GUINEE : DIFFICILE DEMARRAGE DE L'ETAT DE DROIT ?

Y a-t-il eu vraiment idée de la part du Président Alpha Condé de CHANGER quoi que ce soit avant de parler de démarrage de l'Etat de droit ? Dans mon esprit la question est loin d'être seulement polémique. Mais pour un ancien « révolutionnaire » qui s'est battu de longues années pour un Etat de droit en Guinée et qui ont fait de lui, dans l'esprit du Guinéen moyen « l'opposant historique », il ne semble prendre ni la voie du renouveau de l'Etat, ni du changement des hommes et des choses de Guinée.

On ne peut pas réaliser le renouveau de l'Etat en utilisant les vieilles thérapeutiques des 52 années passées dans un Etat de non droit. On ne peut réaliser aucun changement en s'entourant pour une part essentielle d'acteurs responsables de la calamiteuse situation qu'Alpha Condé a trouvée. On ne peut pas changer le cours des choses en continuant le même cérémonial d'un autre âge qui accompagne chaque déplacement à l'étranger, (aller et retour) du Président de la République, c'est-à-dire le déplacement à l'aéroport de presque tout le gouvernement pour saluer l'illustre personnage. Dans cet ordre d'idée, la présentation de la politique générale du Gouvernement de Mohamed Saïd Fofana, a donné lieu à l'invitation des corps constitués de la République mais aussi, comme cela se faisait déjà du temps de Sékou Touré, des représentants diplomatiques et consulaires accrédités à Conakry. Quel Ambassadeur guinéen peut-il affirmer qu'il a été convié à la présentation de la politique générale du Gouvernement en France, en Allemagne, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, etc? Toute cette culture folklorique continue de faire la délectation d'Alpha Condé et de ses Ministres. Dans ce tourbillon de mamaya où peut-on entrevoir des lueurs de changement si ce n'est les sempiternelles intentions proclamées? Je précise , à l'attention des thuriféraires du Professeur-Président, tout en sachant d'avance que ce type de compatriotes, sous les régimes successifs guinéens, n'ont été mus que par leurs instincts zélateurs; je précise, dis-je à leur attention, que je n'ignore nullement l'état du pays et l'ampleur des tâches à réaliser. Ce n'est donc pas en 100 ou 200 jours que nous verrons des changements de taille. Je dois d'ailleurs ajouter et je l'ai déjà fait à d'autres occasions dans un passé récent, que je ne suis pas partisan d'appliquer à un gouvernement africain, qui plus encore est guinéen, ce type de concept de délai de 100 jours de gouvernance pour tester ce qui a été accompli. Cela ne signifie rien ici, d'autant plus que pour des gouvernants (même dits intellectuels) , le temps ne semble pas compter. Pour la moindre occasion, c'est le déploiement de cérémonies emphatiques qui consomment le temps de travail des Ministres, des fonctionnaires et même des particuliers qui doivent être là pour faire le décorum. Alors dans un tel cadre de conception et d'exercise du pouvoir politique, 100 jours, 200 jours ou plus, c'est du pareil au même comme dirait Baptiste Ce qu'on aurait pu attendre , ce sont des signes forts indiquant une intention affirmée de changement: rupture avec les modus vivendi du passé , concentration sur les objectifs de la vie quotidienne des Guinéens. Ceux-ci devaient porter sur la sécurité alimentaire, les soins de santé primaires , les facteurs favorables à la mobilité spatiale urbaine ou régionale etc. Au fond, des signes axés, entre autres, sur les besoins essentiels de la population . C'est bien de travailler sur des grandes questions comme le lancement des audits, la réforme du code minier et d'autres qui risquent de devenir des serpents de mer mais dont on va agiter les perspectives comme des réalités accomplies.Les réformes des forces de défense et de sécurité qu'on brandit comme entreprises, n'ont encore été visibles que lors de la répression de manifestations pacifiques. Un ancien « révolutionnaire », devenu Président ne peut se contenter de s'installer dans les meubles d'un palais dénommé « Sékhoutouréya » et parler de changement. Les symboles ont un sens dans l'histoire de tous les peuples et ce symbole n'est pas des moindres en Guinée. S'accommoder de tout cela peut vouloir signifier qu'Alpha Condé a atteint son objectif qui n'était que de s'asseoir dans le fauteuil de ceux qu'il avait tant combattus. Le choix d'un grand opposant historique entre les petits accommodements arrangés par des courtisans au nom d'un soit-disant pardon des ignominies passées et la conservation du pouvoir aurait dû être simple: rompre avec ce passé qui va renaître de ses cendres comme le célèbre phénix ou renoncer au pouvoir au nom des principes qu'on a toujours défendus.

Renaissance d'un passé honni? Des prodromes de cette renaissances ont, à maintes reprises, été signalés par des écrits. Naturellement, ceux qui ont toujours pris l'habitude de profiter de l'establishment en place, sont toujours prêts à ne rien entendre ou à ne rien voir qui ne soit du genre flagorneur.

Des violations de la Constitution de la République de Guinée sont devenues fréquentes ou continuent de l'être comme sous les militaires. Ceux-ci n'étaient pas des juristes de formation, le nouveau Président est juriste de formation. Cette Constitution, malgré les remarques justifiées des constitutionnalistes guinéens, est l'oeuvre remarquable élaborée pendant la Période transitoire. Elle a été acceptée par toute la classe politique. En tant que citoyen guinéen, je renouvelle mon hommage à Rabiatou Sérah Diallo et à son équipe qui en sont les auteurs. C'est dans le cadre de cette Constitution qu' Alpha Condé a prêté serment d'allégeance à la République le 22 décembre 2010.Mais depuis lors, on a relevé des violations de principes inscrits dans cette même Constitution. La dernière en date et dont un grand nombre de nos concitoyens ont relevée avec indignation, concerne les libertés publiques et les droits de l'homme qui constituent des socles d'un Etat de droit. Le retour au pays du dirigeant d'un grand parti politique, l'UFDG d'El Hadj

Cellou Dalein Diallo. Ses militants veulent l'accueillir comme cela se passe pour tout grand dirigeant. Qui ne se souvient pas des accueils d'Alpha Condé par les nombreux mliltants du RPG , tout de jaune vêtus, sous la dictature militaire de Conté-Dadis?

Or le 3 avril à l'arrivée de Cellou Dalein Diallo ses militants sont sauvagement réprimés à l'arme par des agents du Pouvoir, entraînant des blessés et un mort . C'est cela l'annonce du changement et de l'Etat de droit? L'élection présidentielle est terminée depuis novembre 2010,pourquoi le vainqueur déclaré doit-il continuer de s'acharner, par sbires interposés, sur son adversaire perdant ? Est-ce par peur de cet adversaire respecté à l'intérieur et à l'extérieur du pays que l'acharnement du Pouvoir contre lui se poursuit? Est-ce parce qu'il s'agit d'un adversaire à qui on a rien eu à reprocher? Même pas d'avoir monté, dans l'entre-deux tours d'élection , le rocambolesque stratagème de l' « empoisonnement massif » de ses électeurs et qui malgré, d'autres manigances qui sautaient aux yeux de tous qui savent voir, avait déclaré, avant les résultats définifs , se soumettre au verdict de la Cour suprême. Ce type de comportement, rare en Afrique, a valu à Cellou Dalein Diallo beaucoup de considération à l'extérieur du pays. Ainsi, le Conseil exécutif de l'Observatoire panafricain de la Démocratie (CPAD) , vient-il de le déclarer lauréat du Prix du Droit et de la Démocratie en Afrique et lui remettra le Diplôme de promoteur de de la culture démocratique en Afrique le 29 avril à Lomé. En tant que Guinéen, je suis heureux qu'une telle distinction aille à un Guinéen, notre pays s'étant plus souvent distingué sur des registres moins honorables, notamment sur celui des droits de l'homme. Comme je viens de le rappeler la répression des militants de l'UFDG parce que son Président est Peul doit être dénoncée et accusée avec force par tout Guinéen qui souhaite la réalisation d'une nation guinéenne solidaire. De même la stigmatisation des Peul doit être combattue clairement et avec énergie par tous les intellectuels guinéens. L'acte de stigmatisation d'une catégorie, ethnique ou autre est l'acte le plus abjecte que des individus puissent concevoir envers d'autres. Chez-nous, en Guinée, les Peul sont autant guinéens que n'importe quelles autres ethnies. Quelle lapalissade! Eh bien! Oui, il y a des lapalissades qu'il ne faut pas avoir honte de répéter. Depuis 53 ans d'indépendance de la Guinée, aucun Peul n'a dirigé le pays du sommet et pourtant certains ne manquent pas de faire d'eux des agents du mal guinéen. Quelle imposture! Mais encore faut-il qu'on sache ce qu'est l'imposture. Comme les arguments de l'accusation étaient faibles, trop faibles pour ne pas dire inexistants, on a été jusqu'à assimiler les commerçants Peuls à de la mafia. C'est peut-être ignorer le sens de ce mot. Les Mandingues dont je suis issu, ont pratiqué largement le commerce, depuis des temps immémoriaux des savanes soudanaises jusqu'aux confins de la forêt, sans jamais avoir été qualifiés de mafiosi. Ceux qu'on désigne en Côte d'Ivoire comme étant des Dioulas (des commerçants), ethniquement parlant,dérivent de cette activité économique. Un gouvernement peut,certes, établir des choix d'aides à de secteurs économiques à développer, mais se rendre compte que le secteur commercial, comme toutes autres activités du secteur des services est aussi nécessaire à une économie que le sont les secteurs industriel et agricole. Bref, il faut absolument bannir les stigmatisations faciles à des fins de politique électoraliste.

La stigmatisation des Peul doit cesser de la part des dirigeants du pays dont le devoir est de prendre des lois punissant la stigmatisation d'une ethnie ou le racisme. Cela ressort du rôle de l'Etat pour une cohésion nationale. J'invite tous les intellectuels de toutes les ethnies guinéennes à s'investir dans ce combat national et à y croire de toute leur âme. C'est par ce combat que les replis identitaires et les votes ethniques, lors des élections, tendront à s'atténuer.

J'ai une intime conviction que je m'en vais vous livrer pour terminer cette note. C'est celle-ci. Le jour où un Peul de Guinée sera Président de la République, j'ai comme un pressentiment ,et même plus, une intime conviction qu'il se classera dans la catégorie d'homme d'Etat qui reussissent relativemenr bien leur gouvernance. Dans mon esprit, il ne s'agira pas de n'importe qui mais d'homme à conviction de morale politique solide. Il s'en trouve, sans nul doute, au Fouta. Ma conviction me conduit à dire que bien des facteurs (historiques,intellectuelles, psychologiques etc) vont le conditionner dans le sens de la réussite de sa gouvernance:

a)la stigmatisation dont sa communauté d'origine a été victime depuis déjà longtemps ( 1977?...) le poussera à être plus rassembleur de la nation guinéenne que d'autres;

b)le syndrome de l'écolier chinois ou japonnais, même s'il s'agit dans son cas d'adulte, syndrome qui ne laisse d'autres alternatives que la réussite, et ne pourra que le pousser vers plus de perception égalitaire des Guinéens. I l peut même avoir, par moment tendance de « privilégier », pour certaines réalisations, d'autres régions par rapport au Fouta à la surprises de ses partisans les plus ethnocentristes. Au reste, nul de censé ne souhaiterait d'injustice à rebours envers une région. Mais, je ne fais qu'esquisser le portrait de l'unificateur des Guinéens en dehors de tout système totalitaire. Cet unificateur peut d'ailleurs aussi venir d'une ethnie non indexée de façon ignoble. Ce que je veux dire ici, c'est que la stigmatisation systématique des Peul n'a que trop duré et la stigmatisation d'un groupement humain est une épreuve dure à supporter. La barbare répression des militants de Cellou Dalein Diallo en est la dure réalité,encore aujourd'hui. C'est pourquoi, les Guinéens de bonne volonté doivent se lever pour dire HALTE au racisme antipeul.

Enfin, j'insiste sur le fait que ce texte n'est pas un appel à la désobéissance civile. Même si notre élection a comporté des zones d'ombres, nous avons un Président de la République en la personne d'Alpha Condé, élu pour 5 ans. Si par nos critiques , nous pouvons lui éviter certaines dérives préjudiciables au pays ,nous continuerons à les faire. Lorsque des actions de construction positive seront prises, il faudra en parler en les démêlant des effets d'annonce. C'est cela la démocratie.

Ansoumane Doré (Dijon, France)

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