorsque dans une discussion, chaque interlocuteur ne se préoccupe que de son propre point de vue et estime qu’il a raison, on dit parfois que «chacun voit midi à sa porte».

Une expression qui tire son origine de la manière de mesurer le temps à la campagne autrefois. Avant le XIXe siècle et la démocratisation des montres et des horloges, le clocher d’une église était le seul indicateur précis de l’heure.

Mais ceux qui habitaient dans des hameaux dépourvus de tels édifices devaient équiper leurs maisons de cadrans solaires. Ces dispositifs étaient souvent disposés au-dessus ou à proximité de l’entrée.

Or, en raison d’une mauvaise orientation ou d’une installation approximative, ces cadrans se révélaient parfois imprécis. Chaque foyer voyait donc midi à sa porte et ne se référait qu’à sa propre heure. Ce problème a inspiré l’expression actuelle, qui a subsisté depuis.

POURQUOI DIT-ON «MÉNAGER LA CHÈVRE ET LE CHOU» ?

Lorsqu’un individu se retrouve pris au milieu d’une dispute et qu’il ne veut vexer personne, il peut décider de «ménager la chèvre et le chou». Cette expression est apparue au Moyen Age. 

Elle fait en effet référence à une énigme très populaire à l’époque : un paysan cherchant à traverser une rivière en barque avec un loup, une chèvre et un chou. Mais ne pouvant en transporter qu’un à la fois, il doit prendre garde à ne pas laisser seuls la chèvre et le chou, ou la chèvre et le loup, au risque que l’un mange l’autre.

L’expression «savoir passer la chèvre et le chou», ou «ménager la chèvre et le chou», a donc vu le jour pour désigner une manière habile de veiller sur deux éléments opposés.

A noter qu’en Belgique, elle a même inspiré le terme «chèvrechoutiste», en référence à une personne qui tente de faire plaisir à tout le monde.

QUELLE EST L'ORIGINE DE L’EXPRESSION «SEMER LA ZIZANIE» ?

Lorsqu’un individu provoque une dispute entre plusieurs personnes, on peut dire qu’il «sème la zizanie», comme dans le célèbre album d’Astérix du même nom.

Une expression apparue dans le courant du XVIe siècle, au sein du monde agricole. A l’époque, la «zizanie» désignait en effet la plante de l’ivraie enivrante, aussi appelée zizanion en grec. 

Il s’agit d’une graminée sauvage considérée comme de la mauvaise herbe qui, si elle est consommée en petites quantités, peut provoquer des effets similaires à l'ivresse. Mais elle était redoutée par les paysans, car sa toxicité pouvait se répandre dans les champs de céréales.

Si un homme mangeait du pain préparé avec du blé ainsi «contaminé», il pouvait tomber très malade, parfois jusqu’à en mourir. «Semer la zizanie» pouvait donc avoir des conséquences désastreu­ses pour son entourage.

QUELLE EST L'ORIGINE DE L'EXPRESSION «PRENDRE SES CLIQUES ET SES CLAQUES» ?

Lorsqu’une personne s’en va très précipitamment en emportant avec elle toutes ses affaires, on dit parfois qu’elle «prend ses cliques et ses claques».

Une expression apparue dans la première moitié du XIXe siècle, qui était au départ principalement employée à la campagne. A l’époque, les «cliques» faisaient référence, en argot, aux jambes, probablement parce que ce terme désignait aussi, de manière un peu péjorative, les fanfares militaires.

De son côté, la «claque» était alors une surchaussure de protection que l’on enfilait au-dessus des souliers pour éviter de les salir en cas d’intempéries.

«Prendre ses cliques et ses cla­ques» était donc une métaphore qui signifiait prendre ses jambes et ses chaussures afin de partir sans attendre. Le sens  de la locution s’est ensuite élargi lorsqu’elle a été reprise dans le langage courant. 

POURQUOI PARLE-T-ON D’UN «HUIS CLOS» ?

Lorsqu’une action se déroule dans un lieu fermé entre des personnes isolées du monde extérieur, on parle parfois d’un «huis clos». Une expression apparue dans le courant du XVIe siècle.

Le terme huis (formé à partir du latin «ustium», qui signifiait ouverture) était alors utilisé pour désigner une porte de maison. A l’époque, lorsqu’une réunion avait lieu en petit comité et que les portes de la salle étaient fermées pour empêcher l’accès du public, on disait ainsi qu’elle se tenait à «huis clos». 

Si le mot huis a disparu du vocabulaire courant vers le XVIIe siècle, l’expression est restée et s’est également étendue aux domaines judiciaires (les procès) et sportifs (les matchs). 

A noter que le terme huissier a la même origine, car il désignait auparavant la personne chargée d’ouvrir et de fermer la porte du cabinet du roi.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION "ETRE MAL BARRE"

Lorsqu’une personne se trouve dans une situation qui s’annonce compliquée, on peut dire familièrement qu’elle «est mal barrée». Une expression dont l’origine provient du domaine de la marine.

Dérivé du latin «barra», signifiant «extrémité», le mot barre désigne en effet la pièce en bois ou en métal qui permet d’orienter le gouvernail. Dans le jargon des marins, on disait ainsi autrefois que le capitaine qui ne parvenait pas à garder le cap était «mal barré», car le bateau n’était pas bien orienté.

C’était souvent le cas lors d’une tempête où le vent et les vagues rendaient difficile la ­navigation. Le commandant et son équipage risquaient donc de prendre une mauvaise direction, voire de faire naufrage.

Puis, depuis le début du XXe siècle, l’expression a été reprise dans le langage courant, avec le sens figuré qu’on lui connaît aujourd’hui.

D’OÙ VIENT L’EXPRESSION «IL Y A DE L’EAU DANS LE GAZ» ?

Lorsqu’une discussion animée risque de tourner à la dispute, on dit parfois qu’il «y a de l’eau dans le gaz». Une expression dont l’origine remonte au début du XIXe siècle.

A l’époque, les logements commençaient en effet à être dotés du gaz de ville. Or, celui-ci était obtenu en distillant du charbon et avait pour particularité de contenir beaucoup de vapeur d’eau. Il arrivait ainsi régulièrement que des poches de liquide se forment dans les canalisations, au point de les obstruer, ce qui pouvait aller jusqu’à provoquer une petite explosion.

Lors de cet incident technique, on disait qu’il y avait «de l’eau dans le gaz». Cette locution a ensuite été reprise – avec humour – pour désigner une situation menaçant de dégénérer.

Et elle a perduré même si le gaz naturel a remplacé celui produit grâce au charbon dans le courant du XXe siècle.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «MI-FIGUE MI-RAISIN» ?

Lorsqu’une personne a un avis mitigé sur un sujet, il peut le définir comme «mi-figue, mi-raisin», c’est-à-dire aussi bon que mauvais.

Cette expression, apparue au début du Monde Age, est issue de la popularité des deux aliments. A l’époque, ils faisaient en effet partie des fruits secs le plus souvent consommés par les chrétiens lors du Carême.

Toutefois, le raisin était considéré comme un mets raffiné et donc très apprécié, tandis que la figue était beaucoup plus courante et bon marché, et que sa forme était souvent comparée à celle d’un excrément d’animal.

Il arrivait même que les marchands ajoutent des morceaux de figues, lourds et peu chers, dans les raisins secs qu’ils vendaient afin de duper les clients. On disait donc qu’une situation ou un comportement ambigu était «moitié-figue, moitié-raisin». Puis le terme «moitié» a été simplifié en «mi» au XVIIIe siècle.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «ÇA FAIT DES LUSTRES» ?

Lorsqu’on n’a pas revu quel­qu’un depuis très longtemps, on dit parfois que «ça fait des lustres».

Mais dans cette expression, contrairement à ce que l’on pourrait penser, le mot «lustre» n’a aucun rapport avec le luminaire imposant installé au plafond des châteaux et des belles demeures. L’origine de ce terme remonte en effet à la Rome antique.

A cette époque, le lustre était fréquemment utilisé comme  unité de temps, à l’instar des heures, des années ou des siècles. Un «lustrum» équivalait à un cycle de cinq années. 

Au terme de cette période, une grande cérémonie de «purification» des citoyens était organisée, au cours de laquelle on les aspergeait d’«eau lustrale», avant de procéder  au recensement de toute la population et à l’élection des censeurs.

Avec le temps, le sens exact du mot lustre s’est peu à peu perdu pour, de manière générale, désigner une longue période.

 

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «ÊTRE BARDÉ DE DIPLÔMES» ?

Lorsqu’une personne possède de nombreuses qualifications, on dit parfois qu’elle est «bardée de diplômes». Une expression qui provient du Moyen Age, et qui a trait au domaine militaire. 

A partir du XVe siècle, lors des combats et des tournois, les cheveux ont commencé à être équipés de «bardes», une carapace en métal qui complétait  l’armure des chevaliers. Elle tirait son nom de l’arabe «barda», qui faisait référence au bât, la couverture posée sous une selle pour préserver le dos de l’animal. 

Ainsi, «être bardé» signifiait être protégé contre le danger. Par extension, l’expression a été reprise dans le monde professionnel, en référence à quelqu’un dont l’avenir est sécurisé grâce à sa formation. 

Aujourd’hui, ce terme est également employé pour parler d’une viande «bardée» (entourée de lard) ou du «bardage» qui recouvre un bâtiment. 

L’origine de ces fameuses expressions : « Faire les quatre cents coups »

Quatre cents, cela semble beaucoup, alors d’où peut bien venir cette expression ? Son origine est singulière, car si elle renvoie à des faits historiques, l’expression est apparue bien après eux et de façon très fantaisiste.

Elle est liée à la période de guerre que Louis XIII menait contre les protestants, vers 1621. Après avoir vaincu la ville d’Agen, Louis XIII décida de s’attaquer à la ville de Montauban, érigée en véritable cité indépendante et dominée par les protestants. Le roi entama un siège près de la ville et, sur les conseils d’un alchimiste espagnol renommé, il décida de provoquer une grande peur, qui obligerait la cité à se rendre.

Il demanda alors à son artillerie de tirer simultanément quatre cents coups de canon sur les murs de la ville. Mais les Montalbanais, nullement impressionnés, résistèrent à l’attaque et firent même ensuite fuir l’armée royale qui les assiégeait. La légende raconte que les habitants de la ville étaient en train de festoyer lorsque les boulets se sont abattus sur la ville. C’est de là que proviendrait l’expression « faire les quatre cents coups », qui signifie donc « aller contre le sens moral et les convenances ».

Malgré la référence historique, et bien que l’expression provienne bel et bien du siège de Montauban, le récit est qualifié par les historiens de pure légende. D’une part parce que l’artillerie royale n’était composée que de 39 canons et non de 400 et, d’autre part, parce que la religion protestante était jugée trop austère pour que les habitants aient ainsi fait la fête.

Dans les faits, l’expression est née bien après ces événements. Une expression synonyme est même apparue au début du XIXe siècle dans les œuvres de Zola et Proust, qui mentionnent « faire les cent-dix-neuf coups ». Une preuve que le nombre réel de coups de canon tirés à Montauban reste flou …

QUELLE EST L'ORIGINE DU TERME «BOUCAN» ?

Lorsqu’un individu ou un groupe est très bruyant, on peut dire qu’il fait du «boucan».

Un terme dont l’origine remonte aux peuples qui habitaient les Caraïbes avant l’arrivée des Européens. Dans leur langue, ils utilisaient le mot «bokam» pour désigner le gril sur lequel la viande et le poisson étaient fumés.

Cette technique a ensuite été reprise par les nouveaux arrivants, souvent des déserteurs et des pirates, qui se sont installés sur place. Les premiers d’entre eux, établis à Saint-Domingue au XVIIe siècle et d’origine française, ont alors francisé «Bokam» en «boucan».

Or, ces aventuriers avaient très mauvaise réputation car ils aimaient manger, boire et faire beaucoup de bruit. Peu à peu, le terme «boucan» a fini par désigner le vacarme, de manière générale. A noter : aujour­d’hui encore, le fait de «boucaner la viande» consiste toujours à la fumer au feu de bois.  

POURQUOI DIT-ON «ÊTRE AU SEPTIÈME CIEL» ?

La joie, la satisfaction ou le plaisir sont parfois si forts qu’ils peuvent mener une personne «au septième ciel».

Cette expression remonte à l’Antiquité, quand les astronomes pensaient que la Terre était au centre du monde. Dans les croyances de l’époque, les corps célestes étaient alors représentées dans des sphères de cristal appelées ciels.

Le premier d’entre eux, le plus proche de la Terre, était représenté par la Lune. Suivaient Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et enfin Saturne, la plus éloignée, et donc la plus proche des étoiles et des dieux. Etre au septième ciel correspondait donc au fait de se trouver au plus près du bonheur absolu.

Cette théorie astronomique a, au cours des siècles suivants, été réutilisée dans de nombreuses religions. Elle a ainsi inspiré une expression, qui a perduré malgré les démonstrations scientifiques sur la place centrale du soleil.

POURQUOI DIT-ON «NE PAS ÊTRE DANS SON ASSIETTE» ?

Moral en baisse, fatigue, maladie… On dit parfois d’une personne en petite forme qu’elle «n’est pas dans son assiette».

Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, cette expression, apparue dans le courant du XVIe siècle, ne vient pas du monde gastronomique. Elle tire son origine de l'équitation.

Le mot «assiette» étant issu du verbe «asseoir», on disait ainsi d’un cavalier mal installé sur sa selle qu’il n’était «pas dans son assiette». Dans le langage courant, cette position désagréable a ensuite été employée pour indiquer une manière d’être, puis un état d’esprit.

Son sens actuel a notamment été popularisé par Michel de Montaigne (1533-1592) dans ses Essais, pour qui ne pas «être dans sa naïve assiette» signifiait ne pas se trouver dans un état idéal.

Par la suite, «l’assiette», en tant que position bien équilibrée dans l’air, a été reprise dans le domaine de l'aviation.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «EN SON FOR INTÉRIEUR» ?

Lorsqu’une personne mène une réflexion qu’elle ne partage avec personne, on évoque parfois son «for intérieur». Une expression qui tire son origine de l’Antiquité romaine. 

Ce «for» dérive en effet du latin «forum», qui désignait à l’époque la place publique. Mais le peuple s’y rassemblant pour régler les affaires de la cité, ce terme faisait aussi référence à une juriction. 

Ainsi, à partir du XVIIe siècle, le mot «for» a été repris pour désigner l’autorité spirituelle qu’exerçait l'Eglise sur les âmes de ses fidèles. Par extension, le «for intérieur» a désigné la responsabilité de chacun face à Dieu, puis plus largement le jugement de sa propre conscience.

A contrario, on parlait du «for extérieur» pour évoquer la responsabilité face à la justice civile. Cette dernière expression a depuis disparu, tandis que le «for intérieur» a totalement perdu sa dimension religieuse.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «ÊTRE AU BOUT DU ROULEAU» ?

Lorsqu’une personne est épuisée, aussi bien physiquement que moralement, on peut dire qu’elle «est au bout du rouleau». Une expression qui remonte au Moyen Age.

A l’époque, à la place des livres actuels, on utilisait des bâtons en bois ou en ivoire sur lesquels étaient enroulés des parchemins mis bout à bout, et que l’on appelait «roles».

Dans le domaine du théâtre, lors­qu’un comédien était peu important dans une pièce et avait donc un dialogue très réduit, on disait qu’il avait un «rollet», soit un petit «role» à apprendre.

DE «ROLLET» À «ROULEAU»

«Etre au bout du rollet» signifiait donc que l'acteur n’avait plus de réplique. Par extension, à partir du XVIIe siècle, l’expression a servi à désigner une personne n’ayant plus d’arguments, et donc démunie.

Enfin, c’est au cours du XIXe siècle que le terme «rollet» a été remplacé par celui, plus commun, de «rouleau».

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «SE TENIR À CARREAU» ?

Lorsqu’une personne prend bien garde à rester calme et discrète, comme des enfants sages dans une classe, on dit parfois qu’elle se «tient à carreau».

 Une expression apparue dans le courant du XIXe siècle, dans le langage des forces de l'ordre. Le mot «carreau» faisait en effet référence, dans l’argot des policiers, au domicile d’une personne, la «carrée» ou la «carre» désignant sa chambre.

Ainsi, les agents disaient couramment qu’un individu qu’ils surveillaient «se tenait à carreau» pour signifier que leur cible se terrait tranquillement chez elle afin de se faire oublier.

Cette explication est appuyée par l’utilisation à cette époque du verbe «se carrer», qui était employé comme synonyme de «se mettre à l’abri». Puis, le sens de cette expression s’est élargi en même temps qu’elle était reprise dans le langage courant.

POURQUOI DIT-ON «MENTIR COMME UN ARRACHEUR DE DENTS» ?

Si cette expression désigne aujourd’hui un incorrigible menteur, elle a d’abord eu un sens plus littéral.

Au Moyen Age et jusqu’au XVIIIe siècle, les tout premiers dentistes recevaient leurs clients directement dans la rue. Ces «arracheurs de dents», comme ils étaient appelés à l’époque, inspiraient de nombreuses craintes aux patients, tant les soins qu’ils leur prodiguaient étaient rudimentaires et douloureux.

La tradition voulait même que ces soignants fassent appel à des musiciens, dont le rôle consistait à faire le plus de bruit possible à proximité, en jouant du tambour et de la trompette, afin de couvrir les cris de souffrance des malades.

L’objectif étant de tromper les passants, à qui ces «arracheurs de dents» promettaient une médecine sans douleur. Un véritable mensonge, ces derniers opérant le plus souvent à vif, qui a fait naître l’expression que l’on connaît aujourd’hui.

QUELLE EST L'ORIGINE DU TERME «CHÔMAGE» ?

Lorsqu’un salarié perd son emploi, on dit qu’il est au «chômage». Un terme dont l’origine remonte au Moyen Age.

Dès le XIIe siècle, le mot «chômer», tiré du latin «caumare», était en effet employé pour désigner un temps de pause que les hom­mes – et le bétail – prenaient en cas de forte chaleur.

Puis son sens s’est élargi progressivement pour faire référence à tous les types de repos, volontaires ou forcés (maladie y compris), ainsi qu’aux dimanches et aux jours fériés où les fidèles ne travaillaient pas et allaient à l’église. On disait alors qu’on «chômait un jour».

Ce n’est qu’à partir du XIXe siècle que le "chômage" a fini par prendre le sens social qu’on lui connaît, notamment après une grave crise économique en 1846-1847. Celle-ci a mis plusieurs milliers d’ouvriers sur le carreau, qui ont ensuite participé à la révolution de 1848 contre la monarchie de Juillet.

POURQUOI DIT-ON «EN ESPÈCES SONNANTES ET TRÉBUCHANTES» ?

Lorsqu’une personne utilise de l’argent liquide pour régler une note, on peut dire qu’elle paye en espèces «sonnantes et trébuchantes».

Une expression dont l’origine remonte au Moyen Age. A l’époque, les ­espèces désignaient les pièces de monnaie métalliques. Pour s’assurer qu’elles n’étaient pas fausses, il ­fallait d’abord vérifier la qualité de leur alliage. On écoutait donc le bruit qu’elles produisaient en les laissant tomber sur une surface dure. Un son clair et cristallin était gage de qualité.

Ensuite, on évaluait leur poids grâce à un trébuchet, une petite balance ancienne à plateaux qui servait aux orfèvres à peser les métaux précieux. Les pièces neuves et authentiques étaient plus lourdes que les fausses ou les usagées.

Ainsi, régler en  espèces «sonnantes et trébuchan­tes» était alors synonyme d’effectuer un paiement honnête.

QUELLE EST L'ORIGINE DE L'EXPRESSION «TOMBER DANS LE PANNEAU» ?

Lorsqu’une personne crédule est victime d’un piège sans s’en rendre compte, on dit parfois qu’elle «tombe dans le panneau»

Contrairement à ce qu’on peut penser, cette expression n’a aucun lien avec les symboles de signalisation ou la publicité. En effet, son origine remonte au Moyen Age, et plus particulièrement au domaine de la chasse.

Au XIIIe siècle, le panneau, dérivé du latin «pannellus» (morceau d’étoffe), faisait référence à des filets de ce type, que les chasseurs tendaient verticalement pour capturer le petit gibier, sans avoir à l’approcher. 

Des animaux sauvages, comme des lapins, des renards ou même des oiseaux, étaient souvent trompés par cette ruse et se retrouvaient ainsi prisonniers de ces «panneaux». L’expression a ensuite progressivement quitté le jargon de la chasse pour s’étendre au langage courant.

POURQUOI DIT-ON APPRENDRE «PAR CŒUR» ?

Pour préparer un examen, certaines connaissances nécessitent d’être apprises «par cœur». Cette expression, apparue dans le courant du XVIe siècle, tire son origine d’une croyance de la Grèce antique.

A l’époque, les médecins considéraient en effet le cœur comme étant le centre de la conscience humaine. C’était donc lui qui renfermait le courage (les deux mots ont d’ailleurs la même racine), mais aussi l’intelligence et la mémoire.

Au fil du temps, malgré les progrès de la médecine, l'organe est longtemps resté associé à l’esprit. Si bien qu’au Moyen Age, faire quelque chose «par cœur» signifiait le réaliser par la pensée. Par exemple, «dîner par cœur» signifiait sauter un repas.

C’est finalement Rabelais (1494-1553) qui a popularisé la formule «savoir par cœur» dans Pantagruel. A noter qu’en anglais, on dit également «by heart».

POURQUOI DIT-ON «MONTER SUR SES GRANDS CHEVAUX» ?

Lorsqu’une personne s’énerve et hausse le ton pour défendre son point de vue, on dit parfois qu’elle «monte sur ses grands chevaux». Une expression dont l’origine remonte au Moyen Age.

A cette épo­que, on choisissait en effet son cheval en fonction de l’activité que l’on comptait effectuer. Le majestueux palefroi servait par exemple pour les parades, le robuste roussin pour les travaux dans les champs et le courageux destrier pour les tournois et la guerre.

Ce dernier, le plus réputé, était perçu comme plus puissant et plus grand que les autres. Ainsi, «monter sur ses grands chevaux» désignait le fait de partir au combat avec fougue en chevauchant les montures les plus imposantes.

Mais à partir du XVIe siècle, cette idée d’ardeur a progressivement été remplacée par la colère et l’agressivité, tandis que la bataille s’est déplacée sur le terrain des idées.

POURQUOI PARLE-T-ON D'UN «BRANLE BAS DE COMBAT» ?

Lorsqu’un groupe prépare une action ou réagit dans la précipitation, on peut parler d'un «branle-bas de combat».

Une expression, issue du monde de la marine, qui date du XVIIe siècle. A cette époque, le mot «branle» désignait le hamac qui faisait office de lit pour les matelots présents sur les navires. Ces couchages étaient accrochés un peu partout sur le bâtiment, et notamment sur le pont du bateau.

En cas d’attaque ennemie, les marins devaient alors "mettre à bas" leur hamac, c’est-à-dire le décrocher, pour débarrasser l’allée. Ce «branle-bas de combat», sonné au clairon et à l’origine d’une forte agitation, permettait de laisser la place aux canons, afin de pouvoir riposter le plus rapidement possible à l’ennemi.

L’expression s’est peu à peu élargie à d’autres domaines, rentrant dans le langage courant au cours du XIXe siècle.

POURQUOI DIT-ON «MENER EN BATEAU» ?

Lorsqu’une personne utilise des stratagèmes pour en tromper une autre ou lui faire croire quelque chose, on peut dire qu’elle la «mène en bateau». L’origine de cette expression remonte au Moyen Age. 

Elle découle en effet du mot «bateleur» (de l’ancien français «baastel», tour de passe-passe), qui désignait à l’époque un saltimbanque.Divertissant les passants grâce à leurs tours d’adresse, ces bouffons étaient réputés pour leur habileté à tromper les spectateurs.

Puis, en raison de leur ressemblance phonétique, le terme «bateleur» s’est progressivement confondu avec celui de «batelier», qui fait  référence au capitaine d'un navire fluvial. 

A tel point que lors­qu’un filou réussissait par ruse à emmener sa victime dans son piège, on a fini par dire qu’il la «menait en bateau». L’expression s’est ensuite généralisée.

POURQUOI PARLE-T-ON DE MESURES «DRACONIENNES» ?

Lorsqu’une situation grave nécessite une réaction très forte pour y remédier, on dit parfois qu’il faut prendre «des mesures draconiennes».

Une expression dont l’origine remonte à l’Antiquité grecque, et qui fait référence à Dracon, un ­célèbre législateur athénien. En 621 av. J.-C., celui-ci a rédigé de nouvelles lois et a décidé de les faire graver sur des stèles placées dans les rues, afin que nul ne les ignore, dans cette ville habituée aux coutumes verbales.

Or, ces textes étaient d’une grande sévérité : le moindre vol pouvait par exemple être puni de mort. En ­raison de ces sanctions très dures, la réputation de ce juriste redouté a fini par s’étendre à travers toute la Grèce, jusqu’à ce que son nom donne naissance à un adjectif : «draconien».

Si ses lois ont depuis été changées, elles sont restées dans l’Histoire pour leur caractère excessif.

POURQUOI DIT-ON «SE CROIRE SORTI DE LA CUISSE DE JUPITER» ? 

Lorsqu’une personne est prétentieuse et imbue d’elle-même, on dit parfois qu’elle «se croit sortie de la cuisse de Jupiter». Cette expression tire ses origines de l’Antiquité. 

Dans les mythologies gréco-romaines, le dieu de la vigne Dionysos (Bacchus pour les Romains) est issu d’une relation extraconjugale entre Zeus (Jupiter) et Sémélé, une mortelle. Mais en se montrant à elle sous sa vraie forme, Zeus provoque sa mort. 

l extrait ensuite l’enfant pour le placer dans sa propre cuisse. Ceci devait  lui permettre de le protéger de la  jalousie de sa femme légitime, Héra (Junon), jusqu’à sa naissance. Le bébé jouissant de la protection divine est ensuite né trois mois plus tard, parfaitement formé.

Ainsi, au fil du temps, on a créé l’expression «se croire sorti de la cuisse de Zeus/Jupiter» pour se moquer des personnes qui se pensent aussi exceptionnelles qu’une divinité. 

QUELLE EST L'ORIGINE DE L'EXPRESSION «BOUC ÉMISSAIRE» ?

On dit souvent d’un coupable idéal, à qui tous les torts sont attribués même s’il est en partie ou totalement innocent d’un méfait, qu’il sert de «bouc émissaire». L’origine de cette expression est religieuse. 

Selon l’Ancien Testament, chaque année à l’occasion de Yom Kippour (le jour du grand pardon chez les juifs), le grand prêtre de Jérusalem choisissait un bouc en le tirant au sort.

Il appuyait alors ses mains sur la tête de l’animal afin de lui transmettre tous les péchés du peuple d’Israël, avant de le chasser vers le désert et le démon Azazel. Le bouc émissaire (du latin «emittere», envoyer) emportait ainsi avec lui les fautes et les maux des autres pécheurs au loin, vers une mort inéluctable.

Ce rituel a ensuite inspiré une  expression qui a fini par être reprise dans le langage courant vers la fin du XVIIe siècle.

POURQUOI PARLE-T-ON D'UN «SECRET DE POLICHINELLE» ?

Lorsqu’une information censée être cachée est en réalité connue de tous, on dit parfois qu’il s’agit d’un «secret de Polichinelle». Une expression qui tire son origine du théâtre italien. 

Elle fait référence à un personnage de la commedia dell’arte : Polichinelle, inventé au XVIe siècle. Incarné par un comédien ou une marionnette, il est représenté par un valet au physique disgracieux, vêtu de blanc et portant un masque avec un long bec noir.

Polichinelle est si bavard qu’il n’hésite pas à révéler les secrets des uns et des autres pour faire la conversation, tout en demandant de ne pas en parler à autrui. Une personne qui s’est confiée à lui est ainsi persuadée que son secret est bien gardé alors qu’il est connu de tous.

Le personnage est ses facéties étaient si populaires qu’elles ont donné naissance à une expression en Italie («segreto di Pulcinella»), reprise en français au XIXe siècle.

D’OÙ VIENT L’EXPRESSION «AVOIR MAILLE À PARTIR» ?

En cas de différend, parfois violent, avec une autre personne, on dit parfois qu’on «a maille à partir» avec elle. 

Une expression apparue dans le courant du XVIIe siècle, et qui tire ses origines des dilemmes liés au partage de l’argent au Moyen Age. A cette épo­que, la «maille» désignait en effet la plus petite pièce de monnaie en circulation, faite de bronze, qui valait la moitié d’un denier et le vingtième d’un sou.

Ainsi, quand deux personnes avaient «maille à départir», cela signifiait alors qu’elles devaient diviser la valeur de cette pièce en deux, ce qui reviendrait aujourd’hui à diviser un centime. Cette opération quasi impossible pouvait donc entraîner des conflits.

Le mot «départir», synonyme de partager, s’est ensuite transformé en «partir» au fil du temps, pour donner à l’expression sa forme actuelle.

D'OÙ VIENT L'EXPRESSION «DÈS POTRON-MINET» ?

Lorsqu’on fait quelque chose aux toutes premières heures de la journée, on dit parfois «dès potron-minet». 

Une expression apparue au XVIIe siècle, mais qui se disait alors «dès potron-jacquet». Dans le dialecte normand, le «jacquet» faisait autrefois référence à un écureuil. Un animal qui se levait à l’aube pour chercher sa nourriture.

Le terme «potron» trouve ses origines dans l’ancien français «poistron», issu du latin «posterio», qui désignait le postérieur. Ainsi, lorsqu’un écureuil levait son arrière-train pour se mettre en quête de son petit déjeuner, le soleil ne tardait pas à pointer.

Puis, avec le temps, la queue en panache de l’écureuil a fini par être remplacée au XIXe siècle par celle du minet, nom donné dans le langage familier à petit chat A l’instar de l’écureuil, cet animal de compagnie est en effet réputé pour être actif dès le lever du jour.

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