Ebola, à « l’épreuve du politique »

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Alors que de nouvelles infections au virus Ebola ressurgissent sporadiquement en Guinée et au Liberia, la fin de l’urgence épidémique permet de tirer les premiers bilans. Le virus a provoqué une défiance et des violences nourries par une vision parfois « néocoloniale » de la maladie et une forte contestation politique.

C’est une épidémie qui, après avoir tué 11 300 personnes, s’éteint doucement. Malgré quelques cas qui émergent ci et là, l’épidémie du virus Ebola n’est « plus une urgence de santé publique de portée internationale », a annoncé l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

C’est donc l’heure des enseignements à tirer d’une épidémie qui aura bouleversé en profondeur la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia. Et en particulier, comprendre les réactions suscitées par ce virus, ce qui suppose de tenir compte du contexte socio­politique dans lequel Ebola est venu s’engouffrer. C’est ce qu’explique un article (1) du socio-anthropologue sénégalais, Sylvain Landry Faye, sur l’épidémie en Guinée.

Soupçons et violences contre les Occidentaux

Dans ce pays, le virus a suscité une profonde défiance d’une partie de la population face aux personnels chargés de lutter contre la maladie. Des véhicules et du matériel ont été détruits, des violences ont été commises contre des humanitaires. Plus grave, en septembre 2014, huit membres d’une délégation guinéenne venue faire de la sensibilisation dans le village de Womey furent assassinés. Pour ces faits, 11 personnes ont été condamnées à la perpétuité en avril 2015.

Comment expliquer cette violence ? Sylvain Landry Faye souligne d’abord qu’Ebola a été d’emblée perçu par certains Guinéens comme une « maladie post ou néo­coloniale ». Ce qui a entraîné de multiples soupçons face à ces Occidentaux débarqués de l’avion pour lutter contre une maladie inconnue. Cette défiance s’est également exprimée contre des personnalités locales « accusées d’avoir été payées par les Blancs pour introduire la maladie dans les villages ».

Une épidémie hautement politique

On a vu aussi émerger, comme souvent lors d’une crise sanitaire, une « théorie de la conspiration ». « En Guinée Conakry, l’importance des cas de décès n’a pas, au début de l’épidémie, suffi pour convaincre les populations. Au contraire, les chiffres relatés dans la presse ont été jugés comme étant “fabriqués” par l’État, avec la complicité des partenaires. Ce discours était renforcé par les opposants au parti au pouvoir, pour qui Ebola était un mensonge politique du président Alpha Condé afin de détourner l’attention publique, dans un contexte de contestation sociale », écrit Sylvain Landry Faye.

Et le chercheur de citer un député qui, dans Jeune Afrique, souligne qu’« Ebola est venu au secours du pouvoir », mettant fin à un mouvement contre les coupures d’eau et d’électricité. Le parti présidentiel défendait l’idée que, face à Ebola, les logiques partisanes devaient être tues. « À cette demande, les opposants ont réagi en considérant que le parti au pouvoir cherchait à profiter de la situation pour créer un ciment national qui lui avait toujours fait défaut », note le chercheur, soulignant que le parti présidentiel a aussi été suspecté « d’instrumentaliser le discours de la citoyenneté nationale » pour continuer à « bénéficier de l’Ebola Business », c’est-à-dire de l’argent international pour financer sa campagne électorale.

Une épidémie de rumeurs et d’accusations difficiles à vérifier. « Cette façon de penser l’épidémie, de produire des discours et des catégories en fonction des confrontations et du jeu politique confirme aussi l’idée que les grandes épidémies constituent de redoutables mises à l’épreuve du politique », constate Sylvain Landry Faye.

(1) « L’” exceptionnalité” d’Ebola et les “réticences” populaires en Guinée Conakry », dans la revue Anthropologie-santé, novembre 2015.

 

Pierre Bienvault

Source: La Croix

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