Guinée : après le virus Ebola, revoilà le virus politique

Alterndex

Va-t-il encore pleuvoir sur Conakry ? Une question d'autant plus légitime que depuis l’annonce de la date des élections, le climat socio politique en Guinée est tendu. Pouvoir et opposition, en effet, sont à couteaux tirés. Objet de la dispute : l’opposition manifeste sa désapprobation et dénonce des irrégularités dans le processus électoral car, selon elle, la priorité devrait être à l’organisation des élections locales avant celle de la présidentielle.

Elle n’entend pas du tout fléchir. Le pouvoir, quant à lui, penche plutôt pour un calendrier contraire. Comme on le constate donc, chaque camp travaille à tirer la couverture à lui.

Une querelle d'intérêts fort inquiétante, dans le mesure où ses conséquences peuvent s'avérer très désastreuses. Il faut craindre en effet que ce climat délétère mette à mal la cohésion et la paix sociales en Guinée. Du reste, l' opposition n'a pas tardé à monter au créneau, en suspendant sa participation au Parlement et à la CENI. Pire, elle menace même de boycotter les élections à venir. Pour sa participation effective à ces élections, cette opposition a posé ses préalables : il y a non seulement l'exigence de l’organisation des élections locales avant celle de la présidentielle. Mais aussi et surtout, elle exige une supervision internationale. Ses pré-requis seront -ils pris en compte ? Rien n'est moins sûr. D'autant que cette opposition accuse le président Alpha Condé d'être déjà à la manœuvre pour des élections frauduleuses et d'être, par dessus tout, fermé à tout dialogue.
Face à cette querelle, sans doute serait-il utile de recourir aux textes. Mais, comme on le sait, nous sommes en politique. Et de surcroît, dans une République où la démocratie est à la recherche de ses marques.

Alpha Condé rendrait un grand service à son pays, en se montrant bon prince

S'il est inscrit dans la Constitution guinéenne que l’élection présidentielle doit avoir lieu avant les élections locales, comme ce fut le cas en 2010, alors, l’opposition qui manifeste aujourd’hui sa désapprobation, a intérêt à prendre part aux élections. Le boycott qu'elle envisage ne serait pas la solution, car elle court même le risque de se faire hara-kiri.
Toutefois, la conduite de l’opposition peut aussi résulter du fait que la Guinée n’a pas connu d’élection depuis son indépendance jusqu’en 2005. Et depuis 2005 précisément, point d’élections locales. L’opposition ne comprend pas que depuis cette date, l’Etat n’ait pas encore organisé ces élections tant attendues. Pour ce pays dirigé par un président qui aura passé de nombreuses années dans l'opposition, avouons que ce grand retard relève du démocratiquement incorrect.
Que l’élection présidentielle passe avant les élections locales, cela arrange évidemment le pouvoir. Les princes régnants connaissent l'effet d'entraînement qu'une présidentielle a sur les élections locales. Mais si un tel scénario arrange évidemment le pouvoir, on ne peut pas en dire autant pour la démocratie en Guinée, qui amorce pratiquement ses premiers pas. En tout cas, l'expérience a montré que sur le continent, faire passer la présidentielle avant les élections locales, dessert les jeunes démocraties. Et c'est pourquoi Alpha Condé rendrait un grand service à son pays, en se montrant bon prince. Les intérêts supérieurs de la Guinée devraient passer avant tout, si tant est qu'il veuille faire de la Guinée un pays véritablement démocratique.
Quoi qu'on dise, il appartient au pouvoir comme à l'opposition de tout mettre en œuvre pour préserver la paix, car après le virus Ebola qui a durement secoué le pays, il faut faire en sorte que le virus politique ne reprenne ses droits en Guinée.

Ben Issa TRAORE

Source: Le Pays

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