Guinée: si pressée de voter

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Il faut aller vite aux élections, en finir rapidement avec cette transition, pour conjurer on ne sait trop quel maléfice, qui planerait sur les chances de la Guinée d’entrer en démocratie. A force d’insinuations alarmantes, on est en train de faire admettre au peuple guinéen qu’il n’est pas indispensable, pour lui, d’approuver (ou de rejeter) la Constitution, qui va lui servir de viatique sur le chemin de la démocratie qu’on lui promet.

Au lieu d’un référendum, les Guinéens devraient se contenter d’un décret, signé par le général Sékouba Konaté. Un putschiste ! Même bien intentionné, avouez que l’on aurait pu choisir symbole moins affligeant pour entrer en démocratie ! Jusqu’à nouvel ordre, les Guinéens voteront le 27 juin, pour élire le chef de l’Etat.
Les défenseurs de l’empressement à voter sans référendum proposent des argumentations fort diverses : le Premier ministre de transition chercherait à s’éterniser, et un référendum lui offrirait six mois de plus à la primature. Ce qui est trop pour ses détracteurs. En Guinée on en est encore à faire les choses contre quelqu’un, au lieu de les faire pour la Nation.

D’autres vous diront que les partisans de Dadis Camara préparent un coup d’Etat, et que seules des élections rapides pourraient les court-circuiter. Il y a enfin ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur, estiment que cette transition n’a que trop duré.
Du côté des gens pressés, on retrouve aussi bien des candidats que des institutions : la Cedeao, l’Union africaine, l’Organisation internationale de la Francophonie, et même quelques puissances occidentales, intéressées par la Guinée.

D’abord, on se demande pourquoi il faut attendre six mois et pas deux ou trois, après un éventuel référendum, pour tenir la présidentielle. Et même quand ces six mois seraient rédhibitoires, que valent-ils, au regard des cinquante-deux ans de dictature dont tous prétendent sortir la Guinée ?

Si la maladie n’avait pas réglé son compte à Lansana Conté, ces institutions et ces puissances en seraient encore à contempler la dictature et l’incurie de son régime, qui a tout de même duré vingt-quatre ans. Leur long silence d’hier décrédibilise leurs exigences empressées d’aujourd’hui.

Demain, lorsqu’un Tandja guinéen voudra malmener la Constitution, ses thuriféraires, pour justifier leur forfaiture, pourraient toujours prétexter qu’elle porte la signature d’un putschiste. La Constitution est à une démocratie crédible, ce que le Coran est à l’Islam, et la Bible à la chrétienté. C’est dire que la signature qu’elle porte compte autant que son contenu.

Par Jean Baptiste Placca

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