Petite critique de la raison amnésique: Alpha Condé, tel un cygne chantant sa fin ? (Par SN Bokoum)

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I - Le déclin L’Ecole guinéenne - Un symptôme parmi des milliers, de l’oubli et de la démission du clerc guinéen : « Mon tortionnaire » ne s'est pas fait défaut de me faire uriner dans mon lit autant de fois qu'il a voulu, de me dérégler alimentairement en m'obligeant à aller cinq à sept fois à la selle en moins de 24 heures, d'avoir mes organes sexuels à sa discrétion pour toutes sortes d'opérations. Mon sommeil contrôlé était toujours interrompu deux ou trois fois pour écouter les « phonies » pleines de sarcasmes et d'injures.

Autant par les multiples actions pratiquées sur mon corps que par les propos tenus, embrassant tous les domaines de la vie, il a cherché à me réduire à l'expression la plus simple que puisse connaître la condition humaine.

Dans cet état d'affaissement physique et de prostration morale, je dus, sous les injonctions réitérées de ma « garde d'honneur », faire après chaque repas des génuflexions et répéter :

« Le président Sékou Touré est l'homme le plus beau du monde ». (Kéïta Koumandian)

Il aura fallu plus de soixante ans pour que « Le PDG plus le libéralisme » (1) rende l’âme. Cette idéologie avait commencé avec le règne du PDG-RDA dans la foulée de la Loi-cadre dite Loi Gaston Deferre qui accordait l’autonomie des colonies pour la gestion des affaires « indigènes », sous l’œil vigilant du gouverneur français. Nous ne mentionnerons en passant, de cette période, que les luttes fratricides politico-ethniques qui opposèrent le PDG-RDA à tous les autres Partis ou associations, affrontements qui furent parfois de vrais pogromes et qui aboutirent à la victoire sanglante et définitive de « La révolution globale et multiforme » ; conséquence logique du Non massif en 1958, obtenu grâce au ralliement patriotique et hâtif du BAG de Barry Diawadou, de la DSG (Démocratie Socialiste de Guinée) du fougueux Barry III, du non moins fougueux et grand syndicaliste Kéïta Koumandian, un des fondateurs de « L'École guinéenne, qui paraît dès 1952 » (2), etc. ; ils finiront tous au bout d’une corde au Pont Tombo ou anéantis par la diète noire dans une cabine technique après d’inhumaines tortures.

Passons rapidement sur le règne de la Terreur

A la mort du « Responsable suprême » de la « révolution » le 26 mars 1984 à Cleveland (USA) sur la table d’opération suite à une rupture de l’aorte, d’origine syphilitique disent certains, les militaires prendront le pouvoir et mettront à sa tête le Colonel Lansana Conté. Le pluralisme et le multipartisme initiés par Lansana Conté, qui a verrouillé le pays dans un Parti, le PUP que Somparé définira comme « Le PDG plus le libéralisme », sera plus le règne d’une dictature molle dont la prospérité près de trois décennies sera facilitée par le lavage de cerveau de « L’homme nouveau » créé par « la révolution ». Le PDG aura fait le lit du PUP. Ce qui signifie la privatisation (William Sassine, 1994 ?) de l’Etat et donc de l’économie par une fausse bourgeoisie vorace, cupide, corrompue, incompétente mais qui excelle dans l’art de survivre à toutes les turbulences. Quelque deux cents prédateurs mettront en coupe réglée les institutions et les biens de l’Etat qui existe bel et bien malgré la célèbre formule d’Alpha Condé, nouvel investi de 2010 (3), un Etat  bâti pour la captation de toutes ressources au profit d’un appareil caporalisé par des bandits à col blanc.

La mort de Lansana Conté sonnera le glas de cette machinerie huilée depuis la « révolution », et Dadis et ses compères-comparses, viendront en 2008 commencer le travail de sape de l’idéologie de L’Ecole guinéenne, en piétinant d’abord l’article 34 de La Loi fondamentale qui devait faire de Somparé le président par intérim, et par les futures Forces vives qui reprendront du poil de la bête après avoir été sonnées par la Loi anticasseurs et par les fraudes massives et récurrentes qui ont émaillé l’ère et le règne du koudaïsme contéen.

Suivront les Dadis shows où l’espoir né des envolées lyriques du « jeune soldat patriote » (Billo Sy Savané, premier tiers des années 2000), déboucheront sur la folie et la barbarie du Stade du 28 septembre avec des centaines de morts et de violées. Vint Toumba et exit Dadis. Puis les accords de Rabat, ceux de Ougadougou, couronnés par un gouvernement issu de l’Opposition dans une transition conduite par Jean-Marie Doré et Sékouba Konaté, puisatiers d'un gouffre financier de 11 milli milliards de fg selon Kerfala Yansané alors ministre des finances, plutôt 14 mille milliards, témoigne un ex membre du CNT, le monstre législatif de la Transition. 

Enfin arrivent des « élections libres et transparentes », accréditées par la Communauté internationale, c’est-à-dire l’Union Africaine, l’Union européenne, nos autres partenaires et surtout « l’œil de Moscou » ou l’ONU pour les non-initiés.

Bref, en décembre 2010, Alpha Condé est sacré « premier président démocratiquement élu », ainsi martelait-on nuit et jour dans les médias publics, comme au temps de la « révolution ».

Dès lors, le PUP qui avait un candidat, s’était retrouvé en rase campagne, finit très vite par se disséminer ici et là dans des alliances selon le critère « idéologique » et passablement mercantile du « mieux disant ». Ainsi le Parti né à Mamou qui se targuait d’être national, était rendu tel un cercle dont le centre était partout et la circonférence nulle part. Les cadres et leaders du PUP émigrent dans ce qui deviendra la Mouvance présidentielle, dans les oppositions de Sidya, Cellou Dalein, Kouyaté et ailleurs dans des particules. (4) La fin du PUP est scellée par l’épisode rocambolesque d’un affrontement entre deux ex « professeurs des écoles » (instituteurs), Fodé Bangoura et Mousa Solano, avec la montée d’une étrange fumée de billets de banque, le prix de « son achat à Fodé Bangoura », par Alpha Condé, dit-on.

La politique, comme la nature, a horreur du vide

La trame évènementielle ci-dessous n’est pas à proprement parler l’objet de ce petit essai.

Mais il faut rapidement égrener les faits réels et ou symboliques qui signent l’effondrement de toute idéologie dans ce pays.

L’UFR de Sidya Touré jadis troisième force politique de Guinée, s’est confortablement installée dans un bureau cossu au Palais de l’ex RPG-Arc-en-ciel. Ce qui ne l’empêche pas de revendiquer ses quotas dans les démembrements de la CENI, pourtant obtenus selon le critère de l’appartenance à l’opposition dite républicaine ou à la Mouvance présidentielle ; pour autant, les sorties critiques de Baïdy Aribot, secrétaire exécutif et artisan du rapprochement entre Alpha Condé et le président de l’UFR semblent suggérer que ce confort n’est que de façade, en témoignent les critiques visant l’éventualité d’un 3ème mandat, la sortie controversée d’Alpha Condé au siège du RPG le 28 mai, ou les propos concernant ce projet de loi pour faire de Kassa une commune (5)

L’UFDG est paralysée non seulement par ses déchirements au sommet dont personne ne peut objectivement prédire lequel de ses deux chefs Bah Oury ou Cellou, conduira ce qu’il en restera, mais aussi par l’impossibilité de toute opposition de se manifester autrement que par des cris d’orfraie à l’assemblée nationale ou dans les médias privés. Et ce n’est pas seulement à cause du confinement par les forces de sécurité auquel les leaders sont soumis dès qu’ils décident de « sortir », mais à cause de la lassitude de leurs militants qui se demandent à quoi ont servi ces marches et pourquoi ces dizaines de jeunes militants sont morts ? L’ADP/Collectif est décédé par manque de stratégie et l’Opposition n’a plus d’idéologie, pour ne pas dire qu’elle n’a plus d’idées.

Pour sauver le soldat Alpha, faudra-t-il l’aider à se sauver ?

Alpha, après avoir grimpé au sommet du Nimba, manque d’oxygène et étouffe de solitude. Mais je ne ferai que glisser sur cette grimpette à la courte échelle fondée sur la théorie de la maîtrise et du jeu des « contradictions secondaires » :

Je me hisse sur les épaules de tel célèbre galonné des crimes du 28 septembre, une fois au premier étage, une autre triste figure de l’horreur du même Stade m’aidera à parvenir au sommet, en agrégeant au passage le maximum d’experts en fraudes, corruption, combinettes, maîtres-passeurs des républiques des Rivières du sud (6). Le tout tissé dans la tunique de Nessus du désir de vengeance d’une ethnie-région humiliée, vilipendée, suite à un coup d’Etat qu’on devra mettre entre guillemets, puisqu’il est toujours impossible de savoir qui en sont les vrais auteurs, les véritables commanditaires. D’autant plus qu’Alpha Condé venu « venger » la Haute Guinée du Wo Fatara, qui avait coûté la vie à près d’une centaine d’officiers, sans compter la destruction et le pillage de biens qui se chiffrent en milliards, le champion de cette partie humiliée de la Guinée vient de déchirer les liens d’un mariage qui était loin d’être une idéologie nationale, déclarant à présent, que non seulement les Malinkés ne sont pas les premiers fondateurs de ce qui deviendra le RPG, pire, les cadres qui auront le plus trahi l’idéologie de ce Parti se trouveraient être des Malinkés (7). Au risque de se retrouver seul, cygne chantant sa propre fin, au sommet d'une montagne, impuissant face à la contradiction principale, gigantesque mangeoire où grenouille une coterie d'apatrides, d'expatriés, agglutinée à une fratrie, qui menace de s’écrouler comme un château de farine (8).

La Guinée est devenue un corps sans organes

Bref, Alpha vient de se « libérer » de la Haute Guinée et des Malinkés à qui, dit-il en substance, il ne doit pas son élection. A cette étape, nous pouvons nous résumer : la Guinée n’a plus ni tête, ni pieds ni bras, c’est un corps sans organes qui vient de s’abîmer dans la décomposition, le délitement et la déliquescence de toutes valeurs, et chaque Guinéen risque de retrouver l’incantation, la douloureuse, et jouissive formule lapidaire de la mobilisation :

Prêt pour la révolution ! (9)

A suivre..

Prochain chapitre : En attendant le prochain coup d’Etat, quels projets pour le nouvel intellectuel organique ?

Was-Salam

Saïdou Nour Bokoum

Notes 1) Aboubacar Somparé éminent membre fondateur du PUP

         2) A ne pas confondre avec « mon » concept-homonyme de L’Ecole guinéenne qui serait l’envers de celle de Keïta Koumandian, « ..un instituteur guinéen formé à l’Ecole William Ponty. Il est élu à la tête du Syndicat du Personnel Enseignant Africain de Guinée en 1951 et anime, à partir de 1952, son organe de presse, intitulé L’école guinéenne, avec d’autres instituteurs engagés comme Tibou Tounkara, Mamadou Traoré dit « Ray Autra », Mamadou Aribot, Kafory Bangoura et Fodé Lamine Touréqui, organe qui était un brillant instrument intellectuel, patriotique, au service de la formation des syndicalistes.. »

       3) « J’ai hérité d’un pays et pas d’un Etat »

       4) Emigration circulaire, avec le tsunami provoqué par les récentes déclarations d’Alpha Condé comme un effet de boomerang, ces cadres semblent retourner au bercail. Ce centre hélas qui est partout et la circonférence nulle part !

       5) http://www.africaguinee.com/articles/2016/06/09/gouvernance-une-decision-du-gouvernement-suscite-la-colere-de-baydi-aribot

      6) Le candidat Alpha condé lors d’un meeting à Paris) http://www.nrgui.com/component/content/article/6-le-poing-de-ma-vue/72-alpha-conde-dominique-bangoura-operation-coup-de-p

       7) Aboubacar Sidiki Diaby, un transfuge du RPG leader du COMUNA, ancienne branche militaire du RPG, vient de déclarer à l’Assemble Générale de l’UFDG ce samedi 4 juin : « J’ai vu que Alpha Condé est en train de diviser le pays. Comme Lansana Kouyate l’a dit, c’est le plus grand diviseur commun. Il a divisé le pays, il a divisé les régions, il a divisé même les familles ».

Source : http://guineematin.com/a-la-une/alpha-conde-plus-grand-diviseur-commun-de-guinee-dit-aboubacar-sidiki-diaby-a-lag-de-lufdg/

Aboubacar Sidiki Diaby a par ailleurs déclaré qu’ils ont été deux Alpha et lui à créer en 1987, le RPG : « C’est à partir de la capitale burkinabé que serait né le RPDG qui deviendra RPG (Rassemblement des Patriotes de Guinée) puis Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG) ». Enfin, le clou : « ce sont les malinké qui sont allés vers Alpha Condé, au lendemain du « pogrom » de juillet 1985 (coup d’Etat de Diarra Traoré » dans l’esprit de se venger. « Sinon, Alpha Condé n’est pas malinké. C’est un burkinabé. Le quartier où il réside actuellement à Mafanco s’appelait Mossiyah….On connaît son père qui travaillait avec Siaka Touré » source :  

http://www.guineedirect.org/index.php/a-la-une/1875-aboubacar-sidiki-diaby-alpha-conde-est-burkinabe-le-quartier-ou-il-est-ne-a-mafanco-s-appelait-mossiyah-elhadj-aboubacar-sidiki-diaby-president-du-parti-collectif-militant-pour-l-unite-nationale-comuna-etait-l-invite-de-l-emission-oeil-de-lynx-de-la-radio

8) Qui se font de plus en plus rares.. En Afrique, les jumeaux sont réputés pour leur flair, comme certains animaux avant les cataclysmes.

9) « En Algérie j’ai vu un peuple travailleur, en Guinée je trouve un peuple mobilisé.. » (Fidel Castro) 

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