Guinée-Alerte! Avant les cent jours...

Il y a des fautes et des erreurs qui, le long d'un mandat et plus tard après, ne peuvent plus être corrigées. Elles font une symbiose avec l'ensemble du système sociopolitique et économique qui en résulte. Le processus une fois achevé devient vassal d'une transmutation par scissiparité. C'est-à-dire qu'à chaque fois que l'on tente une correction, des parties s'en détachent, créent leurs propres compartiments indépendants en utilisant les éléments du système dont elles sont originaires.

Le système en question ne peut plus les détruire au risque d'une autodestruction. C'est ainsi que la dictature, la corruption et les modèles d'administration mercantilistes se reproduisent. Indépendamment de leurs géniteurs, ils échappent à tout contrôle et ne respectent plus de limites.

Quelle est le lien entre cette introduction « intellectualiste » avec le titre de l'article « Guinée-Alerte ! Avant les cents jours …». Alors que la Guinée « encensée » vient de se doter d'un président de la République démocratiquement élu ? Avant les 100 jours de Mr Alpha Condé, à la tête de l'exécutif guinéen, cet article parait comme un procès d'intention prétentieux. Pourtant sa seule prétention est de rallumer les signaux d'alarme qui ne devraient jamais s'éteindre dans un pays sous-développé, réveiller la compétition politique pour éviter à la Guinée le danger d'un nouveau monolithisme improductif. Mieux, ce n'est qu'une suite. Jugez-en.

Dans l'article « Élection - Guinée : À la recherche de son dernier des samaritains », on pouvait lire « Pour sortir de cette situation exceptionnelle (la transition), l'on n'a pas hésité à recourir à la forme primaire du consensus qu'est l'expression de la légitimité. Cet exercice, en soi même, a mené aux dangers et aux difficultés que chacun a vécues de loin ou de près… La légalité rejetée est celle qui donne un baromètre unique à chacun. La légitimité encensée génère plusieurs baromètres qu'il n'est pas facile d'adapter ensemble ... Les données ont été compliquées à la base … Avec une méthode plus chaotique … » Dans sa conclusion il est écrit : « Le bon samaritain n'est pas l'élu… Il serait le bon samaritain qui donne à son peuple les moyens de s'assurer le bonheur et d'y participer. » Publié sur le blog « Les Chroniques » – www.chronafric.com

Ce sont les jalons de cette participation du peuple- en termes de consultations élargies- qui n'apparaissent pas dans les premiers actes du nouveau président de la République élu, le Professeur Alpha Condé, et de son gouvernement.

La Constitution Guinéenne n'est pas encore soumise à référendum. Objet d'un décret d'exception, les activités visant le redécollage économique du pays sont compatibles avec les activités de régulation citoyenne. En d'autres mots, rien n'empêche que soit expliqué aux populations guinéennes comment leurs vies vont être gérées au travers des lois qui découlent de la Constitution nationale. Rien n'empêche de leur demander : Êtes-vous d'accord ? Et rien n'empêche de prendre en charge leurs suggestions et recommandations. En la matière la question de la représentativité a été un recours transitoire en faveur de la course de vitesse pour l'acquisition du fauteuil présidentiel. Résultat, une Constitution nationale en « Résidence sans surveillance. »

La suite regrettable d'une telle attitude est assurément la « construction » d'une Démocratie du centre dans laquelle une bureaucratie réfléchit pour le peuple qui devient l'exécutant. Ce qui ne correspond plus au « gouvernement du peuple par et pour le peuple. » Cette bureaucratie se cachera toujours sous le faux buisson de l'expression redondante : « nous travaillons sur les priorités. » Lesquelles détachées de la conscientisation des populations sont vouées à l'échec.

L'eau, l'électricité, les soins de santé publique, les routes, les transports, l'autosuffisance alimentaire, etc., ne s'acquièrent pas sous forme de dons aux populations guinéennes. Il faut qu'elles assument leur contrepartie d'efforts et de paiement. Pour ce faire, il y a une révolution mentale à faire, après 25 années d'État providence, 25 autres années de débrouillardise militaro politique. Pour que la participation des populations soit effective, il faut que l'on fasse en sorte qu'elles s'approprient les droits et devoirs à travers la superstructure démocratique. Cette transformation peut et doit, également, accompagner les priorités économiques, sans anicroches. On l'ignore sciemment.

D'autres alertes ? L'alerte au niveau des hommes et des structures. Plus de trente départements ministériels dont plusieurs auraient pu être des Secrétariats d'État ou de grandes directions nationales et des départements autonomes. Ils auraient eu un caractère plus exécutif dans l'accomplissement des tâches que dans le lourd doublet de conception-exécution.

Mieux, le renouvèlement des hommes n'efface pas les figures administratives gouvernementales décriées et qui au demeurant n'apporteront pas plus que par le passé. Ils ne mobilisent plus d'énergies au sein des populations même s'ils les impressionnent par leur capacité d'être de l'ancien et du nouveau. En réalité, ce sont des mouches du coche autour du charriot guinéen qu'on pousse. Alors pourquoi ? L'apanage, « l'homme est perfectible à l'infini » n'appartient pas au domaine politique. C'est un ersatz, un substitut de sociabilité, un principe qui consiste à faire de la réintégration sociale ; non pas de la réintégration politique.

Quelle autre alerte ? La dissipation politique. Avant de sacrifier à la tradition des analyses et observations, des prédictions de réussite et d'échec qui vont sanctionner les cents jours du professeur Alpha Condé comme président de la République de Guinée, il est important de faire ressortir un danger en gestation. Celui d'une bureaucratie de magmas hétérogènes qui, comme la corruption, échapperait à tout contrôle et se reproduirait d'elle-même. On s'en inquiète. Parce que des interrogations du passé resurgissent : De quels principes politiques découlent la direction du pays ? Pourquoi, malgré le verdict des urnes, parle t-on encore de « dictature en gestation» ?

La direction du pays semble échapper à tout contrôle du Rpg, Rassemblement du peuple de Guinée, et à toute discipline de parti politique. Or, le principe sacrosaint du « seuls les partis politiques présentent les candidatures aux élections présidentielles » est un panneau indicateur. Au Rpg s'est substituée l'obédience à l'Alliance qui a contribué à la victoire finale. Les accords n'ont fait l'objet d'aucune publication officielle. L'on s'en tient aux rumeurs sur les promesses tenues, à tenir, ou non.

De l'Alliance Arc-en-ciel (partielle) au pouvoir sortira t-il un grand parti politique rassembleur né de la fusion des partis alliés ? Le pari est difficile. Les nominations ont été fonction des apports des différents partis politiques au cours du second tour des élections présidentielles. Dans une situation de fusion en un seul parti, ces hommes – aujourd'hui en poste - vont perdre tout moyen de pression politique. Ils le savent bien. La tentation de maintenir la fragmentation est alors grande. Faute politique ou mauvaises négociations ? Dans tous les cas, il y a en perspective une réelle fragmentation de la future Assemblée nationale dont on s'occupe peu en cette période de grâce. Le Rpg, seul, ne pourrait assurer la domination à l'Assemblée nationale. La passe à l'Ufdg de Cellou Dalein Diallo pour qu'il gère le pouvoir législatif ? Ou bien la négociation, à répétition, avec les partenaires de l'alliance Arc-en-ciel ? Mis à part les risques de défection des mécontents, l'assemblée nationale préfigure son caractère démocratique. Le mandat du président Alpha Condé aussi préfigure sa vassalisation d'alliance. Si cela s'avère, la Guinée peut se targuer d'être encore pionnière : peut-être le premier pays à être dirigé par une alliance de partis politiques (abstraction faite du premier gouvernement guinéen après 1958).

De quoi faudrait-il s'inquiéter encore ? En Guinée - et malheureusement dans plusieurs pays africains - les partis politiques en alliances ou non, ne sont que des instruments d'élection. Ils ne participent ni n'orientent le gouvernement après les urnes. Par la suite on ne peut pas les évaluer. Mieux, on finit par ne plus savoir quel programme politique est mis en œuvre.

Le plus important est que le parti politique est un pilier essentiel de la Démocratie. Son affaiblissement peut se répercuter sur les autres institutions nationales. Quel regard les populations ont-elles sur les premières décisions prises par le président de la République en l'absence d'une Assemblée nationale légale et représentative à travers les partis politiques ? Au lieu de faire résonner la réponse déjà connue, allons à la question postulante : les populations ont-elles approuvé leur mode de représentation à l'Assemblée nationale à travers un référendum constitutionnel ?

L'opposant de marque, Mr Cellou Dalein Diallo ne bouscule pas à ce propos. Il se contente de recueillir les satisfécits ici et là pour s'être conduit comme tout vaincu. Alors qu'il pouvait négocier (à chaud) avec la communauté internationale l'organisation rapide du référendum constitutionnel et des législatives. Il aurait fait un score sérieux lui permettant de tenir en laisse le mandat de son adversaire. Démocratie, si je te connaissais bien ! Le partage du pouvoir à portée de main avec une main-basse sur l'Assemblée nationale ! Mais non ! On parcourt le monde pour s'instruire ou on se repose. Pendant ce temps, le pouvoir exécutif, solitaire, nage dans sa piscine de jouvence, y invite tout le monde, corrompus ou pas, patriotes ou non. On rassemble et c'est tout.

De telles erreurs ou fautes sciemment entretenues se reflètent sur le comportement d'un régime et se traduisent en termes de libéralités et de dérapages difficilement contrôlables. Surtout quand les moyens d'évaluation et les contrepouvoirs sont négligés au départ. C'est la répétition sur un autre tempo de ce qu'on peut appeler ''Les dangereuses autorisations'' (In Guinée - Chronique d'une Démocratie annoncée-p. 35)

C'est en raison de ces négligences coupables, qu'à l'heure des bilans, les tendances prononcées sont de juger les premiers responsables : Sékou Touré et non pas le système du Pdg et de ses ramifications ; le Général Lansana Conté en épargnant le Pup et la Baronnie militaire, les chefs de clans qui formaient le cercle du pouvoir autour de lui.

À ce point, la question des Droits de l'Homme et celle de la liberté d'expression risquent d'être, toujours, en débat au présent de l'indicatif. Les procédures et décisions officielles pour la réparation des exactions militaires, notamment celles du 28 septembre 2009 sont encore inconnues. Caresse t-on l'idée d'épargner les auteurs des massacres ? Au nom de quoi ? La chapelle ardente est plus que jamais ardente.

Alerte finale - Les peuples ont appris à bouger et à se faire justice sans leadeurs ostentatoires. Désormais, ils bougeront toujours. À la place des partis politiques qui les dédaignent, les jeunes savent leur parler … Ils ont décrypté le code De Réaction qui leur a révélé trois mots : ÇA SUFFIT ! DÉGAGE… Ils ne subiront plus le quart de siècle ou plus de calvaire. Une année d'observation, c'est assez … Que cela soit écrit et accompli.

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