CENI, une usine à gaz africaine

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Au-delà de l’actuel imbroglio guinéen, nous devons penser aux solutions d’avenir qui permettront un véritable encrage de la démocratie dans notre pays et sur notre continent. L’objectif est d’apprendre de nos erreurs en portant un œil critique sur les moyens que nous utilisons dans le processus de démocratisation de nos nations. C’est pourquoi dans le présent billet, je pose dans sa globalité le problème de la CENI comme institution chargée de l’organisation des élections en Afrique.

Aujourd’hui, Il n’est un secret pour personne que dans bon nombre de pays africains les CENI font l’objet de contestations permanentes lors des consultations électorales. Elles se composent, se décomposent et se recomposent au gré des humeurs des leaders politiques.
 
A y regarder de près, la CENI dans sa constitution originelle, son ADN et son principe de fonctionnement est  née avec une maladie dégénérative qui entraînera  inéluctablement sa perte. Dans sa forme actuelle, elle est tout sauf une institution d’avenir.
 
Vous prenez des représentants de la mouvance présidentielle, vous y ajoutez ceux de l’opposition, ensuite vous saupoudrez le tout de quelques représentants de la société civile, vous obtenez ainsi le cocktail appelé CENI. Ce cocktail, corsé par la mauvaise fois et l’avidité de pouvoir de la majorité des hommes politiques, depuis plusieurs années ne cesse de donner la gueule de bois aux peuples d’Afrique.
 
En effet, il ne saurait en être autrement car l’indépendance requise pour ces institutions est structurellement impossible pour la simple raison que  chaque représentant de parti, aussi assermenté soit-il, continue et continuera toujours à jouer le syndicaliste pour sa formation d’origine.
 
Le représentant d’un parti à la CENI est d’abord un militant. Et l’aspiration légitime de tout militant est de voir triompher son camp. Ce qui fait que toute divergence de vue interne à la CENI pouvant être discutée et réglée en plénière se retrouve étalée sur la place publique avec les commentaires et les interprétations qui alimentent la polémique sur la crédibilité de l’institution et engendrent des situations de pourrissement avec leur corollaire de pertes de temps incommensurables pour des nations déjà à la traîne sur l’autoroute du développement.
 
Une fois ce constat fait, reste alors la question fondamentale: mais alors que faut-il faire ?
 
La première solution la plus évidente serait la création de CENI purement et simplement «apolitiques» sans aucun représentant de partis politiques. Les critères de sélection des membres devront être établis par les juristes et fixés par des lois. Par exemple, la méthode pour le choix des jurés d’assises dans certains pays pourraient être appliquée à une population potentiellement apte à assumer les fonctions.
 
Mais au vu de l’état « d’ethnisation » bête et stupide de beaucoup de pays dû aux partis politiques aux socles ethniques, cette solution pourtant simple devient compliquée à mettre œuvre.
 
C’est pourquoi une deuxième solution qui est une version « améliorée » de la première peut être envisagée et elle ferait appelle au concept de l’intégration africaine. L’idée ici est la création de CENI à l’échelle africaine. 
 
Un organe continental chargé d’organiser et d’assurer la transparence des élections devra être créé. Cette institution s’appuierait sur les CENI «apolitiques» des différents pays. Et dans ce cas, une CENI donnée pourra potentiellement organiser des élections partout sur le continent à l’exception de son propre pays. Elle appliquera à la lettre le code électoral du pays où elle intervient. L’exercice sur un territoire donné ne saurait se reproduire pour la même commission avant un temps bien défini. On inventera ainsi le principe de CENI tournante sous le contrôle de l’union africaine. Les représentants des partis politiques devront alors être que de simples observateurs.
 
Ainsi on tentera de trouver, pour une fois, une solution africaine à un problème africain!
 
Je n’ai aucunement la prétention de croire que les idées précitées représentent la panacée ou qu’elles sont des vérités absolues évidentes par elles mêmes. L’objectif, ici, recherché est de lancer le débat sur les institutions organisant les élections sur le continent. Un débat qui, à mon sens, mérite toute sa place aux tables rondes de l'intelligentsia africaine car, les élections au lieu d’être de simples exercices démocratiques, sont aujourd’hui de véritables sources de déstabilisation en Afrique. Ce qui n’est nullement dû à leur principe mais plutôt à notre ou nos manières de les organiser.
 
Puisse Dieu bénir l’Afrique et la Guinée !
 
 
Laye Bamba,
Toulouse France

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