Jean-Marie Doré sur RFI: «Je ne souhaite pas de nouveaux désordres» pour la Guinée

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En Guinée-Conakry, le bras de fer se durcit entre le pouvoir, qui veut organiser des législatives le 30 juin prochain, et l'opposition, qui ne veut pas en entendre parler tant que le fichier électoral ne sera pas révisé par un opérateur de confiance. Jeudi dernier, la dernière manifestation à Conakry a encore fait de nombreux blessés. En 2010, l'année de la victoire électorale d'Alpha Condé, Jean-Marie Doré était le Premier ministre de la transition démocratique.

Aujourd'hui à la tête de l'UPG, l'Union pour le progrès de la Guinée, il veut se situer au centre de l'échiquier politique guinéen. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier pour RFI.

 

RFI : Voilà deux ans que les législatives sont sans cesse repoussées. Est-ce qu’elles auront lieu un jour ?

Jean-Marie Doré : Tout dépend du président de la République, Monsieur Alpha Condé, parce qu’il faut que l’établissement de fichiers se fasse d’une façon très claire, qu’il n’y ait pas de doublon, qu’il n’y ait pas d’électeurs fictifs. Quand tout cela est fait, qu’on a affiché le fichier élaboré par un opérateur de saisie de consensus, à ce moment-là, le président prend un décret pour situer la date des élections. Mais pas avant.

Alors, le président Alpha Condé a déjà fixé la date des législatives, il l’a annoncé il y a huit jours par décret. Elles sont fixées au 30 juin. Qu’est-ce que vous en pensez ?

C’est à contresens de la procédure et des faits sur le terrain. Le code électoral est catégorique. Il faut qu’ il y ait un fichier correct mais le fichier qui a servi à son élection, il l’a répudié, puis il a pris un opérateur de saisie en Afrique du Sud et nous allons contester les compétences de cet opérateur de saisie, parce que d’après ce que nous savons de son passage en Tanzanie, au Kenya, etc., il est réputé généralement pour faire gagner le gouvernement en place. Et donc, il faut un nouvel opérateur de saisie, c’est aussi simple que cela. Mais le président veut se donner 90 députés sur 114 : où il va ramasser cela ?

Donc, vous n’avez pas confiance dans l’opérateur sud-africain Waymark pour réviser ce fichier électoral. Si le président refuse d’abandonner Waymark, est-ce que vous êtes ouvert à un compromis ?

Mais tout compromis qui renforce la fraude n’est pas un compromis.

Comme solution de compromis, certains observateurs proposent que l’opérateur sud-africain Waymark soit flanqué d’un second opérateur qui contrôlera son travail de révision du fichier.

Non, parce que le fichier que Waymark était en train d’élaborer a révélé des choses inouïes : que depuis les élections présidentielles, il n’ y a eu que 2 500 nouveaux électeurs à Conakry, qui est la circonscription électorale la plus importante en Guinée. Mais que en Haute-Guinée , la base électorale du président Alpha Condé, il y a près de 400 000 nouveaux électeurs et que dans tout le Fouta , il n’y que 11 000 nouveaux électeurs.

Depuis ce décret présidentiel fixant au 30 juin la date des législatives, toute l’opposition et vous-même, vous êtes en colère…

Non, je ne suis pas de l’opposition, je suis du centre, mon parti est du centre.

Mais apparemment vous êtes en colère aussi, l’opposition a repris ses marches jeudi dernier. Est-ce qu’il n’y a pas certains apprentis sorciers qui jouent le pourrissement de la situation dans l’espoir peut-être d’un coup d’Etat militaire ?

Autant que je peux le savoir, je ne crois pas qu’il y a quelqu’un qui veut jouer à l’apprenti sorcier pour susciter un coup d’Etat. Personne n’a intérêt à un coup d’Etat. Je souffre beaucoup dans ma fierté que mon ami le président Alpha Condé, celui avec lequel je me suis battu la main dans la main, ait proclamé, ait fait son fond de commerce, qu’il a lutté quarante ans de sa vie pour faire la promotion de la démocratie en Guinée. Maintenant, nous sommes aux antipodes de tout notre espoir, de toute notre excellence.

Avant que le président ne prenne ce décret, vous sembliez d’accord, le pouvoir, le centre, l’opposition, pour qu’il y ait une facilitation internationale. On envisageait la venue à Conakry de l’Algérien Saïd Djinit, le « Monsieur ONU » pour l’Afrique de l’Ouest. A votre avis, cela reste une bonne idée, ou au contraire, il faut abandonner le projet ?

Mais le dialogue n’a pas commencé. Le président prend le décret qui évacue le problème de l’opérateur de saisie. Vous comprenez ? Donc, c’est le président qui a mis fin au dialogue. Et monsieur Saïd Djinit, qu’est-ce qu’il va faire ? Par la volonté du président, Monsieur Saïd Djinit est en touriste à Conakry.

Monsieur Saïd Djinit est en tourisme à Conakry, c’est ça que vous voulez dire ?

Le président lui a enlevé l’objet, le motif d’être à Conakry.

Et si le pouvoir veut aller à tout prix à ces législatives à la date du 30 juin, comment réagirez-vous ?

Je prie le ciel qu’il ne fasse pas cela.

En clair, si le pouvoir repassait en force, vous craignez des violences ?

Je ne sais pas ! Il y a tous les cas de figure, je ne souhaite pas pour mon pays de nouveaux désordres. Le gouvernement doit toujours préserver la paix civile parce que le président a prêté serment pour cela. C’est son bréviaire. Il faut toujours, chaque matin, qu'il relise le texte de son serment.

Par Christophe Boisbouvier

Source: RFI

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