L’opposition écrit à François Hollande

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Monsieur le Président, Au moment où vous vous apprêtez à fouler le sol de la République de Guinée, quatre années après l’élection comme Président de la République, de Monsieur Alpha CONDE, nous voudrions attirer votre aimable attention sur les réalités que vivent nos compatriotes, pour qu’au-delà les apparences d’une démocratie de façade, vous soyez objectivement informé des dérives de la gouvernance politique, économique et sociale exercée en Guinée ces dernières années.

Sur le plan politique, à la suite d’une longue période de contestation généralisée et de crises politiques profondes, les partis de l’opposition et le parti présidentiel et ses alliés se sont accordés à désigner l’Organisation des Nations-Unies pour assurer la médiation du dialogue politique inter-guinéen qui aboutit à la conclusion d’un protocole d’Accord politique signé de toutes parties, le 3 juillet 2013. Cet accord permit, après un retard de plus de deux ans, l’organisation des élections législatives du 28 Septembre 2013 qui enregistrèrent des fraudes massives et révélèrent des dysfonctionnements et des lacunes graves de l’actuelle CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Un rapport circonstancié de la Mission d’Observation Electorale de l’Union Européenne en fait foi.

Depuis quatre ans, les mandats des responsables des collectivités territoriales ont expiré sans que des élections locales (communales), régulièrement reportées à dessein par les autorités actuelles, ne permettent leur renouvellement. Ainsi tous les administrateurs locaux (maires, conseillers communaux, Présidents de districts, conseils de quartiers) qui d’après notre Constitution sont élus par les populations exercent des mandats illégaux et illégitimes depuis plus de trois ans pour la plupart, parce que nommés en toute illégalité par l’exécutif.

C’est dans ce contexte que les autorités actuelles envisagent l’organisation de l’élection présidentielle de 2015, avec une CENI qui a perdu toute légalité, la parité dans sa composition ayant été rompue au lendemain des dernières élections législatives, avec des administrateurs territoriaux sans mandats électifs et une cour suprême qui a reconnu publiquement son incompétence à régler les différends relatifs aux contentieux électoraux.

Monsieur le Président,

Vous arrivez dans un pays, la Guinée, que des décennies d’une histoire parfois commune, souvent tumultueuse lient à la France et qui, en raison d’une gouvernance défaillante et peu vertueuse, connait des tares qui handicapent son évolution démocratique et son essor économique en dépit d’un potentiel humain, agricole, minier et énergétique considérable :

Le dialogue politique et social est rompu, du fait de l’intransigeance du Président CONDE qui s’oppose obstinément à l’application de l’Accord politique interguinéen signé le 3 juillet 2013, sous l’égide de la communauté internationale. Il faut rappeler que cet accord, sans lequel le parlement guinéen ne serait pas encore installé, a été obtenu après plus de deux ans de crise politique et sociale émaillée de morts (57 victimes pour la plupart de tirs à balle réelle de la part des forces de l’ordre), de destructions de biens publics et privés et de privations de libertés pour les responsables et militants de l’opposition.

La cohésion sociale fortement entamée, du fait d’une politique de division et d’exclusion, mettant les communautés guinéennes les unes contre les autres, entrainant constamment des affrontements meurtriers et des destructions de biens publics et privés. Le cas tragique des évènements sanglants de juillet 2013 qui ont mis aux prises deux communautés en Guinée Forestière avec un bilan d’au moins deux cents morts et autant de disparus est illustratif de la malgouvernance qui caractérise la gestion actuelle du pays.

Le taux de pauvreté augmente inexorablement et atteint aujourd’hui près de 60 % de la population en raison de faibles performances économiques établies bien avant l’apparition de l’épidémie d’Ebola, des pratiques de corruption aggravées par une impunité généralisée, du manque d’infrastructures de base (Eau, Electricité, routes), du chômage, particulièrement celui des jeunes qui, dans le désespoir, n’ont plus d’autre alternative que de tenter une périlleuse aventure vers un hypothétique exil européen ou américain. La situation économique et financière s’est dégradée, la misère et la pauvreté se sont installées de façon durable, en particulier dans les zones rurales.

Les symboles de l’Etat de droit tardent à exister, du fait du refus du Président CONDE de promulguer les lois sur la Cour Constitutionnelle, la Cour des Comptes et la Haute Cour de Justice et d’initier la reforme de la CENI et du Code électoral. Il s’en suit que, quatre années après l’investiture de Monsieur Alpha Condé à la présidence de la République, en dehors de l’assemblée nationale dont l’installation remonte à seulement dix mois, aucune des dix institutions républicaines prévues dans notre Constitution de 2010 n’est encore en place, privant notre pays de recours et de contre-pouvoirs légaux. Cette défaillance qui résulte d’une absence totale de volonté politique pour la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit, est le signe évident d’une inclination notoire à l’autocratie.

Les violations des droits de l’homme et des libertés publiques sont fréquentes, du fait de la consécration de l’impunité. Les leaders et les militants de l’opposition ainsi que les membres de la société civile et les journalistes font régulièrement l’objet de harcèlement, d’intimidation et d’agression de la part des Forces de Défense et de Sécurité. Le peu d’empressement des autorités à diligenter la procédure judiciaire ouverte sur le massacre du 28 septembre 2009 malgré son bilan humain particulièrement lourd (près de 160 morts, des dizaines de cas de viols et des centaines de blessés) est expressive de l’absence de volonté politique réelle à mettre un terme à l’impunité en Guinée. D’ailleurs le Président Condé n’a pas hésité à affirmer publiquement dans un meeting tenu récemment dans la préfecture de Boké, que le massacre du 28 septembre 2009 est à verser au dossier de la réconciliation nationale intégrant les crimes et autres violations des droits humains intervenus depuis l’accession du pays à l’indépendance, le 2 octobre 1958. Ce qui en dit long sur sa « volonté » de faire la lumière sur cet épisode sombre et tragique de l’histoire récente de la Guinée.

Le virus Ebola fait des ravages, avec déjà plus de 1 200 morts, en raison de la faible pertinence des stratégies de lutte et du retard accusé par le Gouvernement dans le déclenchement de la riposte à cette épidémie apparue en Guinée en décembre 2013 mais déclarée officiellement, quatre mois plus tard, en Mars 2014. Cette reconnaissance tardive de la maladie ainsi que la banalisation dont elle a fait l’objet les premiers mois ont contribué à sa propagation rapide en Guinée et dans les pays voisins.

Monsieur le Président

Les partenaires de la Guinée ont le devoir de s’assurer de la régularité des élections futures ; leur contribution financière et matérielle à leur organisation leur donne de fait, ce droit « d’ingérence démocratique » car ils ont à justifier devant leurs contribuables de la bonne utilisation des aides accordées aux pays en développement. Ils sont aussi liés par les dispositions de l’Accord de Cotonou relatives à la bonne gouvernance et restent soumis au devoir moral de ne pas cautionner une parodie d’élection.

N’est-ce pas parce qu’il redoute cette « ingérence » souvent nécessaire à la transparence des élections que le Gouvernement guinéen rejette le concours des partenaires étrangers, en particulier celui de l’Union Européenne, pour l’assistance technique et le financement du processus électoral? En n’inscrivant pas des ressources disponibles pour la Guinée auprès des institutions internationales, dans son budget de l’exercice 2015 pourtant largement déficitaire, le gouvernement s’oppose à l’implication de la communauté internationale dans la préparation des prochains scrutins, dans le but évident de faciliter la fraude électorale prévue.

Monsieur le Président,

Vous serez le premier Chef d’Etat des pays membres du G8 à visiter la Guinée ; nous en appelons aux principes et aux valeurs que vous défendez en tant que Président de la France, pays des droits de l’homme, et en tant que socialiste, abreuvé aux valeurs universelles de justice, d’humanisme et de solidarité, pour que vous inscriviez le dossier de la Guinée dans votre agenda, car la crise à la fois sociale, politique et économique dans laquelle est plongée notre pays pourrait déboucher, en raison du refus de dialogue des autorités publiques et de leur propension à violer la Constitution et les lois de la République, sur une confrontation aux conséquences imprévisibles.

Au regard des scènes récurrentes de violence aveugle qui émaillent le quotidien des citoyens de la capitale et de l’intérieur du pays, soit dans le cadre de conflits intercommunautaires soit lors de manifestations spontanées de protestation, force est de reconnaître que l’avenir de notre pays semble incertain et précaire.

En dépit des appels au calme et à la retenue lancés régulièrement par l’opposition, il existe un risque réel que des conflits post-électoraux se greffent aux troubles actuels pour dégénérer en un conflit généralisé entre les communautés, car la tentation du repli identitaire est encouragée par le Pouvoir qui en fait un moyen de lutte contre l’opposition.

La République de Guinée est aujourd’hui encore à la croisée des chemins car les enjeux de la prochaine élection présidentielle dépassent de loin ceux d’un scrutin ordinaire. En effet, l’aggravation des tensions intercommunautaires, les frustrations accumulées du fait de l’impunité vis-à-vis des violations des droits humains, la misère qui affecte une frange de plus en plus importante de la population en raison d’une dégradation continue des conditions de vie ajoutées à l’absence d’une réelle politique de réconciliation nationale constituent des ingrédients qui pourraient conduire en Guinée à des troubles majeurs.

L’opposition guinéenne est donc particulièrement inquiète de l’impasse politique actuelle que connait notre pays.

Devant la gravité de la situation politique et en raison des périls qui menacent aujourd’hui la paix sociale et la stabilité de notre pays, il nous a paru nécessaire et urgent de porter a votre connaissance ces faits, de nature à vous permettre d’avoir une perception objective de la situation dramatique que vit le peuple de Guinée et de l’absence de perspectives pacifiques pour son avenir.

Monsieur le Président

Nous ne saurions terminer cette adresse sans saisir l’opportunité qu’elle nous offre pour dire toute l’appréciation que les citoyens de notre pays ont du rôle que la France joue aux cotés du Peuple guinéen dans sa lutte pour l’éradication rapide de la fièvre hémorragique à virus Ebola et plus généralement dans son combat pour un développement économique et social harmonieux.

Votre venue en Guinée, au moment où ce pays fait l’objet de mesures d’isolement et ses citoyens de stigmatisation partout dans le monde, est à elle seule le témoignage éloquent de la solidarité du peuple français.

Bienvenue en Guinée, Monsieur le Président HOLLANDE !

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