Elections guinéennes du 27 juin 2010 : je veux voter ! Et pourtant !

J’ai été encensé d’avoir été recensé comme électeur ce 26 mars 2010 à 13 heures 32 minutes 55 secondes dans les locaux de l’ambassade de Guinée à Paris. J’ai été surtout enchanté qu’on ne m’ait pas demandé de présenter 2 témoins (comme pour un mariage civil) pour justifier de mon identité. Bien entendu, on m’a domicilié à Conakry, dans la commune de Dixinn et dans le quartier Camayenne. Pour le secteur, on a mentionné un coin de France. Maintenant, c’est clair: Kylé est bien identifié ! Que le Dr Thierno A. Diallo ne se réjouisse pas trop.

Ce cardiologue exerçant à Bordeaux n’a pas eu droit à la bonne orthographe de son secteur, son récépissé indiquant « bordeau ». Il ne s’est jamais présenté « sous X » mais comme sa photo et ses empreintes digitales sont déjà enregistrées, on peut le retrouver facilement en cas de fuite !

D’après les renseignements qui m’ont été fournis, l’outil de recensement est programmé pour domicilier tous les « diaspos » au quartier Camayenne. Heureusement qu’il s’agit d’adresse fictive pour des personnes physiques. Autrement, cet insalubre et populeux quartier aurait battu Hong-Kong en termes de densité humaine !

Sans parler de perfection, j’ai quand même eu une impression de sérieux dans le recensement. En effet, M. Pathé Dieng de la CENI supervisait les opérations, aidé par la charmante Mouminatou Diallo et le dynamique juriste Ibrahima Sory Makanéra, toujours cravaté (le costume occidental s’étant généralisé, même les Diakhas en font maintenant leur tenue quotidienne. Qu’ils comprennent seulement qu’une veste ne se lave pas dans un seau d’eau de pluie mais se nettoie à sec !).  Autre remarque positive: les Guinéens viennent en nombre pour s’inscrire, dans la discipline ! Même « frère » Jacques Kourouma est sorti de son hibernation pour s’inscrire, la preuve qu’il vit toujours bien que curieusement muet sur le Net. A voir sa mine, on ne peut que lui souhaiter (mais à lui seulement, si vous voyez ce que je veux dire) une bonne convalescence. La seule fausse note a été l’irruption intempestive (alors que je m’entretenais cordialement avec des amis) d’un de nos compatriotes apparemment « ethnintello » qui a soulevé une sujet sensible avant de fuir, prétextant une urgence. Quand on pose une inéquation, on attend par correction, sa résolution. J’invite ce monsieur, et c’est un euphémisme, à lancer sur le Net ce genre de débat. On va bien rire.

Pour le moment, ne rions pas. Si j’affirme avoir été enchanté c’est parce que je réside dans un pays listé par la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante) et que de ce simple fait, j’apparais comme un privilégié. Or, un privilège est contraire à l’éthique. En quoi, moi Kylé, je serais plus « guinéen » qu’un de nos compatriotes résidant au Canada, en Egypte ou en Malaisie ? Il y a quand même un malaise ! Une discrimination, fut-elle « positive », en reste toujours une !

Voici la liste des Etats où les Guinéens à l’extérieur peuvent se faire enregistrer et éventuellement voter : Côte d’Ivoire, Liberia, Sierra Leone, Guinée-Bissau, Mali, Sénégal, Gambie, Nigeria, Maroc, Gabon, Angola, Etats-Unis, Espagne, France, Allemagne, Belgique et Pays-Bas. Il s’agit de 17 Etats regroupant 18 représentations diplomatiques, les USA comptant double car ils abritent l’Onu. Cette liste dressée à l’hôtel Novotel de Conakry en octobre 2008 par les partis politiques et le gouvernement Kouyaté d’alors a été entérinée par la CENI et le Ministère de l’Administration du Territoire. Voilà les pays ciblés. Pourquoi les autres ont-ils été « criblés » ?

Je ne veux pas critiquer techniquement ce choix, peut-être justifié sur un plan pratique (bien que le temps et l’argent n’ont pas manqué) mais ceux qui l’ont fait ont manqué cruellement de pédagogie. Sur le plan juridique, il s’agit d’une discrimination intolérable entre citoyens, condamnée par n’importe quelle déclaration universelle. Tous les Guinéens où qu’ils se trouvent doivent (c’est impératif) avoir la possibilité de voter. D’ailleurs, la constitution guinéenne qui n’est que suspendue (et non pendue jusqu’à ce que mort s’en suive, comme la Guinée en avait pris la sinistre habitude à un moment donné de sa courte histoire) précise que nous avons le devoir de voter. Ne pas voter est donc une infraction ! C’est une des différences fondamentales entre droit et devoir. On est libre de ne pas faire valoir ses droits une fois reconnus mais on est tenu de faire son devoir ! Nous avons tous le devoir de faire respecter nos droits. Faire voter les Guinéens n’est pas un cadeau de la junte. C’est une obligation. C’est aux textes d’être adaptés à notre volonté et non l’inverse. Personne n’est né d’un texte et on peut vivre sans acte de naissance. Par contre, il n’y a pas de texte naturel !

J’invite donc nos compatriotes à s’inscrire massivement et surtout à voter massivement. Votez pour qui vous voulez mais votez ! Ne donnons pas de prétexte aux responsables de la transition de perpétuer cette dernière car rien n’est encore gagné ! En effet, un piège nous guette. Voyez les compositions pléthoriques du cabinet de Sékouba Konaté, du gouvernement de J-M. Doré et du Conseil National de Transition de Rabiatou Diallo. Je me demande si on n’a pas, par combine, logé dans cette « transition à trois étages » tous ceux qui veulent jouer les prolongations. C’est difficile de parler en mangeant.

Pour ma part, hier je voulais voter. C’est un droit lié à ma qualité de citoyen guinéen.  Aujourd’hui, je peux voter. C’est une possibilité offerte par mon récent recensement. Le 27 juin 2010, je dois voter. C’est un devoir patriotique. Et pourtant….

Et pourtant ? J’ai du mal à lire clairement certains programmes. A les voir, c’est à se demander s’ils sont prévus pour la Guinée que nous connaissons. Ma perplexité vient paradoxalement du fait qu’ils sont trop simples ! Je ne m’intéresse pas aux grandes lignes de portée générale mais aux petits mais multiples problèmes à résoudre. Une faiblesse peut venir de la lourdeur. Colle-t-on aux réalités du socle sociologique local ? Rien n’est moins sûr ! Ce qui m’intéresse c’est de tenir compte des aspirations de base de nos populations en songeant à leurs besoins essentiels. La meilleure ambition, ce n’est pas de voir nécessairement grand, mais d’agir mieux après avoir hiérarchisé ses priorités. On n’a pas besoin d’un gros système pour soulager nos petites misères.

Au fait, parmi les besoins essentiels de la Guinée contemporaine, lesquels seraient prioritaires ?

a)      L’alimentation. Tout Guinéen (qui n’a jamais soif mais qui a toujours faim) doit pouvoir manger au moins 3 fois par jour en quantité suffisante. On verra ensuite pour la qualité. Avant de philosopher, il d’abord vivre. Oublions un moment les formules « imbécilisantes » de scandale géologique, de château d’eau de l’Afrique, etc. Le scandale guinéen est unique : la mal gouvernance.

b)      La santé. Les grands complexes hospitaliers seront pour plus tard. Il nous faut un réseau dense de dispensaires et de maternités sur tout le territoire national. On ne devrait plus y mourir de diarrhée ou de palu.

c)      L’électricité. Moins l’industrielle que la domestique. On doit pouvoir conserver ses aliments sans rompre la chaîne du froid.

d)      L’éducation. Nous devons sortir de l’hypocrisie. La gratuité de l’enseignement ne devrait pas s’étendre au-delà du secondaire. Il faut généraliser l’enseignement de base tout en sachant que sans une bonne élite (forcément minoritaire) le pays n’avancera jamais. Ayant vu où l’enseignement de masse nous a conduits, je revendique cette position « réactionnaire » tout à fait populaire. C’est parce que tout peuple est à défendre qu’il faut se méfier du qualificatif « populaire ». Je ne souhaite à personne de se présenter devant un tribunal populaire ou d’être réduit à boire une soupe populaire !

Ces 4 points constituent un excellent départ. Je n’ai pas parlé de logement (on peut dormir dehors si le ventre n’est pas vide), ni de cabinets dentaires (une carie est moins pénible que des troubles intestinaux dus à des parasites) pourtant très utiles. Ce que je veux faire comprendre, c’est l’ordre des priorités dans un climat de sécurité. Bien sûr qu’on a besoin de flotte aérienne, de bateaux, de routes bitumées, de ponts solides et permanents, de lignes de chemin de fer, de stabilisation de la monnaie guinéenne, etc. Mais, par réalisme, un homme ne devrait pas s’équiper de rideaux s’il n’a même pas de pantalon.

Pour aider les populations à bien voter, il faut leur tenir un langage simple à leur portée. Amusez-vous à regarder les sigles de nos partis politiques. Ils sont imprononçables pour des illettrés qui désignent plutôt un parti par le nom de son chef, ce qui conduit à des crispations identitaires.

Pourtant, il faut voter le 27 juin prochain.

Pour finir je voudrais dire un mot à propos de la grève de faim de mon neveu Thierno Siré, fils de Telli Diallo. Son idée est bonne mais sa méthode est discutable. La junte guinéenne n’a rien à cirer de sa grève. Thierno confond la monarchie canadienne et la république bananière de Guinée. Dans la première, il y a des autorités qui savent ce que c’est que le droit ; dans la seconde, il y a des autoritaires qui s’autorisent à piétiner le droit ! Ceux qui l’encouragent (et qui ont, eux, le vente plein) sont, pas nécessairement de mauvaise foi, mais dans l’erreur. S’il persiste, il ne votera pas le 27 juin ! On a besoin de tous les Guinéens. A la rigueur, que Thierno campe devant le domicile du général Konaté. En réalité, « Le Tigre » aurait d’autres chats à fouetter. C’est à un gouvernement légitime d’examiner certaines revendications, surtout si elles sont de nature historique.

Je m’adresse directement à toi, Thierno. C’est « Bappa Kylé » au bord des larmes qui te parle : je t’ordonne d’arrêter ta grève car on a besoin de toi. Je sais que sous la pression familiale le dénouement est proche, au grand désespoir des hypocrites qui te « soutenaient » dans l’espoir secret de te voir disparaître. Historiquement, Telli n’est pas qu’à nous, mais à tous !

 Mes compatriotes, je vous salue !

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