Elu président de la République de Guinée en 2010, Alpha Condé était présent mercredi à Genève à l’occasion de la célébration des 10 ans du Cercle Diplomatique de Genève. Ce dernier devait également rencontrer l’Organisation mondiale de la santé, pour la «remercier suite à son intervention» lors de la récente crise du virus Ebola. Egalement au programme, un déjeuner avec des hommes d’affaires – du secteur des matières premières ou de l’agroalimentaire, notamment.
Sa rencontre a notamment l’occasion de faire le point sur le conflit entre Conakry et le groupe minier BSGR. Accusé de corruption par les autorités, ce groupe lié à un milliardaire installé à Genève, Beny Steinmetz, s’est vu retiré au début du mois ses concessions sur un gigantesque gisement de fer. «Alpha Condé veut voler nos avoirs et les distribuer à ses amis» accusait Beny Steinmetz il y a quelques mois. Son partenaire sur ce projet, le géant brésilien Vale, qui n’a pas été mis en cause, a également perdu sa concession.
Le Temps: De tristes circonstances – la crise sanitaire liée au virus Ebola – ont placé la Guinée sur le devant de la scène ces dernières semaines. Comment le pays fait-il face?
Alpha Condé: Il y a eu une exagération de la part d’organisations qui, pour attirer les fonds, ont parlé rapidement d’épidémie. En tout et pour tout, il y a eu 61 décès. Ceux qui sont contaminés son en quarantaine. On suit tous les jours ceux qui ont été en contact avec ces derniers et il n’y a plus eu de nouveaux cas. Le Sénégal a annoncé aujourd’hui la réouverture de ses frontières.
– L’autre affaire faisant parler de la Guinée tient au retrait des droits miniers du groupe BSGR. Ce dernier parle d’expropriation, de coup monté…
– La situation est la suivante. Nous procédons à une revue générale des contrats miniers signés avant mon arrivée au pouvoir, afin de renforcer l’Etat de droit et la transparence. Elle n’est dirigée contre personne: nous avons ainsi récupéré plus de 800 concessions. Certaines étaient ainsi – depuis dix ans – aux mains d’investisseurs qui n’y avaient jamais mis les pieds… tout en gagnant de l’argent en les plaçant dans des sociétés cotées à Londres. Nous avons retiré des permis dans le domaine du minerai de fer, mais aussi de la bauxite et du diamant. Le fait est que la Guinée a longtemps été présentée comme un scandale géologique. Nous aurions dû être le premier pays de l’Afrique de l’Ouest. Nous sommes le dernier. Nos richesses n’ont donc servi à rien? Aujourd’hui nous voulons une coopération avec les sociétés minières qui leur permettent de gagner de l’argent… en développant des richesses – nos richesses – qui permettront à la population guinéenne de se développer.