Croissance et bonnes décisions, le pari de 2016

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Le secteur minier ou la grande illusion

Depuis le début de l’année, la Guinée voit son économie repartir après des années plombées par d’importantes pertes de PIB. « Dans le contexte économique guinéen, les prévisions de croissance de 2016 ont été revues à la hausse à 5,2 %, au lieu de 3,8 % précédemment » a déclaré Abdoul Aziz Wane, le chef dernière mission du FMI en Guinée, lors d’une conférence de presse.

Au terme de cette mission d’évaluation, un accord a été noué entre les deux parties qui permettra au pays de bénéficier de 25 millions de dollars provenant de l’organisme financier.

Pour Abdoul Aziz Wane : « les données disponibles montrent que l’activité économique connaît une reprise, mais à un rythme inégal et que cette reprise est tirée par des chocs positifs de l’offre dans les secteurs miniers, agricole et de l’énergie, qui ont été moins touchés par l’épidémie d’Ebola ».

Les deux dernières années ont été compliquées pour l’activité économique de la Guinée, fragilisée à la fois par les conséquences de la maladie du virus Ebola qui ont déstabilisé les bases économiques et sociales du pays en faisant des milliers de morts et en nuisant à la production agricole nationale, mais aussi par l’impact de la chute brutale du cours du pétrole et des matières premières, dans une nation qui tire 70 % de ses revenus de son secteur minier.

La rupture de la chaine de transmission de l’épidémie Ebola au printemps 2016 et la levée de l'état d'urgence de santé publique qui a suivi, ont permis au pays de réinstaurer une certaine confiance dans son économie et de faire repartir les échanges commerciaux avec l’étranger.

La bauxite, une bonne idée ?

Pour soutenir la croissance, le gouvernement guinéen mise notamment sur les exportations de bauxite qui ont explosé ces dernières années. A la tête des réserves de bauxite parmi les plus importantes au monde, la Guinée n’a pas hésité à intensifier l’exploitation de ses mines pour répondre à la demande chinoise. Avec une production d’aluminium qui ne cesse d’augmenter, la Chine est en quête constante de sources d’approvisionnement en bauxite, minerai à partir duquel est fabriqué l’alumine, et a trouvé en la Guinée un réservoir qui semble alors infini.

« Lorsque je suis devenu président, la Guinée n’exportait pas plus de 18 millions de Tonnes de Bauxite, alors que nous avons plus de la moitié des réserves mondiales de bauxite, voilà la réalité. » a expliqué le président Alpha Condé, en marge de la célébration de la Journée Internationale de la Jeunesse le 12 août dernier, avant d’ajouter : « Aujourd’hui pour cette année, nous allons exporter plus de 30 millions de tonnes de bauxite. C’est ce qui permettra de donner les moyens à la Guinée d’investir et d’amorcer son développement économique ».

Seulement, les perspectives de croissance liées à la production de bauxite sont sensiblement surestimées par le gouvernement et par une analyse un peu faible du réel impact économique de cette activité. Certes, les multinationales chinoises viennent investir en Guinée pour récupérer la bauxite mais une fois le permis d’exploitation obtenu, la stratégie des sociétés minières vient à s’éloigner de celle prévue par le pays. Une nouvelle mine ou un nouveau contrat d’exploitation sont censés être des facteurs de croissance car ils permettent de créer des emplois, seulement les groupes chinois ont pour habitude de faire venir leur propre main d’œuvre directement de Chine pour mener à bien leur projet, retirant aux populations locales gravement touchées par le chômage toutes chances de retrouver un emploi et un pouvoir d’achat.

Si l’effet bauxite est limité sur l’économie guinéenne, il peut cependant représenter un gros risque pour l’environnement local. La Malaisie, qui fournissait la Chine avant que la Guinée ne prenne le relais, a mis fin à l’exploitation de ses mines en début d’année après que sa production intensive a causé d’énormes dégâts environnementaux dans le pays. Sans contrôle, ni réglementation, les usines, en majorité illégales, ont provoqué des grandes vagues de pollution dans le pays, contaminant notamment les rivières locales.

Peu regardante sur les conditions de production de la bauxite, la Chine et ses besoins colossaux en minerai font désormais pression sur la Guinée pour que le pays tienne les rendements imposés par leurs accords commerciaux, en espérant que ces derniers puissent être honorés en respectant une éthique environnementale essentielle à ce genre de projet.

Diversifier l’économie en faisant repartir l’agriculture

Le gouvernement a conscience du potentiel économique de la bauxite mais également de ses failles et sait que pour s’assurer une croissance pérenne, il est urgent de devoir diversifier l’économie du pays en se concentrant plus particulièrement sur l’agriculture. Gage de développement pour la Guinée, le secteur agricole délaissé hier, profite aujourd’hui d’un fort volontarisme de la part du gouvernement et des institutions financières internationales.

La Banque mondiale vient d’annoncer qu’elle allait prochainement débloquer une enveloppe de 15 millions de dollars pour financer l’agriculture guinéenne. « Cet appui se situe dans le cadre d'un plan national d'investissement agricole qui concerne tous les paramètres de l'agriculture, l'élevage ainsi que d'autres activités rurales. La dimension protection et sauvegarde de l'environnement sera également pris en compte, dans la mise en œuvre de ce projet, dont l’impact positif sera ressenti par le monde paysan », a expliqué la Radio Télévision Guinéenne (RTG) dans son journal du 31 mai.

Des mesures fiscales ont également été décidées pour que le pays regagne de l’attractivité. C’est ainsi que la TVA baissera prochainement de 20 à 18 %.  « L’idée c’est non seulement d’améliorer le pouvoir d’achat des populations, mais aussi d’améliorer la compétitivité de nos entreprises, parce qu’effectivement beaucoup d’entreprises éprouvent des difficultés à commercialiser leur production et à exporter aussi. » a indiqué le Dr Mohamed Lamine Doumbouya, ministre délégué au budget le 5 septembre.

Si 2016 signe le retour de la croissance en Guinée, les résultats économiques du pays restent faibles comparés aux pays voisins. Pour continuer sur cette lancée et espérer une croissance à deux chiffres, le pays doit intensifier ses efforts pour redynamiser son secteur agricole et créer de l’emploi.

La Guinée doit également réformer son secteur énergétique afin d’améliorer l’efficacité commerciale et opérationnelle de ses différentes filières et profiter de leurs perspectives de croissance.  Enfin, il s’agit pour le gouvernement de continuer à assouplir la fiscalité guinéenne, l’une des plus lourdes du continent africain, pour permettre aux entreprises locales de développer leurs activités.

Source: Maghreb Haute

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