Guinée : un pas en avant, deux pas en arrière

Ansoumane DORE

C'est ce qui me semble transparaître de la marche de la Guinée vers son envol pour la bataille pour la femme et pour l'homme guinéens. Or n'avez-vous jamais constaté qu'à une bonne mesure gouvernementale annoncée et même mise en place, suivent deux, voire plus, d'autres mesures ou faits contraires? Curieux comportements que ceux qu'on rencontre très souvent chez les gouvernants guinéens! Voici un pays qui a connu des montagnes de malheurs dans son existence souveraine de plus de 50 années.

Au long de ce « voyage au bout de la nuit » ( L-F. Celine), on aurait pu penser que les Guinéens et en particulier les dirigeants, recrus de dures épreuves, en seraient sortis mûris et assagis par la connaissance d'eux-mêmes. On aurait pu aussi légitimement penser que ceux qu'on désigne comme étant l'élite guinéenne, notamment politique, auraient pu faire se souvenir de ces mots : « L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. » (A. de Musset)

De ce patrimoine mondial du passé, aucune leçon ne semble avoir été tirée par ceux qui ont voyagé à travers le monde, se sont frottés à d'autres cultures mais n'ont fait que se grimer la face de l'apparence des choses.

Et pourquoi cet exergue?

C'est pour signifier à l'attention du Président de la République, Alpha Condé et de tous ceux qui participent à l'encadrement sociopolitique du pays qu'ils ne semblent avoir rien retenu du douloureux passé de la Guinée et de l'évolution de l'histoire générale de l'Humanité.

D'abord parce qu'ils apparaissent, au travers des échos qui parviennent à certaines composantes de la diaspora et même de nombreux guinéens à l'intérieur, comme sourds aux demandes de l'opposition politique, de la société civile, d'organisations de femmes, anciennes ministres et ambassadeurs, de mettre en ordre de fonctionner à la norme internationale et selon les lois en vigueur du pays , les institutions républicaines.

Au-delà de ces corps organisés, j’ajoute qu’il n’y a guère d'informations réelles à l'attention du pays profond, tout est fait pour lui faire croire que c'est du solide qu'on fait à Conakry. Toutes les bonnes volontés, soucieuses du rétablissement d'une nation guinéenne apaisée, source de son épanouissement humain, ne se lassent guère de rappeler le règlement de la fameuse question de réconciliation nationale, devenue le serpent de mer guinéen.

Or, il n'échappe à personne que les les élections tant attendues mais toujours reportées aux calendes grecques, en constituent une pièce maîtresse.

Les Présidents et leurs équipes ne semblent pas se souvenir que les plus grands bouleversements dans certains pays se sont produits quand, par leur entêtement à se croire maîtres des hommes et des choses, la terre s'est écroulée sous leurs pieds. Comme un volcan, longtemps endormi, la Guinée bout dans ses profondeurs. Cela se sent même de loin et le nombrilisme des dirigeants, englués dans des calculs politiciens de courte vue, va les conduire tout droit à l'abîme que personne ne souhaite pour un pays déjà très éprouvé.

Cependant, les prodromes de lendemains qui ne chanteront pour personne et qui ne sont autres que les tensions sociales et les malaises d'aujourd'hui, sont perceptibles par un grand nombre de Guinéens. Le cours des choses, autrement dit, la gouvernance pratiquée devrait en tenir compte. Le Président de la République devrait tracer des limites à l'indécision souvent calculée dans les rouages de l'Etat, à l'arbitraire et parfois, encore, aux réflexes de situation de non droit qui ont longtemps régenté ce pays. Ces comportements seront de moins en moins praticables aisément pour l'avenir en ce X XI e siècle. Des évènements inattendus (pour beaucoup de gens) du genre du coup d'Etat qui est intervenu au Mali le 22 mars 2012, à un mois de la fin de mandat du Président Amadou Toumani Touré (ATT), pourtant internationalement estimé comme un Président sage, devraient faire réfléchir quelqu'un comme le Président guinéen. Il peut d'ailleurs s'agir d'autres évènements subits, autres qu'un coup d'Etat. Le leader guinéen ne devrait pas oublier qu'il est entouré de personnages interlopes qui serviront n'importe quel maître, pourvu qu'ils demeurent en place. Ils avaient été conseillers zélés et anciens grands commis de feu Général Lansana Conté contre lequel l'actuel Président avait obtenu ses galons d'or d'opposant historique. Il n'était, du reste, pas le seul opposant; d'illustres disparus ont joué fortement aussi le rôle d'opposants résolus. Mais pour l'actuel Président, un nombre des compagnons et conseillers du régime défunt de Conté qui sont, aujourd'hui ses conseillers influents, l'avaient combattu avec énergie. Cela signifie que contrairement à la situation d'ATT qui ne semblait pas entouré de personnages félons ou de contexte tendu, à part la lointaine rébellion du Nord qu'on ne prenait pas au sérieux. Raison de plus qu'Alpha Condé devrait, en l'état actuel de la situation politique du pays, user de plus de souplesse dans sa gouvernance. Ce qui ne garantirait, du reste pas, une « tranquillité à la Baptiste ». Mais souplesse ne signifie pas toujours faiblesse. C'est pour souligner que les positions rigides présidentielles et les petits calculs politiciens pour des élections législatives depuis dix mois, (en ce mois d'avril 2012) et autres comportements caméléonesques dans la conduite de l'Etat n'annoncent rien de positif, car dans tous les jeux humains, la politique en est un, les mêmes ne peuvent pas toujours gagner à tous les coups.

Ceux qui disent le contraire, dans le contexte sociopolitique guinéen de l'heure actuelle, ne sont que de sinistres aventuriers opportunistes, ou de fieffés menteurs sans éthique mais également opportunistes. Ce qu'il faut à la Guinée, dans son état actuel, c'est une opposition forte au pouvoir en place. Cela va de l'intérêt de tout le monde. Un pouvoir sans opposition forte, où tout le monde chante la même chanson ne peut pas être créatif, il ne peut mener qu'à une dictature stérile comme les Guinéens en ont connues.

Pour créer un climat de confiance et de détente entre Guinéens, le Président de la République ne doit pas se contenter de dire, de temps en temps, qu'il est au-dessus de la mêlée. Cela sautera aux yeux des Guinéens quand ils noteront de notables changements de comportement d'Alpha Condé, dans le sens d'une gouvernance de transparence, touchant aussi bien dans l'organisation de ces élections législatives qui n'en finissent pas de s'annoncer, que dans ce que l'opposition désigne comme de l'opacité dans la gestion d'autres secteurs publics. C'est dans un contexte d'apaisement social général, on ne le dira jamais assez, que la Guinée sera vraiment de retour sur la scène international. Cette opération ne se réalisera pas par des théâtres d'opérette, vite avortés, du type « médiation en Guinée Bissau », la soif de reconnaissance extérieure pour un Président, ne peut être satisfaite que par son action à l'intérieur de son pays. Toutes autres manifestations de considération de la part de ses pairs ne sont que de la « diplomatie » et de la politesse convenue. Lapalissade ! Oui, mais détendez le climat social, chassez la crispation d'opposant ayant vieilli dans le maquis de la résistance mais sentant venir sa fin avant la conquête du pouvoir. Alors vous verrez que la Guinée sera de retour, que des investisseurs, nombreux, oseront s'y aventurer pour mettre en valeur avec des Guinéens, les importantes ressources du pays.

 

Ansoumane Doré (Dijon, France)

Ansoumane Doré

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