A PROPOS DE L'ARTICLE DE MAMADOU BARRY

.  Capitaine Moussa Dadis Camara: Un homme compris du peuple, mais pas des cadres

Je demeure perplexe après la lecture de ce texte de Mamadou Barry, en considérant qu'il fait positivement des propositions constructives mais n'a pas évité ce penchant de certains cadres guinéens à l'autoflagellation. En effet, pourquoi cette opposition négative du peuple et des cadres? Mamadou Barry, en tant que cadre, a-t-il vraiment quelque chose à se reprocher dans le naufrage de la Guinée de 1958 à 2008? Ceux qu'on désigne globalement comme cadres n'ont-ils pas subi eux aussi, tout au long des cinquante années de braises, les méfaits de ceux que Barry appelle l'intelligentsia? Des ignares qui n'ont eu que la barbarie comme référence pour diriger notre pays, méritent-ils d'être appelés intelligentsia du pays? A ce que nous savons, l'intelligentsia correspond à l'élite intellectuelle de la nation qui réfléchit sur le champ scientifique et la problématique de la nation. Ce ne sont pas les logorrhées et les phraséologies interminables et sans signification pour le Guinéen lambda, qui ont été déversées sur la Guinée pendant un demi-siècle, qu'on peut parler d'intelligentsia. Ceux qui pouvaient en faire office, existaient déjà, certes en petit nombre, à la date de notre indépendance. Mais ils ont été poursuivis, que dis-je, pourchassés, jetés dans des ergastules de sinistres renoms dont Boiro et massacrés pour la plupart. Est-il donc besoin de rappeler que l'itinéraire douloureux du peuple guinéen a bel et bien été partagé par les vrais cadres guinéens?

Les quelques cadres opportunistes qui se sont mis au service des deux dictateurs qui ont régné sur la Guinée pour exploiter le pays ne peuvent pas être représentatifs de l'ensemble des cadres guinéens. Quand je dis exploiter le pays, il s'agit bien d'une réalité de la première à la seconde République car en dehors du discours théorique, qui s'est concrètement attaché au bien-être du peuple guinéen?... Un peuple ne vit pas que de mots mais aussi d'eau, de riz , d'électricité, de soins, d'éducation et j'en passe.

Sous la Première République, l'exploitation minière, notamment celle de la bauxite, avec la participation du capital étranger, était déjà à plein rendement à partir des années 60 à Fria et à Kindia, la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) viendra s'ajouter à ces deux centres de bauxite. La production de bauxite passe de 8,930 millions de tonnes à 10,572 millions de tonnes de 1976 à 1982. Au cours de la même période, les exportations passent de 9,075 millions de tonnes à 10,10,432 millions de tonnes. La production de l'alumine qui avait commencé dès le début des années 60 , plaçait bien la Guinée parmi les principaux producteurs d'alumine ( Australie, Guinée, Guyane, Jamaïque, Surinam, Yougoslavie), du milieu des années 60 au début des années 80. Cette position conduisait la Guinée à jouer un rôle non négligeable au sein de l'Association Internationale de la Bauxite (AIB) au cours des années 70.

L'exploitation de l'or, de diamants etc, ajoutée aux apports financiers de la bauxite et de l'alumine ont permis à la Première République de mener sa politique de répression massive (police nombreuse, légions d'espions aux trousses des Guinéens à l'intérieur comme à l'extérieur), politique de financements de grand seigneur vis-à-vis de mouvements de libération de pays largement en avance , aujourd'hui sur la Guinée. Voilà comment était, en partie, dépensée la richesse de la nation guinéenne au détriment de sa population.

Enfin, la destruction des ressources forestières (bois tropicaux) par la construction d'usines bidons comme l'Usine de Sciage et de Contreplaqués de Nzérékoré (USCZ), etc. On pourrait multiplier dans d'autres secteurs les gaspillages des ressources naturelles de 1958 à 1984. Et les bras vous en tombent quand vous entendez des Guinéens affirmer, sans ciller, que la Première République avait conservé intactes les ressources naturelles de la Guinée. Cette appréciation semble faussée par le fait que les voleurs et les pilleurs de l'Etat étaient moins nombreux, plus discrets et plus tenus en laisse par le Responsable Suprême de la Révolution. Autrement comment expliquer que nul ne peut montrer d'impacts bénéfiques de toutes les exploitations minières et autres sur le développement économique et social en Guinée? Certes, j'ai fait allusion aux dépenses somptuaires de toutes sortes qui ont englouti une partie de nos richesses, mais les constructions de villas de luxe de l'encadrement politique du pays date de cette époque 1958-1984.

Sous la Deuxième République, le Chef d'orchestre du pillage du pays, au grand jour, va être le chef de l'Etat lui-même. L'exemple venant d'en haut, les gênes devant le magistrat suprême et les foudres qu'il pouvait brandir s'affaiblissaient d'année en année au vu des pourcentages qu'il pouvait percevoir sur les affaires de ceux qui géraient l'Etat. Cela avait commencé par le bradage de l'appareil productif, autrement dit des entreprises d'Etat léguées par le régime renversé en 1984.Elles étaient d'ailleurs, toutes en déconfiture, si je m'en tiens au document déjà établi en décembre 1983, intitulé « République de Guinée -Ministère de l'industrie, avril 1984 » et que j'ai eu en mains. Cette évolution, sur la période 1984-2008, avait pris une telle ampleur dans le pillage économique , que par comparaison avec la période précédente , des gens ont eu tendance d'atténuer les prévarications de 1958 à 1984.

Sous les deux régimes, des cadres se sont redus coupables de connivence avec les pouvoirs en place. C'est un des fondements de l'attachement d'un grand nombre de Guinéens à l'action du Président Moussa Dadis Camara et du CNDD qui déclarent remettre toute cette situation au clair. Ceux qui sont dans la disposition d'esprit que la Guinée a besoin d'être « nettoyée », ont mon soutien. .Et il se trouve quelques uns pour me dire: « tu fais un appel au soutien au CNDD sans condition ». Comme c'est touchant de naïveté, une telle injonction. Suis-je l'envoyé d'un auguste cénacle? D'abord, je dirais que je ne suis l'envoyé de personne pour des négociations avec conditions à l'appui de ma mission. Ensuite, j'écris en citoyen libre qui sait aussi qu'en soutenant le CNDD, il reste vigilant sur ce qui pourrait annoncer des dérages que les Guinéens ont connus après 1958 et encore après 1984.

Pour terminer ces remarques à Mamadou Barry, j'ai envie de dire qu'en face de tous qui ont trahi le peuple guinéen par des comportements utilitaristes, la mésaventure de la Guinée de ces cinquante dernières années me fait penser au récit de Prosper Mérimée dans Tamango. (1829). C'était l'époque où des négriers européens se rendaient en Afrique pour capturer ou acheter des esclaves à des trafiquants locaux. Tamango, guerrier de la côte africaine était l'un de ces trafiquants. Après avoir vendu des esclaves à des négriers, il est amené par des circonstances à monter sur le brick de la traite de ses clients déjà chargé d'esclaves pour les Amériques. Ceux-ci, le sentant ivre d'eau-de-vie se saisirent de lui et le mirent dans les fers comme ceux qu'il avait vendus. Ils en firent un esclave à vendre aux Amériques. En pleine mer, ayant complètement repris ses esprits, il redevint le leader qu'il était sur le contiment. Il fomenta une révolte en promettant à la foule d'esclaves qu'il était capable de les délivrer et de les ramener chez-eux. Mais la révolte échoua dans le désespoir des esclaves en plein océan agité. Ceux-ci se mirent à vociférer tous ensemble contre Tamango:

«  Perfide! Imposteur!, s'écriaient-ils, c'est toi qui as causé tous nos maux, c'est toi qui nous as vendus aux Blancs, c'est toi qui nous as contraints de nous révolter contre eux. Tu nous avais vanté ton savoir, tu nous avais promis de nous ramener dans notre pays. Nous t'avons cru, insensés que nous étions! Et voilà que nous avons manqué de périr tous... »

Oui! comme ces esclaves en perdition, la Guinée a manqué de périr par la mégalomanie du premier Président, Sékou Touré, entouré de quelques cadres courtisans et arrivistes qui s'étaient coupés du peuple.

Oui! La Guinée a manqué de disparaître sous l'affairisme, la corruption et les miasmes des produits stupéfiants de la deuxième République de Lansana Conté entouré de cadres serviles qui n'avaient pour ambition que de brouter dans les caisses de l'Etat.

Mamadou Barry, vous comparez-vous à cette espèce de cadres pour vous ranger à leur côté et considérer que l'intelligentsia guinéenne s'est coupée du peuple? Je crois que d'autres intellectuels guinéens n'acceptent pas d'être rangés dans ce panier de crabes. Ils acceptent tout au contraire la réussite de la transition en cours en Guinée et ne sont donc pas opposés à Moussa Dadis Camara et au CNDD.

                                               Ansoumane Doré

                                              (Dijon, France)

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Commentaires (1)

1. oprah 22/09/2009

I haven't been to your site for quite a long period of time and at last visited it! Needless to say, you are good at what you do, I always read all your articles with pleasure. With the numerous blogs, forums and social sites I usually find by means of http://rapid4me.com SE, it is not always easy to find really worthy info! Thanks!

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Nous sommes le . Merci pour votre visite sur www.anouslaguinee.com site d'informations crédibles et d'analyses objectives

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×