Khalifa Gassama Diaby sur la crise politique en Guinée: « Ces violences expriment l'absence de culture démocratique »

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Les manifestations de l’opposition en Guinée ont fait au moins 3 morts depuis le 13 avril. L’opposition réclame une modification du calendrier électoral. Khalifa Gassama Diaby occupe une place atypique au sein du gouvernement guinéen : il est ministre des Droits de l’homme, le premier à un tel poste depuis l’indépendance. Quel est son regard sur la situation dans son pays ? Que doit faire l'Afrique face aux naufrages de migrants africains en mer Méditerranée ? Il est l’invité de RFI.

RFI : La semaine dernière les policiers ont tiré sur les manifestants d’après l’opposition, jeudi un homme a été battu à mort à Labé. Que dit le ministre des Droits de l’Homme ?

 

Khalifa Gassama Diaby : En tant que ministre des Droits de l’Homme, ma préoccupation est bien évidemment cette récurrence de la violence en Guinée. Notre incapacité à se retrouver autour de la table pour aborder des questions qui nous divisent. C’est l’expression d’un véritable manque de culture démocratique et évidemment ces violences amènent à des violations des droits de l’Homme. C’est préoccupant pour un pays qui a par ailleurs, des problèmes structurels profonds en matière des droits de l’Homme.

Comment changer les comportements, notamment des forces de l’ordre ?

 

D’abord aussi bien des forces de l’ordre que l’ensemble de la société. Changer ? Je crois que l’on ne peut pas inventer l’eau chaude, il y a évidemment deux dynamiques à conjuguer en même temps. En amont, il faut travailler profondément sur les questions d’éducation, de sensibilisation, de formation. En aval, lorsqu’il y a violation, le meilleur signe à envoyer c’est la sanction, lutter contre l’impunité. Sanctionner les jeunes civils qui s’en prennent aux forces de l’ordre. Sanctionner aussi lorsqu’il y a, au niveau des forces de l’ordre, des usages disproportionnés de la force en direction des civils ou des manifestants.

 

Il y a une culture de l’impunité aujourd’hui ?

 

Evidemment, c’est une culture qui remonte à des dizaines d’années. On ne vient pas du néant. On ne peut pas évacuer cette histoire. La police qui est là, ce n’est pas une police qui a été créée aujourd’hui, c’est une police aussi qui incarne une histoire. On sait qu’en Guinée, depuis 50 ans, on a été habitué à une violence d’Etat qui évidemment a créé d’autres conséquences. Au niveau de la société, cette violence s’est traduite en violence sociale. La société guinéenne est violente. Il faudrait donc qu’on arrête de créer les conditions de part et d’autre, des conditions générales de la violence, et qu’on en finisse de se renvoyer la responsabilité (de ses violences).

 

Mais Khalifa Gassama Diaby , vous êtes ministre, vous faites parti du gouvernement. Est-ce que ce message vous le portez au sein du gouvernement ?

 

C’est mon devoir...

 

Et que répondent vos ministres ?

 

Je crois que nous essayons de travailler ensemble. C’est un ministère transversal, qui n’a évidemment pas de pouvoir de réglementation. Nous définissons en amont ce qui est nécessaire à faire pour essayer de créer une dynamique qui soit structurée en matière de promotion et de protection des droits de l’Homme. C’est très difficile. Les questions des droits de l’Homme, c’est d’abord les questions de transformation culturelle, et les temporalités en matière de changements culturels ne sont pas les mêmes sur que les questions techniques ou les questions politiques de conjoncture.

 

Concernant encore la journée de jeudi, les forces de l’ordre ont été déployées pour bloquer les manifestions. Les opposants Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré ont été empêchés de sortir de chez eux. A-t-on le droit de manifester en Guinée ?

Le droit de manifester est un droit constitutionnel, fondamental.

Mais il n’est visiblement pas respecté ?

 

Ce que je regrette c’est la dynamique qui consiste, pour les différents acteurs, à jouer dans un rapport de défiance. On s’est retrouvés dans une histoire de demande formelle, d’information, de déclaration et les certains ne l’ont pas faite. Dans certaines villes, on l’a fait ; il y a eu des manifestations dans d’autres villes. C’est que, en tant que ministre des Droits de l’Homme, je regrette profondément c’est qu’il n’y ait pas au départ, de la part des différents acteurs, une disponibilité à ne pas s’installer dans une logique de défiance. Les uns disant je n’ai pas peur, je vais le faire et cela montre une forme d’irresponsabilité vis-à-vis de nos concitoyens.

Comment aujourd’hui renouer le dialogue entre le pouvoir et l’opposition ?

Il faut que les différents acteurs se retrouvent autour de la table...

 

Et le gouvernement est prêt à dialoguer ?

Non seulement il est prêt mais c’est un devoir pour le gouvernement de faire en sorte que la paix sociale soit préservée, c’est aussi un devoir moral et politique pour l’opposition d’accepter cette main tendue.

Monsieur le ministre, venons en aux questions d’immigration. Après les naufrages en mer Méditerranée, l’Europe s’est réunie cette semaine, elle a fait des annonces. L’Afrique, elle, ne réagit pas, est-ce que vous le regrettez ?

C’est une préoccupation. On ne peut pas continuer simplement à attendre des autres qu’ils assument les responsabilités qui sont aussi les nôtres en premier lieu.

Que peux faire l’Afrique justement ?

 

D’abord, on est en train d’en parler. Si l’Afrique passe son temps à se battre, si on passe notre temps à créer des tensions intercommunautaires, à ne pas se battre pour un développement véritable pour donner de l’espoir à sa jeunesse, bien évidemment, nous poussons la jeunesse africaine à se jeter à l’eau. Je pense que le problème africain doit-être réglé par les Africains et pas par d’autres continents, fussent-ils des pays amis ou partenaires.

Source: RFI

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