Compte-rendu d'ouvrage qui vient de paraître: (Dioubaté Badara) Bonne gouvernance et problématique de la dette en Afrique. Le cas de la Guinée

Badara Dioubaté, talentueux économiste guinéen n'a plus besoin d'être présenté . On ne peut, cependant, pas ne pas rappeler qu'il est Docteur en sciences économiques, chargé de cours à Reims Management School, laboratoire de recherche OMI-EA- 2065, Univrsité de Reims Champagne-Ardenne;

BD est déjà auteur de travaux de grandes qualités composés de divers articles sur l'économie du développement et d'un ouvrage important: « La Banque mondiale et le développement – De l'ajustement structurel à la bonne gouvernance », publié dans cette même édition en 2008.

Comme dans ce précédent ouvrage, dans lequel BD analysait finement la thématique centrale de la bonne gouvernance, il procède dans ce livre à l'examen de l'interface bonne gouvernance – problématique de la dette en Afrique et plus spécifiquement en Guinée. Il s'agit bien sûr de la République de Guinée (Conakry).

 

Au départ de ce que la littérature économique appellera au cours des années 1950-1960, le développement international, mais en réalité, il s'agissait de celui des pays sous-développés (plus tard, pays en voie de développement, puis pays en développement), des auteurs avaient pensé que ce développement ne dépendait que du facteur financier. Pour eux, à l'instar du Plan Marshall (1947), mis en place par les Etats-Unis pour la reconstruction des infrastructures européennes dévastées pendant la Seconde Guerre Mondiale , il suffisait de capitaux importants injectés dans les économies sous-développées pour leur démarrage qui ne dépendait donc que de facteurs quantitatifs. Mais la suite des années montrera le rôle fondamental d'autres facteurs ( éducation, santé, niveau de consommation alimentaire, autres facteurs sociaux ). La quête de capitaux à l'extérieur, entraînera, dès les années 1960, le cycle de l'endettement extérieur. L'absence de gestion rationnelle de tous ces éléments du développement conduisit aux échecs des stratégies de développement mises en place. C'est alors qu'on assista, au début des années 1980, à une intervention,un peu partout dans le Tiers-Monde, des Institutions Financières internationales (Banque Mondiale et Fonds Monétaire International), ( devenus temples du développement) passer des pratiques de l'ajustement structurel des économies en développement à des recommandations de bonne gouvernance.

 

Ce qu'on constatait , en effet, un peu patrout en Afrique, c'était la pratique de la malgouvernance dans les programmes de politiques de développement et ailleurs. Réalisations ou tentatives de réalisations de projets pharaoniques qui demeurent inachevés et qui, de toutes les façons, sont en dissonance avec l'univers économique et social des zones d'implantation; mode répandue alors des usines clefs en mains etc, sont quelques aspects de cette malgouvernance. Tout cela reposant sur un endettement extérieur dont le service ( service de la dette) participe à l'appauvrissement généralisé de décade en décade jusqu'aujourd'hui. C'est un des aspects du cercle vicieux de l'enlisement de bien des pays africains et de la Guinée en particulier dont BD présente le cas dans ce livre.

Pour présenter ce cas, l'auteur inscrit sa démarche dans le plan suivant:

+chapitre 1- La problématique de la bonne gouvernance dans les pays en développement : enjeux internationaux, africains et guinéens, (pp. 21-95) ;

+chapiotre 2 – La Guinée dans le processus de la bonne gouvernance : les trois piliers du Document stratégique de la réduction de la pauvreté (DRSP), (pp.97-200) ;

+chapitre 3 - La dette de la Guinée : enjeux et perspectives pour la réussite du projet de bonne gouvernance, (pp. 201-270).

 

Dans le premier chapitre, BD analyse la problémùatique de la bonne gouvernance. On est tenté de se poser la question : y a-t-il problématique en la matière? Et la réponse peut être affirmative, si en didactique, le terme problématique signifie l'ensemble des questions qu'une science se pose par rapport à une thématique particulière. BD ne fait d'ailleurs que revenir sur cette question (pour plus de pécision) qu'il avait amplement traitée dans son précédent livre, « La Banque mondiale et les pays en développement - De l'ajustement structurel à la bonne gouvernance ». Dans ce livre, il avait bien situé la question , pour surtout marquer l'évolution de l'Institution financière internationale en matière de développement. Sur 75 pages, il reprend, ici, d ans une analyse fine, l'ensemble des enjeux internationaux, africains et guinéens.

 

Dans le second chapitre, il traite uniquement de la Guinée sous un angle historique au travers des trois piliers du DSRP;

 

Le troisième chapitre est consacré à l'étude de la dette de la Guinée et les perspectives pour la réussite du projet de bonne gouvernance. Illustré de tableaux de chiffres et de graphiques synthétiques, ce chapitre passe en revue les variables la de la dette: causses et cadre institutionnel international.

 

C'est un ouvrage économique et financier bien écrit et bien documenté que BD nous livre . Je vais cependant faire deux remarques qui ne le remettent pas en cause.

 

Tout d'abord et dans le cas guinéen, la question fondamentale ,

à quoi a servi la dette, en terme de développement n'apparaît pas clairement. Certes, les causes de la dettes sont évoquées, entre autres, la rupture des relations avec la France en 1958. Mais s'en sont suivies l'aide massive du bloc soviétique à des conditions moins léonines que le camp occidental, tout au long de la Première République et l' importante aide des pays arabes. Ainsi, selon des données de la Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique (BADEA), le montant de l'aide arabe à 41 pays africains subsahariens s'est élevé à 7 273 millions de dollars US de 1974 à 1982. La Guinée venait largement en tête dans la répartition de ce montant avec 743 millions (soit 10,21%). D'autres aides ou prêts ont suivi de 1982 à 2010 . A quoi ont servi tous ces flux de capitaux en Guinée?... Alors la question de la finalité première de la dette , c'est-à- dire le développement économique et social, ne devrait pas paraître « occultée » par la gestion de la dette. C'est comme si l'on avait oublié l'objet premier de la dette (le développement) pour en faire un système autonome autour duquel est bâtie une administration ( le traitement de la dette). C'est, semble-t-il, autour de ce traitement que doit sortir une bonne gouvernance. Les équilibres macroéconomiques signifieraient-ils forcément développement?

 

Ma seconde remarque, concerne l'illustration des textes par d'intéressants tableaux statistiques sur l'économie guinéenne. J'aurais souhaité voir soulever, sur ce point, quelques mises en gardes du lecteur sur le degré de fiabilité à accorder à certaines de ces statistiques. En effet, sans systématiquement mettre en cause la qualité des statisticiens, c'est au stade de la collecte des données de basse nécessaires à l'élaboration des statistiques qu'on peut se poser des questions.

 

 

Ces remarques n'enlèvent rien à la qualité de ce livre dont une abondante bibliographie sur le développement et des annexes bien choisies , mais il ne pas oublier que les questions traitées par BD soulèvent forcément des discussions. J'ajoute, enfin , qu'à l'heure où se posent avec acuité les problèmes de la bonne gouvernance en Afrique et en Guinée les réflexions contenues dans ce travail demeurent accessibles à un large public,d'étudiants, de fonctionnaires, de politiques de syndicalistes,d'opérateurs économiques et d'autres qui souhaitent comprendre la marche du temps présent.

 

Ansoumane Doré (Dijon, France)

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