Doré, le voyou de la République (Episode 2)

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Si plancher sur la vie de ceux qui nous gouvernent ou qui comptent sur nos suffrages pour que les urnes les proclament à ce titre peut paraître outrageux, mais si les arguments avancés sont pertinents, toutes les fibres patriotiques devraient raisonner à cet appel et nous exiger de nous précipiter sur nos plumes pour nous acquitter de ce devoir.

Car il y va du destin de tout un peuple, un peuple qui peine à sortir de l’emprise de ces vieux démons dont nous accouchons nous-mêmes à force d’un habituel laisser-faire et forcément d’une évidente coupable résignation. Cet épisode du parcours de JMD est un vrai cafouillis de gangstérisme de grosse pointure.

A défaut de Donka, sa litigieuse villa, où il n’a pas su bâtir une famille, Jean-Marie Doré qui semble avoir fait de Sékoutouréya (le palais présidentiel) les raisons de toute une vie, s’agrippe à ce dessein au mépris de toutes les valeurs humaines et des vertus qu’un tel objectif réclame à ses impétrants.

Décembre 2008, la Guinée vient d’enregistrer le deuxième putsch  de son histoire, juste après l’annonce de la mort de Lansana Conté. L’histoire semble se répéter. A la faveur de l’abandon des différentes casernes du pays par la majeure partie des officiers hauts gradés, tous appâtés par les retombées d’un juteux narcotrafic qui a réussi à gangrener tous les corps de l’armée, un groupe de jeunes téméraires soldats, sous la houlette du Capitaine Moussa Dadis Camara, proclame la dissolution de toutes les institutions républicaines au grand dam de leurs ainées et prend le pouvoir. En fin stratège, il tient aussitôt un discours qui fédère l’ensemble de la communauté nationale comme internationale à la cause de son groupe, le CNDD (Conseil National pour la Démocratie et le Développement) car il prend immédiatement position contre les vraies tares de la société guinéenne : narcotrafic, corruption et mal gouvernance, s’appuyant surtout sur une promesse ferme de restitution du pouvoir à un gouvernement civil, après l’organisation d’élections libres et transparentes dans un délai d’un an. Mais, hélas, manipulé « à l’insu de son plein gré » par un entourage affairiste, Dadis mène le pays vers le chaos. Opposition et proches du jeune leader du CNDD manœuvrent et le transforment en un Ubu plus ridicule que celui d’Alfred Jarry. Malgré tout, le jeune putschiste ne perd pas toute sa lucidité, il reste alerte et très prévisible sur tous les aspects liés directement à son avenir au pouvoir. Il répondra ainsi par une fin de non recevoir à un étrange deal que Doré vient lui proposer dans sa forteresse du camp Alpha Yaya.

Un soir de Février 2009, en période de pleine effervescence des Dadis show où le Capitaine, au sommet de son grand succès, se livrait goulument au lynchage médiatique, JMD, après avoir troqué de 23h à 2h du matin les dernières feuilles de l’unique dernier carnet de bon d’essence qui lui restait contre l’entrée aux différentes portes d’accès du camp auprès des soldats en faction, est finalement reçu en audience dans le petit bureau exigu du Président du CNDD. Il faut noter que Dadis a longtemps hésité avant de le recevoir, car sa méfiance vis à vis de ce voisin « manoh » qu’il trouvait, à priori, « rusé et machiavélique » était manifeste à l’extrême. Dadis cède à la demande devant l’insistance de son cousin, Papa Koly Kourouma qui retournait l’ascenseur à JMD pour lui avoir monnayé, deux ans plus tôt, un poste ministériel dans le gouvernement de large ouverture de Souaré contre la mise à disposition de sa petite villa de Gbéssia comme siège de l’UPG, le parti de Doré. A défaut du tête-à-tête qu’il souhaitait avec Dadis, Doré se voit contraint de vomir ses élucubrations devant témoin, en la personne de Cécé Loua. Dadis n’est point surpris de voir l’honorable « amuseur de galerie » des couloirs de l’assemblée nationale lui proposer entre autres de le hisser sur le perchoir convoité rien que pour un mandat, le temps pour le n°1 du CNDD d’aller se muscler un peu le cerveau avant de venir reprendre sa place, et surtout, comme deuxième enchère, l’idée de ce spectre des audits pour se débarrasser de Cellou Dalein Diallo chez lequel on enregistrait, pendant la période, une fulgurante ascension politique.

Le jeune capitaine prend note du deal et promet de le recontacter. Mais au fond, outré par ces propositions, Il développera à partir de cet instant une sévère répugnance envers Doré, ce qui, par la suite, sera un véritable handicape dans le dialogue entre CNDD et Forum des Forces Vives. Ne voyant pas venir de suite à sa demande, JMD manœuvre d’avantage et gagne dans cette aventure à se faire désigner comme la caisse de résonnance du Forum des forces vives car, son flair de vieux loup aidant, il ne voyait pas plus qu’une fin chaotique au parcours de Dadis. Une fin qui, dans sa prévision, amènerait l’Opposition guinéenne sur un piédestal qu’elle ne pouvait espérer de si tôt, c’est à dire un interlocuteur privilégié et incontournable auprès de l’opinion internationale.

Mais Dadis se cramponne sur sa position, Doré n’est plus en odeur de sainteté auprès de lui. Le capitaine charge ainsi un de ses inconditionnels en la personne du Commandant Moussa Keïta de mener le débat à sa place. Il ne fallait pas plus pour donner un véritable coup d’arrêt aux discussions entre les deux artificielles institutions. Quoi espérer de plus avec, à la baguette, l’auteur du fameux « Dadis ou la mort ». Le 28 septembre 2009 vient sonner le glas du CNDD, Doré jubile lorsque Toumba tire plus tard sur son mentor. Dadis est évacué au Maroc et tous les acteurs le mettent à l’écart de la suite du scénario. Dans la vision de Doré, c’est son heure qui se pointe car il se dit avoir impressionné, durant toutes les rencontres, les membres du groupe de contact international sur la Guinée. C’était sans compter avec la vaillance de la syndicaliste Rabiatou Diallo qui avait cerné justement tous les contours saumâtres du personnage. Doré et ses acolytes arrivent à imposer au final des critères monstrueusement misogynes qui écarteront la pauvre et conciliante Rabiatou de la course en la faisant passer pour une moins que rien.

Mais Doré ignore à ce moment qu’il enregistre un gouffre de retard au plan international ; les lobbyistes ne gobent pas trop ce personnage à leur goût trop énigmatique et qui a peu d’assise en Guinée à plus forte raison à l’international où il a fini de griller toutes ses cartes. Son passé de voyou le rattrape, les investisseurs allemands qui se sont vu spolier de leur capital dans ENTRAT international, combinent dans les coulisses pour lui faire payer son escroquerie restée impunie en Guinée. Il est à deux doigts de passer à côté de son destin. Le peu d’amis qui lui restent lui proposent alors de rencontrer Tibou Camara par lequel il pourrait solliciter le soutien de la Gambie pour appuyer sa candidature. Doré est plus tard nommé à la primature guinéenne.

Du coup, c’est la course effrénée à l’enrichissement illicite pour le nouveau premier ministre. Six mois, c’est peu pour éponger toutes les dettes contractées depuis plus deux décennies faites d’escroqueries et d’arnaques. Mais six mois, ça ne suffit pas pour être au même niveau de trésorerie qu’exigera la concurrence directe aux prochaines échéances électorales, car les uns et les autres avait suffisamment eu le temps de bien piocher dans les caisses du contribuable pendant qu’ils étaient aux affaires.  Doré tergiverse, il refuse de s’engager solennellement à ne pas se présenter à la présidentielle qu’il doit lui même organiser comme défini dans les accords de Ouaga. C’est le tollé général, un branle-bas à tous les niveaux.

Tibou Camara regrettera plus tard de lui avoir tendu cette perche après avoir saisi les velléités de l’ingrat à vouloir s’accrocher au pouvoir. Il se donnera la mission de veiller sur les velléités déviantes de ce fumiste premier ministre. Doré se voit donc contraint de se plier aux exigences de la masse, mais il venait de consommer totalement son capital de confiance auprès des Guinéens.

Les manœuvres tacticiennes du vieux roublard ne trouvent plus de suite. Sa proposition de soumettre la constitution à un référendum, qui est légalement et constitutionnellement la procédure appropriée, passe plus pour une tentative de s’accrocher encore plus à la primature. Il se rappelle que pas plus tard que 6 mois, il était réduit à aller discrètement monnayer sa dotation de carburant en tant que député dans les stations d’essence de la capitale.

Le Général Konaté, à son tour, flaire cette imposture et fixe unilatéralement le 27 juin comme date du scrutin du premier tour. Pour sortir honoré de cette transition, Il lui faut procéder ainsi pour que ses engagements dans son premier discours-programme de janvier 2010 ne souffrent pas d’embûches venant de ses collaborateurs. JMD est pris de cours, sa tentative d’aller au-delà des six mois impartis à la transition selon les accords de Ouaga semble être compromise. Seule solution pour consolider son trésor de guerre, les fameux contrats léonins qui seront plus tard dénoncés et gelés par Alpha Condé. En l’espace de 6 mois, Jean-Marie Doré aurait fait la progression la plus fulgurante qu’aucun Guinéen n’a encore réussie, c’est-à-dire passer du statut d’un simple démuni sans revenu à celui du détenteur de patrimoine le plus envié de Guinée : des comptes bancaires bien garnis, disséminés au nom d’éléments de personnes proches, une hallucinante villa à la Minière d’une valeur de 1.200.000 euros, payée cash, un incroyable parc automobile, etc. Des détails sur ces différents aspects.. (A suivre)

 

Solo Niaré

 

Solo Niaré

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