La Réconciliation nationale, ou comment sortir du cercle vicieux de l'impunité !

Longtemps, la question s’est posée de savoir s’il fallait oui ou non ouvrir un débat, organiser une conférence nationale sur le thème de la réconciliation nationale.

Les uns n’en voulaient pas au motif de ne pas donner l’occasion de ré ouvrir les plaies mal cicatrisées de l’histoire tumultueuse de la Guinée et d’en profiter pour faire une chasse aux sorcières et aux militants du PDG (parti démocratique de guinée). D’après ces derniers, ce serait surtout le lieu de faire le procès post mortem de Sékou Touré, président du pays de 1958 jusqu’à sa mort en 1984. Par extension ils allaient jusqu’à penser que ce serait un « procès » contre l’ethnie Malinké dans son ensemble.

Les autres soutenaient la tenue d’une telle conférence pour la manifestation de la vérité sur la mort de milliers de guinéens, toutes ethnies confondues, pour que les fausses communes soient connues et répertoriées et qu’ensuite une sépulture digne soit accordée à nos chers disparus. La justice réparatrice devrait suivre comme dans tout Etat de droit mais aussi pour son rôle de catharsis, pour que de tels actes ne puissent plus intervenir dans la vie politique. La réconciliation interviendrait en troisième et dernière position comme la suite, voire la conséquence, logique de la démarche initiée par les deux premiers volets du débat. Nulle part il ne devrait être question de revanche sur qui que ce soit.

Nous constatons aujourd’hui que les pouvoirs publics, notamment le Président Alpha Condé, ont décidé de prendre ce problème à bras le corps pour qu’enfin nous puissions tourner définitivement cette page douloureuse de notre histoire. Il faut d’ailleurs noter que la réconciliation nationale était en bonne place dans le programme de campagne du candidat à l’élection présidentielle en 2010.

La question de la nécessité, oui ou non, de la conférence ne se pose plus, bien que quelques esprits chagrins préfèrent encore nous faire faire du surplace pour nous empêcher d’aborder les vrais problèmes de notre pays. C’est une avancée notable qui mérite d’être signalée.

Le principe d’un triptyque vérité-justice-réconciliation a aussi été retenu car omettre le deuxième élément n’aurait pas eu de sens pour le but qui est la recherche d’une véritable réconciliation en Guinée.

D’ailleurs une commission nationale de réconciliation vient d’être mise en place par un décret présidentiel. Elle est co-présidée par Elhadj Mamadou Saliou Camara,

Premier Imam de la Mosquée Fayçal et par Monseigneur Vincent Koulibaly, l’Archevêque de Conakry. C’est là un signal fort envoyé à la nation.

Dans une interview, accordée par l’Imam à guineenews, un site d’information en ligne, à l’occasion de la fête du Ramadan, et à la question de savoir qu’est ce que ce terme de réconciliation évoquait pour lui, il répond en ces termes : « Prenons des mesures afin que de tels événements ne se reproduisent plus. Les choses pareilles ne doivent plus être répétées maintenant. Nous avons évolué.»

L’Imam continues plus loin en disant ceci : «nous prendrons incha Allah (ndlr : s’il plaît à Dieu) toutes les mesures possibles afin de réconcilier les Guinéens en leur disant la vérité.  

Comme vous pouvez le constater, le religieux exprime le souhait de mettre fin à la répétition de telles atrocités mais aussi la volonté de réconciliation basée sur le préalable de la vérité.

Faut-il rappeler que ce terme, à force d’être galvaudé et mis à toutes les sauces depuis 1984, risque d’être vidé de toute signification véritable et de ne pouvoir nous permettre de transcender nos différents et nous emmener à retisser le tissu social de plus en plus fragilisé depuis les joutes électorales de 2010. Nous avons même eu droit à un Ministère de la réconciliation nationale, dans le gouvernement Souaré, pour peu de retombées, avant l’irruption du CNDD sur la scène politique.

Dans deux publications, dont la première date de juin 2009, intitulée : « le devoir de mémoire demeure un impératif » ; la deuxième, de novembre 2009, intitulée : « l’impunité érigée en système de gouvernance », nous nous penchions déjà sur la nécessité d’une telle conférence, dans l’objectif d’une cohésion de la nation. Vous pouvez encore retrouver ces deux textes sur le blog : www.prospectives.over-blog.net

La seule interrogation demeure celle de savoir pourquoi depuis vingt sept ans que nous parlons de réconciliation, la panacée n’a pas encore produit les résultats escomptés et pourquoi, au contraire c’est la distanciation et la déchirure sociales qui perdurent et se renforcent de jour en jour ?

Ce terme, en guinée, commence à rappeler un vieux serpent de mer qui refait surface à chaque fois qu’il y a un changement à la tête de l’exécutif. La question précédente appelle la réponse suivante, c’est parce que ceux qui jusque là ont initiés ces actions ne croyaient pas eux-mêmes aux exigences et en la force unificatrice d’un tel thème. Si non comment expliquer les déboires successifs de 1984 à 2011.

L’impunité appelle à la récidive et reproduit indéfiniment les mêmes pratiques. Les mêmes causes produiront toujours les mêmes effets.

Le quinze juillet dernier, dans une interview accordée à la radio Nostalgie FM, nous affirmions le fait que rien ne nous dit que nous sommes à l’abri d’un nouveau complot ou nouvelle tentative de déstabilisation en Guinée. Parce que l’on continue à penser que les différents doivent se régler par des moyens violents et non constitutionnels. Malheureusement trois jours après, les faits ont confirmé ces dires.

 Il y a l’impérieux besoin, dans ce pays de dissocier l’homme de son ethnie. Cette dernière n’est pas redevable des bêtises commises par un individu en son sein. La responsabilité parentale à plus forte raison communautaire n’existe pas dans un Etat de droit. Chaque homme ou femme demeure un citoyen, et rien de plus, qui doit subir la rigueur de la loi et ayant des droits et des devoirs envers la nation. Les malinkés dans leur ensemble ne sont pas responsables des exactions de Sékou Touré, de 1958 à 1984 ainsi que les soussous ne le sont de celles de Lansana Conté de 1984 en 2008.Les originaires de la forêt eux non plus ne le sont pas en ce qui concerne les évènements du 28 septembre2009.

Pour ce qui est de la direction de la commission nationale confiée à ces deux religieux, j’ai comme l’impression que la charrue a été mise avant les bœufs. En effet,  et au risque de me tromper, j’aurai bien vu leur intervention en fin de parcours, c'est-à-dire au moment de la réconciliation inévitable, pour arrondir les angles et demander aux uns d’expier leurs méfaits et aux autres de leur accorder le pardon nécessaire et non l’oubli. Tout cela, après l’indispensable et incontournable vérité sur les crimes et le rendu d’une justice subséquente pour que « Plus jamais ça!»

Prenons le temps qu’il faudra pour revisiter notre histoire, sans passion et sans esprit de revanche, pour comprendre ce qu’il est arrivé durant notre parcours et faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

Evitons de donner le sentiment de faire une conférence sur la réconciliation, vue comme un effet de mode et comme pour se débarrasser de cette question lancinante, une fois pour toute. Ainsi nous n’aurions rien réglé de définitif.

 Si nous avons attendu aussi longtemps pour y arriver, nous devons prendre garde de ne pas rater, une fois de plus, le train de l’histoire et de la concorde sur cette question fondamentale pour l’avenir de la Nation Guinéenne.

 

Aboubacar Fofana

Economiste, membre de l’avcb

Président d’honneur du Club DLG

Email : aboufof2@yahoo.fr

Blog : www.prospectives.over-blog.net

 

Paris le 4 septembre 2011.

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