Alpha Condé, ou erreur de casting

Les guinéens ont porté leur confiance sur un homme d’exception pour diriger le pays durant les cinq années à venir.
A tort ou à raison, le choix sur la personne de Mr Condé est-il judicieux ? Comme on ne le dit pas assez, il y a ce qu’on appelle en matière de démocratie la majorité négative.

Et si les guinéens se sont trompés ?
Déstructuration de l'administration publique, violation de la constitution, attribution des marchés gré à gré, ethnisation du débat, politisation du commerce…
« Exactement trois mois après cette prestation officielle de serment, en s'amusant à récapituler les multiples parjures du Professeur- Président, on arrive à se demander ce qui pourrait advenir des violations continuelles des lois de la République, si on ne fait pas subir à Alpha Condé la rigueur de la Loi, conformément à la constitution… » Dira un de nos confrères.
Son élection dérange et son passé à l’étranger ne lui a pas donné l’expérience administrative requise. Celui qui a connu les geôles de Conakry et les tracasseries des régimes défunts, a t-il une vision messianique du pouvoir pour s’y être accroché jusqu’à’ à l’obtenir ?
d’autres même vous diront que ce n’est que justice rendu à un homme qui avait remporté le scrutin de 1993 devant le feu général Conté.
Mais qu'en est- il depuis la prestation du serment du 21 décembre 2010 au palais du peuple de Conakry ?
Pour beaucoup d’observateurs, Alpha Condé reste une énigme, à cause de sa personnalité et son tempérament inassouvis du pouvoir. En quelques temps record, il a mis sur place un gouvernement pléthorique et budgétivore, alors que les besoins sociaux de base manquent cruellement, l’électricité, l’eau, la couverture sanitaire…Pis l’homme fort de guinée multiplie les bourdes constitutionnelles, la dernière, le remplacement des bureaux communaux des localités de Kaloum, Dixinn, Ratoma par des commissions spéciales (Sic !).
Beaucoup de guinéens redoutaient cette période, les hommes de mains de la présidence sont les anciens caciques du pouvoir du feu Général Lansana Conté, tous des fossoyeurs de l’économie à la solde d’une mafia et d’une corruption. Et ce sont ces hommes qui l’ont porté à la magistrature suprême. Mais l’heure est à la récompense électorale.
A chacune de ses sorties, le discours est biaisé et très populiste, le citoyen lambda guinéen voit de loin son espoir disparaitre de jour en jour. Partout dans le pays, l’inflation est galopante, la monnaie glisse, et la pauvreté à chaque coin de rue.
Laissant le soin à son premier ministrable, Saïd Fofana, dont le discours sur la politique générale du gouvernement laisse plus d’un sur sa faim, Le professeur-président multiplie des sorties entre le Sénégal, le Faso, Addis Abeba, Luanda et Paris, au frais du contribuable guinéen. Alors qu’il na effectué qu’un seul déplacement à l’intérieure du pays, précisément à Kindia, une sorte de ville périphérique de Conakry (à moins de 100 km de la capitale).
En trois mois tous les changements opérés sont quasi insignifiants, suppression de l’impôt de capitation (une violation de la constitution, car l’acte revient à la Commission Nationale de Transition, organe qui remplace l’assemblée nationale), la suppression des barrages routiers, la subvention du riz et des poissons pour juguler une pénurie dit- on.
Mais en réalité, ce sont les prix qui posent problèmes au panier de la ménagère, dans un pays où on vit avec moins de 1$ par jour.
Il n y a pas longtemps celui qui qualifiait son adversaire politique d’être pris dans le piège de certains opérateurs économiques véreux, risque d’être concerné à son tour dans le choix des décisions hautement stratégiques, sans qu’on ne voit derrière, une position électoraliste.

Dans les banlieues de Conakry et à l’intérieure, les populations croient encore à cet leitmotiv de campagne du professeur-président « le changement ». Mais beaucoup n’espèrent pas plus que ce qui a caractérisé la guinée (impunité, corruption, clientélisme, régionalisme) avec ces mêmes hommes qui ont gravité autour des anciens régimes.

Quelques soit l’option politique choisie, les 100 premiers jours de Alpha Condé sont loin d’être encourageant, le tissu social s’est effrité, l’ethno-stratégie adoptée par les deux camps laisse encore des traces dans les mentalités. Des tactiques politiques qui ne sont pas sans conséquences.
Comme si cela ne suffisait pas, le président démocratiquement élu, ne fait aucun effort pour recoller les morceaux lors de ses différentes sorties aux allures de campagnes.
Sa légitimité ne lui confère pas un gage de protection infaillible aux yeux de la communauté internationale, même si la guinée est devenue plus fréquentable qu’elle ne l’était il y'a peu.
L’élection législative qui se pointe sera le grand test pour l’équipe du professeur, car elle doit réunir toute les conditions nécessaires pour le bon déroulement du scrutin, mais aussi observer toute la neutralité de son administration.
La guinée sous perfusion, a encore besoin de l’APD (aide publique au développement), le 10ème FED dont elle doit bénéficier, ne parviendra qu’après les législatives, sans compter qu’elle n’arrive toujours pas à atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE (pays pauvres très endettés), afin d’annuler sa dette extérieure
Alpha Condé en est conscient, son échec au terme de son quinquennat donnera toutes les coudées libres à son adversaire politique, et anéantira tous les efforts consentis.
Au crépuscule de sa vie politique, il a la lourde tâche de mener des reformes structurelles et conjoncturelles nécessaires, afin d’amener la guinée vers des lendemains meilleurs.

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